Par Nankouman Keita – Le terme fait référence à une situation de dépendance réelle d’un État à l’endroit d’un autre sans pour autant être associée à une dépendance formelle, juridique et politique, celle-là même qui caractérise le colonialisme. La fin du colonialisme, dans la foulée des indépendances nationales des années 1950 et 1960, a entraîné, du moins dans bien des cas, le début du néo-colonialisme.

La relation de dépendance peut prendre plusieurs formes: d’abord économique, par le truchement des entreprises et des flux de capitaux, mais aussi culturelle, par exemple par une hégémonie du cinéma, de la littérature ou des grandes écoles qui forment souvent les élites des anciennes colonies. Elle peut également être scientifique et technique par une asymétrie des connaissances et des brevets.

L’expression néo-colonialisme a d’abord été utilisée pour désigner le maintien d’une dépendance entre les anciennes métropoles et leurs anciennes colonies, la France, le Royaume-Uni et le Portugal étant particulièrement visés. Au fil du temps, le terme en est aussi venu à désigner la dépendance entre les États-Unis et beaucoup de pays du Sud, même si les États-Unis n’ont jamais été une métropole coloniale. Plus encore, certains parlent du néo-colonialisme que la Chine exercerait sur le continent africain depuis une vingtaine d’années par l’intermédiaire de ses investissements, alors que paradoxalement la Chine a été une colonie, et non une métropole pendant une large portion du XIXe siècle.

Le terme est particulièrement utilisé dans un sens péjoratif en vue de dénoncer une relation asymétrique entre deux pays. Dès 1960, dans Présence africaine, (avril-mai 1960) , on écrivait déjà : L’ambition secrète du néo-colonialisme … transpire : ne bénir l’indépendance de ces peuples que si elle permet de sauvegarder, sous des formes nouvelles, plus «modernes», plus «réalistes», moins choquantes, moins voyantes, le postulat de l’ancien esprit de domination et d’exploitation

Si la plupart des pays du Tiers Monde sont aujourd’hui politiquement indépendants, peu d’entre eux peuvent se dire économiquement souverains.

Il n’est évidemment pas question d’indépendance économique absolue – cette perspective théorique ne peut qu’alimenter les débats philosophiques ou nourrir les passions politiques, puisque aucun pays n’est aujourd’hui absolument indépendant sur le plan économique, pas même les plus grands ; il s’agit plutôt du degré d’autonomie de la politique économique nationale et du niveau de participation aux décisions de politique internationale qui concernent la nation.

Dans cette perspective relativiste, on peut, néanmoins, constater que les pays sous-développés sont actuellement dominés d’une manière spécifique, qui diffère totalement des rapports entre pays industriels, même de puissance très inégale.

Cette domination extérieure paraît tenir à quatre faits économiques essentiels :
• maintien et renforcement de la suprématie des firmes étrangères dans la production et le commerce des pays pauvres ;
• nature de la production dans laquelle ils se spécialisent ;
• détérioration continue des termes de l’échange ;
• signification économique de l’aide qui leur est accordée.

C’est une longue amitié qui lie la Chine au continent africain. La Chine est le plus grand partenaire commercial de l’Afrique et le commerce avec les homologues africains atteint à présent des sommets. Cependant, les pays occidentaux taxent volontiers la Chine de néo-colonialisme en Afrique.

Depuis quelques années, on assiste au grand retour de la Chine sur la scène internationale, et tout particulièrement en Afrique, jusque-là « chasse gardée » des Européens et, dans une moindre mesure, des Etasuniens. Motif d’inquiétude pour les uns, opportunité pour les autres, la réalité de cette présence chinoise en Afrique doit être ramenée à sa juste mesure. Au-delà des clichés et idées préconçues, nous chercherons à en montrer ici les avantages, les inconvénients, les opportunités et les limites.

Réalité de la présence économique de la chine en Afrique

Le dernier Forum sino-africain (2006) a confirmé la place centrale que tient désormais l’Afrique dans les stratégies extérieures du gouvernement chinois avec notamment la création d’un « fonds » de développement pour l’Afrique doté d’un budget de 5 milliards de dollars, des annulations de dette pour un montant de 1,4 milliard de dollars (concernant environ 31 pays) et un doublement d’ici 2009 du budget de l’aide.

