Face au ralentissement de son économie, à la baisse de sa monnaie et aux fluctuations de la bourse, investisseurs, entrepreneurs et particuliers chinois s’inquiètent et préfèrent se tourner vers le billet vert. Pour endiguer cette situation, le gouvernement tente tant bien que mal d’éviter l’exode, à travers des mesures exceptionnelles.

bourse chinoise

Depuis l’an dernier, la baisse du yuan par rapport au dollar, suite au ralentissement économique du géant chinois, a poussé de nombreux chinois a échanger leur renminbi en billet vert, poursuivant ainsi la fuite des capitaux vers l’étranger.

Près de 1’000 milliards de dollars envolés

Selon la banque centrale chinoise, les entreprises et les particuliers ont fait sortir presque 1’000 milliards de dollars (900 milliards d’euros) de Chine depuis un an et demi. Un montant jamais vu.

Alors que le pays possède un excédent commercial de plus de 600 milliards de dollars en 2015, la faiblesse de sa monnaie inquiète tout le monde. De plus, le ralentissement de la croissance et la levée progressive des restrictions sur les investissements à l’étranger a entraîné une fuite massive de capitaux.

Pour endiguer, le gouvernement a obligé 5% des chinois a transféré à l’étranger 50’000 dollars par an. Les entreprises disposent d’importantes liquidités mais elles tente tout pour mettre leur argent à l’abri hors de Chine. Parmi les méthode utilisée, emprunter en yuan et se faire rembourser en devises étrangères.

Ces sorties de devises sont partiellement compensées par la balance commerciale positive de la Chine, mais les chinois doutent et appellent à acheter des dollars.  Récemment, la banque centrale chinoise est en train de préparer un projet de « taxe Tobin », qui sera imposée sur les opérations de changes.

La « taxe Tobin« , une mesure drastique

D’après Bloomberg News, cette mesure évoquée le 15 mars vise à endiguer les fuites de capitaux hors du pays et la dépréciation du yuan. Les règles restent à préciser, et le niveau de taxation pourrait être fixé à zéro pour une phase d’expérimentation, indique Bloomberg.

Cette taxe ne devrait pas perturber les transactions en devises étrangères menées par les entreprises dans le cadre de leurs activités, poursuit l’agence de presse. Cette taxation à taux minime sur les transactions monétaires internationales est destinée à prévenir les mouvements spéculatifs sur les marchés de devises et à éviter la volatilité excessive des taux de change, a indiqué l’Agence France Presse.

 Cette mesure est la plus drastique adoptée par le gouvernement chinois pour soutenir le yuan, qui est sous pression depuis plusieurs mois. La « taxe Tobin » pourrait selon certains analystes interrogés par l’AFP, « intensifier à court terme la volatilité du marché ».

Fin de l’internationalisation du Yuan ?

YuanCependant, elle remet en question la volonté de Beijing de faire du yuan (renminbi) une monnaie internationale, après son intégration au panier des devises de référence du Fonds monétaire international (FMI). Pour Chris Weston, stratégiste du courtier IG, une telle taxe « ne serait pas accueillie avec bienveillance par le FMI ».

L’an dernier, le gouverneur adjoint de la banque centrale, Yi Gang, avait également évoqué la mise en place d’une « taxe Tobin », afin qu’elle contribue « à contenir les flux de capitaux de fonds spéculatifs de court terme entrant et sortant du pays » avait-il indiqué au magazine China Finance.

Cependant, en 2011, le gouvernement avait évoqué l’éventualité d’imposer la « taxe Tobin ». Une possibilité saluée par de nombreux économistes, comme Pan Yingli, professeur à la Shanghai Jiaotong, qui a exprimé « un très fort soutien au concept de la taxe Tobin sur le long terme, à la fois comme instrument de réduction des risques systémiques et comme source de financement innovant (pour les désastres naturels et autres) », note Yves Tiberghien, dans « La Chine face au grand jeu du G20 et de la gouvernance mondiale » (Revue internationale de politique comparée 3/2011).

Ce dernier a évoqué la prise de position du professeur Wu XinRu, School of Finance and Statistics, qui a assuré que « ‘l’idée de la taxe Tobin pour contrôler les capitaux flottants instables est excellente’ mais de noter également que la Chine utilise pour l’instant des moyens administratifs pour contrôler ces flux ». Raison pour laquelle, la Banque populaire de Chine tente de libéraliser les taux d’intérêt et approfondir les réformes du système de changes et des institutions financières engagées depuis l’an dernier, afin de maintenir le yuan à un niveau stable.