La transition économique du pays serait en train de se matérialiser, avec la stabilisation de la croissance à 6,8% au premier trimestre. Elle aura était plus résistante qu’attendu par les experts, grâce à une consommation robuste, malgré l’essoufflement de la production industrielle et les risques financiers pesant sur le crédit.

Le produit intérieur brut (PIB) a progressé sur les trois premiers mois de l’année au même rythme qu’au dernier trimestre 2017, selon le Bureau national des statistiques (BNS).

Un taux de croissance au-dessus des prévisions

Le taux est au-dessus de la prévision médiane de 13 analystes sondés par l’AFP, qui tablaient sur un léger essoufflement de la deuxième économie mondiale, de +6,7%. Chacun prévoyait le refroidissement du secteur immobilier, pilier de l’économie, et le tassement du crédit, alors que le gouvernement tente d’endiguer l’endettement du pays et les risques financiers dû au financement des entreprises d’état.

Malgré les prévisions négatives, la conjoncture a été dopée par une consommation intérieure solide. Ainsi, ventes de détail, baromètre des achats des ménages, ont augmenté de 10,1% sur un an en mars, soit une donnée plus forte qu’en janvier-février (+9,7%).

A cela s’ajoute, la hausse constante du commerce en ligne, grandissant de 35% sur un an sur l’ensemble du trimestre, soit plus de 20% des ventes de détail. «La dynamique de croissance reste vigoureuse», et la consommation montre que le rééquilibrage du modèle de croissance vers la demande intérieure «poursuit son cours», ont souligné les analystes de la banque ANZ.

Cependant, la production industrielle s’est fortement tassée en mars, avec une progression de 6%, en-dessous des prévisions des analystes sondés par Bloomberg. Elle avait pourtant accéléré à 7,2% en janvier-février, grâce à la demande internationale et à la hausse des exportations. «Cette reprise industrielle a empêché la croissance de trébucher sur le trimestre», a estimé Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics, à l’AFP.

La campagne antipollution menée durant l’hiver, qui avait entraîné des fermetures d’usines et réductions de production, s’est assouplie, ce qui profite momentanément à l’activité, estime-t-il.

Le conflit sino-américain pourrait peser

Pour autant, « la croissance chinoise reste sous pression« , en raison des tensions commerciales avec Washington, a souligné Hao Zhou, économiste chez Commerzbank.  Pour Ce dernier, ces tensions «assombrissent les perspectives tant pour les échanges commerciaux que la croissance».

Les présidents Xi Jinping et Donald Trump

Le président américain Donald Trump a menacé de taxer pour 150 milliards de dollars (123 milliards d’euros) d’importations de produits chinois. De son côté, le gouvernement chinois étude ses possibles représailles sur une liste de produits américains tout aussi importante.

Si Washington met ses menaces actuelles à exécution, «les pertes pour la Chine devraient rester minimales», a indiqué Chen Xingdong, de BNP Paribas, à l’instar de nombreux économistes. En effet, Xing Zhihong, porte-parole du BNS, a expliqué que les tensions sino-américaines «ne posaient pas de problème à l’économie chinoise».

Il a évoqué les «difficultés graves d’un développement déséquilibré et inadéquat» et «l’ampleur intimidante des réformes à mener». D’ailleurs, les obstacles économiques de la Chine, tels que le désendettement et les risques financiers, pourraient s’aggraver.

«Le secteur de la construction ralentit déjà, les gouvernements locaux réduisant leurs dépenses dans les chantiers d’infrastructures pour contenir leur niveau d’endettement» a indiqué Julian Evans-Pritchard.

Les investissements en capital fixe, reflet des dépenses d’infrastructures, ont crû de 7,5% sur un an au premier trimestre, s’essoufflant par rapport à janvier-février. Toutefois, dans le secteur immobilier, pilier de l’économie du pays, les investissements restent robustes, mais les ventes de logements continuent de ralentir, pénalisant par le durcissement du crédit.

Dans ce contexte, «un ralentissement économique est prévisible d’ici la fin de l’année (…) Les vents contraires d’un durcissement de la politique budgétaire et d’un ralentissement du crédit continueront de plomber l’activité» a prévenu Julian Evans-Pritchard.