La relations entre la Chine et les Etats-Unis peinent à se réchauffer

par | Juil 28, 2021 | Amériques, Chine-Etats-Unis, MONDE

De notre stagiaire Manon KBidi – Les 25 et 26 juillet, Wendy Sherman, secrétaire d’État adjointe des États-Unis, s’est entretenue avec Xie Feng, le vice ministre chinois des Affaires étrangères chargé des relations sino-américaines, et Wang Yi, le conseiller d’état et ministre chinois des Affaires étrangères, lors de réunions dans la ville de Tianjin, dans le nord de la Chine.

Quelques jours avant l’entretien, un porte-parole du département d’État américain avait déclaré que Wendy Sherman se rendrait en Chine «en position de force». Cette déclaration a suscité la colère de la Chine, dont le ministère des affaires étrangères a accusé les États-Unis de vouloir raviver un «sens de l’objectif national» en orchestrant une campagne «pan gouvernementale et pan sociétale» pour diaboliser et supprimer la Chine à l’international.

Beijing a dès lors appelé les États-Unis à changer leur mentalité hautement erronée, leur préjugé et leur politique dangereuse.

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«Nous espérons que la partie américaine aura une compréhension objective et correcte de la Chine, abandonnera l’arrogance et les préjugés, cessera d’agir comme un donneur de leçons et reviendra à une politique chinoise rationnelle et pragmatique à l’égard de la Chine», a déclaré le ministre Wang Yi, après son entretien avec la diplomate américaine.

En effet, selon le vice ministre chinois, «pendant un certain temps, certains Américains ont évoqué le « moment Pearl Harbor » et le « moment Sputnik » lorsqu’ils parlaient des conflits avec la Chine et des défis auxquels faisaient face les États-Unis».

D’après l’agence de presse Xinhua, Xie Feng a affirmé que certains universitaires et intellectuels américains, voient dans ces expressions une comparaison de la Chine au Japon dans la Seconde Guerre mondiale et à l’Union soviétique dans la Guerre froide.
Par conséquent, il a affirmé que «les relations sino-américaines se trouvent dans une impasse, et ce, fondamentalement à cause du fait que certains Américains décrivent la Chine comme un ennemi imaginaire».

Pour sa part, Wendy Sherman a déclaré au New York Times dans une interview que «la relation entre les États-Unis et la Chine est complexe, et notre politique est donc très complexe».

Cependant, la Chine souhaite toujours travailler avec les États-Unis à condition que ses dirigeants «changent de cap» et adhèrent aux intérêts chinois, a indiqué la diplomatie chinoise.

En accord avec les dirigeants chinois, la diplomate américaine a déclaré que «les relations Etats-Unis-Chine sont les relations bilatérales les plus importantes dans le monde, et les États-Unis sont disposés à continuer d’avoir des contacts et dialogues ouverts et francs avec la Chine».

Face aux difficultés et défis graves dans les relations Chine et Etats-Unis, Wang Yi a souligné que pour contrôler les différences entre la Chine et les Etats-Unis, et prévenir un nouveau déclin ou même une éventuelle perte de contrôle entre les deux pays, il a proposé trois exigences de base à la partie américaine.

Dans un premier, «les États-Unis ne doivent pas contester, calomnier ou même tenter de subvertir les caractéristiques chinoises. La route et le système de la Chine sont le choix de l’histoire et le choix du peuple. Ils ont une incidence sur le bien-être à long terme des 1,4 milliard de Chinois ainsi que sur l’avenir et le destin de la nation chinoise.»

Les États-Unis souhaitent également que les deux pays puissent coexister pacifiquement. Ils n’ont aucune intention de restreindre le développement de la Chine ni de la contenir, mais souhaitent voir le développement de la Chine, a fait remarquer Wendy Sherman.

«Les deux parties peuvent se lancer dans une compétition saine, et coopérer sur le changement climatique, le contrôle des drogues et les questions saillantes régionales et internationales», a-t-elle ajouté.

Ensuite, Wang Yi a indiqué que «les États-Unis ne doivent pas essayer d’entraver ou même d’interrompre le processus de développement de la Chine. Bien sûr, le peuple chinois a aussi le droit de vivre une vie meilleure, et la Chine a aussi le droit de se moderniser. La modernisation n’est pas le pouvoir exclusif des États-Unis. Cela implique la conscience humaine fondamentale et la justice internationale. La Chine exhorte les États-Unis à lever dès que possible toutes les sanctions unilatérales, les tarifs douaniers élevés, la juridiction à bras long et le blocus technologique imposés à la Chine».

En effet, la guerre commerciale lancée entre la Chine et les États-Unis depuis 2018 sous la présidence de Donald Trump, a entraîné une hausse des taxes douanières et des menaces entre les deux puissances.