Si les annonces faites au cours de ce sommet concernaient avant tout la coopération au développement, la coopération sino-africaine se joue aussi sur le front économique et commercial, avec un accroissement considérable des échanges commerciaux entre les deux continents et des investissements chinois en Afrique en constante augmentation depuis quelques années. Les chiffres permettent d’en prendre toute la mesure. Entre 2000 et 2007, le commerce entre la Chine et l’Afrique a été multiplié par sept pour atteindre 70 milliards de dollars. On estime par ailleurs que ce montant atteindra 100 milliards de dollars en 2010.

A ce moment, ces montants auront été multipliés par 100 depuis le début des années 1980 et la Chine deviendra le premier partenaire commerciale de l’Afrique (place tenue actuellement par les Etats-Unis). C’est dire que les relations commerciales constituent aujourd’hui le principal moteur des relations sino-africaines.

Pour autant, à peine 10 % de l’ensemble des exportations africaines sont destinées à la Chine Il s’agit principalement de matières premières : 70 % pour le pétrole et 15 % pour les ressources minières. A noter également que le commerce entre l’Afrique et la Chine est déficitaire pour cette dernière, les importations chinoises ne représentant que 2,5 % des importations totales du continent. Dans ce cas-ci, il s’agit principalement de produits manufacturés : textile, chaussures, appareils électroniques, équipements de télécommunication et, loin derrière, voitures.

Passons maintenant aux investissements chinois en Afrique qui ont littéralement décollé eux aussi en même temps que les échanges commerciaux. Si les données concernant l’évolution de ces investissements sont très lacunaires, on peut toutefois estimer qu’ils s’élèvent actuellement à 11 milliards de dollars, ce qui représente pas moins de 10% de l’ensemble des investissements en Afrique et 15% des investissements chinois à l’étranger. Les secteurs concernés sont ceux des matières premières (pétrole et minerais), les ateliers d’assemblage (bicyclettes bon marché), le secteur des banques et de la finance, la construction et les travaux d’intérêt public, un marché que les entreprises installées en Chine commencent à dominer presque totalement. Au total, près de 1000 entreprises chinoises seraient présentes en Afrique.

Reste enfin l’aide dont on a eu l’occasion de parler un peu plus haut. A propos de l’aide chinoise à l’Afrique quelques remarques s’imposent. Bien qu’elle ait augmenté fortement ces dernières années, l’aide au développement de la Chine à l’Afrique n’est pas un phénomène récent. Voilà plus de cinquante ans que la Chine coopère avec l’Afrique en matière de développement.

Autrefois, avant que la Chine ne se replie sur elle une vingtaine d’année durant (1980-2000) pour se concentrer sur son propre développement, le montant de cette aide dépassait de loin l’ensemble des investissements et des montants liés au commerce. Initiée avec des projets en Algérie, en Egypte et au Ghana, la doctrine sur laquelle reposait cette aide était officiellement celle d’une solidarité Sud-Sud dont les principes ont été formalisés par Zou en Laï. Officiellement « désintéressée », cette politique visait cependant aussi à contrer l’hégémonisme soviétique et occidental en Afrique, par un renforcement des liens et des alliances.

Contrairement au passé, l’aide de la Chine à l’Afrique est aujourd’hui fortement adossée aux investissements et aux relations commerciales. Le tout fait en réalité partie intégrante d’un « package » global négocié entre la Chine et les pays africains. Aussi, est-il difficile d’isoler et de mesurer les montants accordés à titre d’aide au développement et leur répartition (entre dons, prêts concessionnels, annulations de dette, etc.).

Une difficulté accrue du fait de l’opacité des statistiques. On peut cependant estimer que le montant de cette aide tourne autour de 2 milliards de dollars par an, soit 10 % de l’aide totale reçue par l’Afrique, ce qui ferait de la Chine l’un des principaux bailleurs de fonds du continent, en passe même de devenir le premier, si effectivement les montants doublent comme annoncé au dernier forum sino-africain.

