lundi, juillet 15

Ses « ambitions hégémoniques sont bien davantage régionales »

Dans une interview accordée à Atlantico, Jean-Vincent Brisset a expliqué comment « l’expansionnisme chinois s’est justifié par le désir d’incarner un pouvoir incontournable en Asie du Sud-Est et dans toute la région. »

Directeur de recherche à l’IRIS, Jean-Vincent Brisset s’est spécialisé sur les questions de défense et relations internationales, ainsi que la Chine et les questions stratégiques en Asie.

Pour le Général de brigade aérienne, les rapports de la Chine avec le monde extérieur s’expliquent par plusieurs fondements. D’une part, l’Empire du Milieu « se positionne comme étant le centre d’un Monde essentiellement peuplé de hans confucéens. »

D’autre part, « contrairement à l’Occident, la Chine considère les frontières et les traités comme étant la photographie de l’état des lieux à l’instant de la signature et non pas comme un engagement pour le futur. D’où la possibilité de les remettre en cause si les rapports de force évoluent. »

Enfin, « l’étendue du territoire de la nation chinoise a beaucoup évolué au cours des siècles ».

Les présidents des pays membres fondateurs de l'Organisation de Coopération de Shanhghai
Les présidents des pays membres fondateurs de l’Organisation de Coopération de Shanhghai

Concernant la position centrale de la Chine, « on peut penser que, si les Chinois aimeraient être reconnus au niveau mondial, et peut être même être considérés comme étant d’essence supérieure, leurs ambitions hégémoniques sont bien davantage régionales, un espace dans lequel ils peuvent se montrer parfaitement intransigeants, » note le chercheur.

« La volonté expansionniste que l’on observe actuellement se traduit par des poussées en direction de la Mer de Chine Orientale et la Mer de Chine du Sud, » explique Jean-Vincent Brisset. D’autant plus que la marine chinoise progresse d’année en année

Ce dernier explique que « la volonté de réussir les Jeux Olympiques de 2008 et l’Exposition Universelle de 2010 ont d’abord conduit à mettre en veilleuse les revendications maritimes. Cet obstacle passé, la voie de la conquête était libre ».

Cette volonté du président aurait « des raisons de politique intérieure ». Quelque peu décrié dans la classe dirigeante et au sein du parti et de l’armée, la lutte contre la corruption lui permettrait de « se débarrasser de certains adversaires et dont le succès populaire est garanti dans un pays qui en souffre beaucoup ».

La campagne nationaliste mise en place ravit la population et contraint les conservateurs et certains libéraux d’accorder des « satisfécits au Président Xi ».

Manifestation anti-Japon en septembre 2012
Manifestation anti-Japon en septembre 2012

Même si en interne, la politique menée a des effets positifs. D’un point de vue extérieur, la situation est totalement différente. En effet, l’opinion japonaise s’est durcie, tout comme les Philippins et les vietnamiens, qui se plaignent de la présence chinoise dans leurs eaux territoriales.

Les conflits territoriaux sont repartis de plus belle ces deux dernières années, avec une contradiction tout de même, les nombreux accords de partenariat économique et commerciaux signés entre la Chine et ses voisins.

Cependant pour éviter toute dérive ou envenimement, Beijing « a dû exercer de très fortes pressions sur les pays qui étaient les plus proches et les plus dépendants de lui, à savoir le Cambodge et la Birmanie. Il a réussi à bloquer l’élaboration et l’adoption du code de conduite (proposé par les pays directement concernés) qui aurait tracé des limites claires », a expliqué Jean-Vincent Brisset.

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