Les États-Unis avaient initialement prévu, des taxes douanières contre la Chine sur un volume d’importations de 50 milliards de dollars, avec des droits de douane de l’ordre de 25% sur 800 produits, dont les voitures, les semi-conducteurs et les pièces électroniques.

De son côté, la Chine avait annoncé, elle aussi, des sanctions similaires sur un volume de 50 milliards de dollars d’importations venant des États-Unis de l’ordre de 25% sur 659 types de produits, tels que les voitures, les produits de la mer ou encore le soja. Ces restrictions ont évolué des deux côtés au cours de ces dernières années.

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Enfin, le ministre chinois des Affaires étrangères a souhaité que «les États-Unis ne doivent pas empiéter sur la souveraineté nationale de la Chine, et encore moins saper l’intégrité territoriale de la Chine. Les problèmes liés au Xinjiang, au Tibet et à Hong Kong n’ont jamais été des problèmes de droits de l’homme ou de démocratie. Ce sont des problèmes majeurs en lien avec «l’indépendance du Xinjiang», «l’indépendance du Tibet» et l’indépendance de Hong Kong». Aucun pays ne permettra à la souveraineté et à la sécurité nationale de subir des dommages».

Selon de hauts responsables de l’administration américaine, Madame Sherman a soulevé une série de questions brûlantes, notamment sur les violations des droits de l’homme à Hong Kong et au Xinjiang, en rapport avec «la répression antidémocrate à Hong Kong», «le génocide continu et les crimes contre l’humanité au Xinjiang», la restriction de la liberté de la presse par le gouvernement chinois et sa conduite dans le cyberespace avec ses interlocuteurs.

En outre, d’après le communiqué, Wendy Sherman a appelé la Chine à autoriser une seconde phase d’enquête sur les origines du Covid-19, une demande de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déjà rejetée la semaine dernière par la Chine.

«Quant à la question de Taïwan, elle est encore plus importante. Bien que les deux rives du détroit n’aient pas encore été réunifiées, le fait fondamental que le continent et Taïwan appartiennent à une seule Chine et que Taïwan fait partie du territoire chinois n’a jamais changé et ne changera pas. Si « l’indépendance de Taïwan » ose provoquer, la Chine a le droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour l’arrêter. Nous conseillons aux États-Unis de respecter leurs promesses sur la question de Taiwan et d’agir avec prudence», a déclaré Wang Yi.

Wendy Sherman a réitéré que les Etats-Unis adhéraient au principe d’une seule Chine et ne soutenaient pas « l’indépendance de Taiwan ». Selon le département d’État, elle est le plus haut responsable américain à se rendre en Chine depuis l’entrée en fonction du président Joe Biden en janvier.

Une première réunion de haut niveau entre l’administration Biden et la Chine a eu lien en mars en Alaska. Le haut diplomate Yang Jiechi avait prononcé un discours condamnant l’approche américaine des affaires de la Chine. Il avait déclaré au secrétaire d’État Antony Blinken  : «Les États-Unis n’ont pas à s’immiscer, dans les problèmes internes chinois lorsque les Noirs américains sont abattus».

En Chine continental, John Kerry Biden était le seul diplomate américain a s’être rendu dans le pays, pour échanger sur le climat en avril dernier. Le climat est l’un des rares thèmes sur lesquels Washington espère pouvoir coopérer avec les Chinois. D’après le journal L’Orient le Jour, Pékin refuse de discuter de cette question en l’absence d’une amélioration globale de la relation.

Ces derniers mois, la Chine et les Etats-Unis ont continué à s’affronter sur plusieurs fronts. Suites aux accusations de Washington contre la Chine sur des questions telles que Hong Kong, Taïwan, la région autonome ouïghoure du Xinjiang et la recherche de l’origine du COVID-19, les deux plus grandes économies du monde ont vu leurs liens s’endommager davantage.

Le 23 juillet, la Chine a annoncé de nouvelles sanctions contre sept responsables américains, dont le secrétaire Wilbur Ross, en réponse aux sanctions américaines contre plusieurs responsables du gouvernement de Hong Kong, selon le ministère chinois des Affaires étrangères.

Willy Lam, professeur adjoint à l’Université chinoise de Hong Kong et analyste de la politique chinoise, s’est confié au CNN et a décrit les relations sino-américaines comme étant à un « plus bas historique ».

Ces échanges ont permis aux dirigeants chinois et américains de jouer cartes sur table et de préparer le terrain pour une éventuelle première rencontre entre le président américain Joe Biden et le président chinois Xi Jinping en marge du sommet du G20 prévu fin octobre en Italie.

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