Concrètement, cette aide finance essentiellement (environ 70 %) des travaux d’infrastructure (routes, ponts, voies ferrées, etc.), mais également des bâtiments de prestige, des écoles et centres de formation, des hôpitaux, etc. Les 3 et 4 septembre, 53 chefs d’État et de gouvernements étaient réunis à Pékin pour le 7e sommet international Chine-Afrique (FOCAC, Forum on China-Africa Coopération, Forum sur la coopération sino-africaine), espace diplomatique et économique initié par la Chine en 2000. Véritable exercice d’influence de l’agenda international, ce sommet dépasse le cadre des relations entre la Chine et l’Afrique, envoyant un signal diplomatique fort à l’Occident, mais aussi aux grands acteurs présents en Afrique.

Une feuille de route travaillée depuis 20 ans

Avec plus d’un millier de participants attendus, le sommet témoigne de la montée en puissance des relations sino-africaines dans la continuité de la politique étrangère de Pékin à l’égard de l’ensemble du continent. Trois principaux éléments de diplomatie ont motivé ce sommet : légitimer l’image d’un « grand pays en développement » en continuité avec la conférence de Bandung (1955), resserrer l’étau diplomatique autour de Taiwan et sécuriser les approvisionnements chinois (hydrocarbures, matières premières et produits agricoles).

Ce choix politique de Pékin a progressivement pris la forme d’un réseau d’influences très diverses, représentées à l’occasion du FOCAC, une instance de coopération créée en 2000 et destinée à asseoir dans la durée l’emprise chinoise sur le continent africain et peser dans la gouvernance mondiale.

Le FOCAC est rapidement devenu le symbole des capacités et des ambitions diplomatiques chinoises faisant de l’Afrique un territoire particulièrement important dans sa politique internationale. Organisé tous les trois ans et alternant entre un pays africain et la Chine, le FOCAC a travaillé depuis près de 20 ans la feuille de route des relations sino-africaines, en matière de développement, d’investissement et de « dialogue sud-sud » en dehors de l’orbite diplomatique occidentale.

Une communauté sino-africaine

Avec pour thème « Chine et Afrique : vers une communauté de destin encore plus solide via la coopération gagnant-gagnant », c’étais au 7ème sommet qui a réunit la totalité des Etats africains, excepté le Swatini (ex-Swaziland), dernier pays à reconnaître Taiwan, organisant ainsi un espace de dialogue sino-africain mais aussi inter-africain. Parmi les chefs d’État présents (Sall, Kagame, Al Sissi, Ouattara, Sassou N’Guesso, Ramaphosa, Buhari etc.), la participation du secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres suggère l’importance de ce rendez-vous et le rôle moteur que prend la Chine dans la gouvernance mondiale.

Deux thèmes majeurs ont été discutés dans la continuité de la tournée africaine de Xi Jinping fin juillet (sa quatrième visite depuis son arrivée au pouvoir en 2012) : l’intégration des pays africains au projet de Nouvelles routes de la soie et la construction d’une « communauté sino-africaine« . Le secrétaire général des Nations Unies déclarait la veille de l’ouverture du sommet que « la coopération sino-africaine était fondamentale pour le succès de l’Afrique », précisant que « c’était un moyen important pour améliorer les modèles de développement de la planète, la gouvernance mondiale et un développement sain de la mondialisation économique« .

Xi Jinping a ainsi promis une enveloppe de 60 milliards de dollars pour le développement, répartie entre investissements et prêts supplémentaires (15 milliards de dollars d’aide gratuite et de prêts sans intérêts).

Si Pékin se défend de tout néo-colonialisme en Afrique, force est de constater qu’une puissance grandissante doit bien protéger ses intérêts à l’étranger. Et c’est là que le politique et l’économique sont étroitement liés : la Chine vend de plus en plus d’armes aux pays africains, la Chine a invité des militaires africains à un Forum de sécurité et de défense en juillet dernier.

