Après la demande d’adhésion de la Chine à l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP), «les membres de ce principal pacte commercial de la région Asie-Pacifique ont montré des attitudes différentes, le Japon affichant une position quelque peu ambiguë et prudente, tandis que des pays comme Singapour ont exprimé leur soutien», selon des experts interrogés par le CIIE.

«Les obstacles les plus difficiles pourraient venir de l’Australie et du Canada, qui sont de proches alliés des États-Unis et semblent être coincés dans une vague politique anti-chinoise», ont soutenu des experts chinois.

«Cependant, bien qu’il puisse y avoir un long chemin difficile avant son adhésion formelle, la Chine deviendra inévitablement membre, étant donné le marché chinois irrésistible et les efforts de réforme et d’ouverture de la Chine», ont avancé ces experts.

La Chine a officiellement déposé une demande écrite d’adhésion au PTPGP auprès du ministre néo-zélandais du Commerce et de la croissance des exportations Damien O’Connor, dépositaire par intérim du PTPGP.

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«Cette décision a été prise après un an de contacts informels avec les membres du PTPGP et a été basée sur une recherche et une évaluation approfondies des termes de l’accord commercial», a déclaré Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Ce dernier a expliqué lors d’une conférence de presse «qu’à l’avenir, la Chine mènera les consultations nécessaires avec tous les pays membres».

Le CPTPP ou PTPGP, signé en 2018, supprime les droits de douane sur environ 95% des marchandises échangées entre les onze pays membres, à savoir l’Australie, Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam.

Selon les données présentées par le CIIE, suite à la demande de la Chine, des discussions ont début entre les membres, afin de savoir si la Chine recevrait une approbation de tous les pays membres du pacte, notamment de ceux qui entretiennent des relations difficiles avec la Chine, comme l’Australie et le Canada.

Pour rejoindre l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP), un pays doit obtenir le consentement de tous les membres du pacte. Jusqu’à présent, certains pays membres ont accueillit positivement la demande la Chine.

La ministre des Affaires étrangères de Singapour, Vivian Balakrishnan, a «salué» l’intérêt de la Chine pour le PTPGP lors de sa récente rencontre avec le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, selon un communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères de Singapour.

L’ambassadeur de Nouvelle-Zélande en Chine a indiqué dans une interview à Caixin qu’il était ouvert à s’engager de manière informelle avec d’autres économies qui ont manifesté leur intérêt à rejoindre cet accord.

A contrario, le Japon est plus réticent. Selon l’agence Bloomberg, le ministre japonais des Affaires étrangères Motegi Toshimitsu a indiqué que le Japon devait examiner correctement si la Chine était prête à atteindre les exigences élevées du pacte. Le ministère a ajouté que le Japon se concertera avec d’autres pays membres pour évaluer la candidature de la Chine.

De son côté, le Premier ministre japonais Yoshihide Suga aurait également déclaré dans une interview précédente qu’il serait difficile pour la Chine d’adhérer au PTPGP, car l’accord exige des pays membres qu’ils aient un niveau assez élevé d’ouverture du marché.

Des experts chinois, interrogés par le CIIE, ont soutenu que «certains membres du PTPGP, en particulier l’Australie, subissent des pressions de la part des États-Unis pour rendre la candidature de la Chine au PTPGP très difficile, car ils cherchent à exclure la Chine des principaux blocs commerciaux internationaux pour restreindre la capacité et l’influence économiques croissantes de la Chine».

Pour certains médias étrangers, la demande d’adhésion de la Chine est une réponse à l’alliance de sécurité AUKUS annoncée 24 heures plutôt entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie (AUKUS étant l’acronyme de «Australia, United Kingdom, United States»).

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Interrogé lors d’un point de presse à Beijing sur la question, Zhao Lijian a affirmé que la décision de la Chine n’avait rien à voir avec cette alliance, avançant que «la Chine encourage la coopération dans le monde tandis que les États-Unis poussent à la guerre».

Pour Chen Hong, directeur du Centre d’études australiennes de l’Université normale de Chine de l’Est, à Shanghai, les pourparlers du PTPGP pourraient être une «excellente» chance pour l’Australie de sortir des relations extrêmement tendues entre elle et la Chine.

Cependant, ce dernier s’est dit peu optimiste concernant un soutien du gouvernement australien à l’entrée de la Chine dans le PTPGP, du moins pas pour le moment. «Il faut de la sagesse politique pour que l’Australie soutienne l’entrée de la Chine. Pour l’instant, je pense que c’est très difficile étant donné que l’administration australienne actuelle est balayée par un sentiment anti-chinois irrationnel», a-t-il souligné.

«La situation pourrait être la même pour le Canada, qui pourrait également subir des pressions de la part des États-Unis», a indiqué Chen Hong. Toutefois, il a affirmé que la plupart des membres du PTPGP, y compris la Nouvelle-Zélande et le Japon, adopteraient une approche plus pragmatique de la question dans l’intérêt des avantages économiques.

En effet, plusieurs experts attestent qu’en dépit des relations diplomatiques tendues entre la Chine et certains pays, les avantages économiques pourraient changer leurs points de vue.

«Les pays avaient soif du vaste marché chinois, qui est riche non seulement en termes de produits de base traditionnels, mais également d’industrie des services», selon des experts interrogés par le CIIE. Ces derniers ajoutent que les pays membres pourraient chercher à assurer une coopération commerciale avec la Chine via des accords régionaux tels que le PTPGP.  

«Avec l’essor économique de la Chine, il est inévitable qu’un nouveau cycle commercial mené par la Chine se forme, cette dernière fournissant des produits de niveau moyen et élevé en échange de matières premières et produits agricoles d’autres pays», a déclaré Tian Yun, ancien vice-directeur de l’Association des opérations économiques de Beijing.

Mais Tian Yun a expliqué que l’adhésion de la Chine au PTPGP nécessiterait de longs pourparlers, au cours desquels la Chine devra prendre connaissance des normes techniques de l’accord sur des questions telles que la protection du travail et la refonte des entreprises publiques, puis procéder aux réformes en conséquence.