Ce n’est pas un hasard si la première base militaire chinoise à l’étranger a été ouverte l’an dernier à Djibouti, l’un des pays d’Afrique les plus endettés vis-à-vis de la Chine. Alors oui, les pays africains sont toujours friands d’investissements chinois en infrastructures, mais de plus en plus de critiques s’élèvent contre les risques de dépendance économique vis-à-vis de la Chine. Comme un avertissement, la semaine dernière, lors d’un échange devant des journalistes, le président namibien a répondu à l’ambassadeur de Chine : « Vous ne devriez pas nous dire ce qu’on doit faire. Nous ne sommes pas des marionnettes. »

La Chine, une puissance en Afrique

Ce 3e sommet sino-africain rassemblera 54 délégations venues du continent, en plus des dirigeants de l’ONU, de l’Union africaine, et de 26 organisations africaines et internationales. Ce forum a pour thème « communauté de destin et partenariat mutuellement avantageux ». Il va surtout consacrer la montée en puissance de la Chine, premier partenaire commercial de l’Afrique.

Des camions produits en Afrique du Sud au chemin de fer construit au Nigeria, en passant par les usines de confection au Rwanda ou en Ethiopie, la Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique et l’un des investisseurs les plus dynamiques. Plus de 10 000 entreprises chinoises opèrent sur le continent d’après Pékin ; et dans le secteur des infrastructures, la part des entreprises chinoises atteint les 50%.

On est loin de l’idée reçue d’une Chine concentrée exclusivement sur l’achat de matières premières. La puissance chinoise se diffuse dans tous les domaines, de la haute technologie à la manufacture de base. Mais la relation est souvent jugée déséquilibrée et génératrice d’effets pervers. Ainsi le FMI et la Banque mondiale se sont inquiétés de voir les prêts chinois accroître la dette africaine qui a doublé en cinq ans.

Un exemple, 70% de la dette publique camerounaise est détenue par la Chine. Au Kenya la situation est comparable et au Mozambique comme au Congo-Brazzaville, les prêts chinois ont contribué au surendettement des pays. La Chine détient déjà 14% de la dette africaine. Quoi qu’il en soit, les fameuses routes de la soie et les investissements lancés par Pékin façonnent le continent. La relation entre les deux entités est chaque jour un peu plus forte.

Une entrepreneuse africaine en Chine

Au programme du sommet qui s’est ouvert le 3 septembre, notamment, une question : comment rendre profitables aux deux parties les nombreux partenariats qui existent déjà entre la Chine et l’Afrique ? Un rendez-vous important pour les acteurs économiques chinois et africains et à cette occasion. Rencontre avec Essivi Amehon, une entrepreneuse togolaise de 39 ans installée à Shanghai. Elle a créé il y a deux ans sa propre entreprise de conseils pour aider les investisseurs chinois à s’implanter en Afrique et les Africains à faire affaire en Chine.

Depuis son arrivée en Chine il y a 10 ans, Essivi Amehon, Togolaise, en est persuadée : l’économie chinoise doit inspirer l’Afrique, être un modèle à suivre. « La Chine est partie de zéro pour en arriver là donc l’Afrique aussi peut y arriver. Les Chinois ont travaillé dur donc l’Afrique doit faire pareil. » Essivi Amehon veut aussi servir de lien entre son pays d’adoption et son continent d’origine.

A Shanghai, elle a créé son cabinet de conseil pour faciliter les investissements des Chinois en Afrique. Leur intérêt ne cesse de grandir. « Souvent quand ils viennent c’est pour le bois en Afrique, les produits miniers, l’or, dit-elle. Les Chinois adorent l’or, le coton, le cacao, le café. C’est une chance pour nous d’avoir des ressources et d’avoir des gens qui s’intéressent à nos ressources. »

Aujourd’hui plus de 10 000 entreprises chinoises opèrent en Afrique, mais les sociétés africaines, elles, peinent à se faire une place en Chine. « J’aimerais que le sommet Chine-Afrique commence par repérer les petits pions comme nous et qu’ils commencent à penser à nous, comment nous cadrer, comment nous supporter pour grandir et représenter plus l’Afrique surtout dans le secteur privé. »

La lune de miel de l’empire du Milieu avec le continent noir qui donne un ballon d’oxygène financier et diversifie les partenaires n’est pas exempte de risques écologiques, sociaux et de rejet lié à une trop grande présence de peuplement. S’il y a accord avec les responsables africains pour relativiser la démocratie, il y a toutefois chocs des cultures, affrontement des cadences chinoises et de l’absentéisme des travailleurs, rejet de petites colonies de peuplement et absence de mariage mixte (sauf anciennement à Madagascar).

On voit poindre des oppositions sociales en Zambie, au Cameroun ou en Afrique du Sud. Les rebelles Touaregs s’en prennent aux Chinois travaillant dans l’uranium au Niger et des Chinois ont été pris en otages dans l’Ogaden en Éthiopie. En même temps, la Chine est obligée d’accepter certaines règles internationales et a en partie infléchi sa position au Darfour. La question demeure de savoir comme pour les investissements indiens s’il y aura transferts de technologies adaptées et délocalisation d’unités productives en Afrique notamment pour pénétrer les marchés nord-américains et européens.

Ainsi, les nouvelles relations entre l’Afrique et la Chine illustrent l’émergence d’un monde multipolaire. Elles créent de nombreux espaces de liberté et des ressources pour les États africains diversifiant leurs partenaires. Elles sont porteuses de risques et d’opportunités pour un développement. On constate globalement un maintien d’une spécialisation postcoloniale entre les fournisseurs de matières premières non transformées et les fournisseurs de produits manufacturés ou de services même si cette spécialisation peut évoluer rapidement.

Dans quelle mesure les pays d’Afrique pourront-ils, à l’instar des pays émergents, davantage profiter de la mondialisation ? La montée en gamme de produits et la diversification des productions supposeraient à la fois des pôles de compétitivité autour des territoires et des insertions dans les processus productifs techniques et cognitifs mondiaux, notamment par le biais des firmes multinationales.

Pour susciter des effets d’entraînement et non d’enclavement, ces insertions doivent s’articuler avec le tissu productif local. Les relations Chine-Afrique doivent également se faire en conformité avec les règles multilatérales et le respect des droits de l’homme, des normes environnementales ou sociales, ou encore la transparence quant à l’usage des ressources naturelles et des capitaux.

Pactes réels de la présence chinoise sur le continent africain

Du point de vue du développement strictement économique, la présence de la Chine en Afrique est avantageuse pour cette dernière sous certains aspects. La demande chinoise dope les prix des matières premières, ce qui améliore les termes de l’échange et les recettes d’exportation des pays africains, et les nouvelles relations sino-africaines contribuent à réintroduire l’Afrique dans les flux internationaux du commerce formel, dont elle s’est trouvé à l’écart plusieurs décennies durant.

Toutefois, soulignons qu’au niveau de leur structure, ces relations économiques sino-africaines s’apparentent au commerce Nord-Sud (comme le Nord, la Chine entend sécuriser son accès aux matières premières) et par conséquent constitue aussi un lourd handicap.

Concrètement, l’Afrique reste cantonnée presque exclusivement dans un rôle de fournisseur de matières premières (pétrole, minerais, bois, coton, etc.), ce qui a pour effet de renforcer sa place défavorable dans la division internationale du travail. Pensons notamment aux investissements chinois dans l’agriculture (en particulier dans la production d’agro carburants) qui ont tendance à favoriser le développement des monocultures d’exportation.

Notons aussi que l’importation massive de produits Chinois provoque le déclin du secteur industriel local, notamment textile, dans les rares pays où il a pu se développer (faillites en Zambie, Afrique du Sud, Cameroun, Gabon, Nigeria), malgré les tarifs préférentiels accordés par la Chine.

Enfin, si les recettes budgétaires des gouvernements peuvent se trouver augmentées grâce aux exportations vers la Chine, se pose la question de la répartition de ces recettes (pour quelle usage/redistribution étant donné la dégradation de la gouvernance ?) et de la durée (combien de temps cela va durer étant donné que les ressources exportées sont pour une bonne part non renouvelables)?

Mais l’Europe fait-elle mieux à ce niveau ? C’est en effet bien elle qui à la responsabilité historique de la place de l’Afrique dans la division internationale du travail, et d’après plusieurs experts de la société civile, la signature prochaine des APE aura des effets délétères sur le maigre tissu industriel africain et la préservation des ressources.

En fait, c’est principalement sur le plan social, politique et environnemental que l’intrusion de la Chine en Afrique pose le plus problème. En effet, les droits sociaux des travailleurs africains employés par les entreprises chinoises sont régulièrement bafoués (sous-payés, non reconnaissance des syndicats, etc.). Et les entreprises chinoises ne font preuve que de très peu de responsabilité sociale. Ainsi, aux îles Maurice, les Chinois n’ont mis que quelques mois à démanteler les usines textiles qu’ils avaient montées pour contourner les quotas imposés à la Chine par l’OMC, une fois que ceux-ci ont été levés.

Sans préoccupation aucune concernant les conditions sociales de leur départ. L’emploi d’une main-d’œuvre chinoise pose également problème, car ce faisant, la Chine ignore le renforcement des capacités locales. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que l’on assiste actuellement à une multiplication de réactions d’opposition à la présence chinoise de la part des populations d’Afrique : succession de grèves dans les mines zambiennes exploitées par les Chinois, enlèvement d’ingénieur chinois au Nigéria, ce qui signifie désormais que la Chine n’est plus à l’abri des attaques jusque là réservées au Nord.

Si la préoccupation des Chinois pour les normes sociales sont faibles, il en va de même pour les normes environnementales qui sont systématiquement négligées dans la quête des ressources naturelles et la mise en œuvre des projets d’infrastructure (routes, ponts, voies ferrées, barrages, etc.) : aucun respect des standards internationaux notamment dans la construction du grand barrage de Merowe au Soudan et importation illégale (50%) de bois tropicaux et d’ivoire.

Sur ces deux plans, il faut bien admettre que les pratiques des investisseurs européens, bien qu’inégales, sont en voie d’amélioration (montée en force des principes de responsabilité sociale et environnementale, codes de bonne conduite, etc.), notamment du fait qu’elles sont l’objet de contrôles et pressions de la part des sociétés civiles européennes (campagnes internationales à l’exemple de celle contre IKEA). La dernière préoccupation enfin concerne, comme on l’a vu plus haut, le renforcement de la démocratie que la Chine néglige totalement. Pire encore, elle sape par ces relations avec des Etats peu recommandables les progrès dans ce sens.

Conclusion

La présence de la Chine en Afrique constitue-t-elle un plus pour le développement de l’Afrique ? Oui et non ! La politique africaine de la Chine ne doit être ni diabolisée (médias et politiques occidentaux) ni idéalisée (discours tiers-mondiste). La réponse doit être teintée de nombreuses nuances. Sous certains aspects, cette politique est préférable aux politiques européennes en matière de coopération avec l’Afrique, sous d’autres, elle est pire.

Si certains en Afrique, à l’instar du président sud-africain Mbeki, dénoncent le néocolonialisme chinois et estime que la Chine dispose d’un agenda caché pour le continent, beaucoup pensent, au contraire, que les relations avec la Chine sont plus avantageuses qu’avec l’Occident : l’Afrique cesse d’être le pré carré des Occidentaux.

La présence de la Chine en Afrique fait naître entre partenaires du développement une concurrence salutaire. D’aucun soulignent par ailleurs que l’aide de la Chine est plus complémentaire que concurrentielle. Sur le plan symbolique aussi le regard africain est positif dans le sens où les Chinois se caractérisent le plus souvent par l’absence de préjugés par rapport aux Occidentaux.

Reste les critiques selon lesquelles la Chine mine les efforts de l’Occident visant à construire la transparence, les droits humains et le développement des capacités. Sur ce point, il faut noter les évolutions en cours qui sont loin d’être anodines. Ainsi la Banque d’investissement chinoise en Afrique, l’EximBank, se montre actuellement de plus en plus soucieuse par rapport aux remboursements, sur les questions de transparence et à la notion de risque pays.

Par ailleurs, un responsable Chinois a déclaré dernièrement que les entreprises chinoises pourraient être sanctionnées en cas d’abus à l’étranger. A suivre l’évolution en cours, il semblerait donc que la Chine tendent de plus en plus à s’aligner sur les critères de l’OCDE. Enfin – et c’est loin d’être négligeable – la Chine est le seul pays à investir massivement dans l’infrastructure et la formation.

Nankouman KEITA, né le 01 Mai 1992 dans la sous-préfecture de Niagassola, préfecture de Siguiri en République de Guinée étudiant inscrit en master’s à Zhejiang Normal University (CHINE) département ; Droit public