Le magnat hongkongais de la presse, Jimmy Lai a été arrêté le 10 août, et son groupe de presse perquisitionné au nom de la nouvelle loi sur la sécurité nationale, mise en vigueur le 1er juillet.

Jimmy Lai

Le richissime septuagénaire, Jimmy Lai, a été interpellé chez lu, a précisé Mark Simon, un de ses collaborateurs, qui a indiqué que d’autres membres de son groupe de presse avaient aussi été arrêtés.

Dans un communiqué, la police a fait état de sept arrestations pour des soupçons de collusion avec des forces étrangères – une des infractions visées par la loi sur la sécurité nationale adoptée le 30 juin par la Chine – et de fraude. Deux des fils de Jimmy Lai font partie des personnes arrêtées, selon une source policière.

Considérée comme une réponse de la Chine aux manifestations pro-démocratie ayant ébranlé Hong Kong en 2019, la loi donne aux autorités chinoises de nouveaux pouvoirs pour sanctionner quatre types de crimes contre la sécurité de l’Etat.

De nombreux militants pro-démocratie dénoncent ce texte jugé « liberticide » qui met fin au Principe « Un pays, deux systèmes », installé à la rétrocession en 1997 et garantissant théoriquement jusqu’en 2047 aux Hongkongais des libertés inconnues dans le reste de la Chine.

Jimmy Lai est le patron de Next Digital, qui détient deux titres critiques de la Chine, le quotidien Apple Daily et le magazine Next. En fin de matinée le 10 août, environ 200 policiers se sont présentés au siège du groupe, sur une zone industrielle du quartier de Lohas Park (sud-est).

Des journalistes d’Apple Daily ont diffusé en direct sur Facebook les images de cette perquisition sur lesquelles, le rédacteur en chef du quotidien Law Wai-kwong apparaît en train de demander aux policiers leur mandat.

Les policiers ont ordonné aux journalistes de se lever et de s’aligner pour des vérifications d’identité, alors que d’autres fouillaient la salle de rédaction. Jimmy Lai a lui été amené sur les lieux, menotté.

Chris Yeung, président de l’Association des journalistes hongkongais, a qualifié cette descente de « choquante et terrifiante ». « C’est sans précédent, et c’était inimaginable il y a un mois ou deux », a-t-il déclaré à l’Agence France Presse.

Law Wai-kwong a, de son côté, adressé une note à ses journalistes dans laquelle il leur demande de rester à leur poste pour permettre la sortie des prochaines éditions du journal, en dépit des perquisitions.

Pour beaucoup de Hongkongais engagés dans la mouvance pro-démocratie, Jimmy Lai est un héros, un patron de tabloïd qui a bâti sa fortune seul, et l’unique magnat hongkongais tenant tête au pouvoir central.

L’action de Next Digital a clôturé en hausse de plus de 180% à la Bourse de Hong Kong, son niveau le plus haut depuis juin 2019, alors l’appel de ses partisans lançaient à soutenir le titre.

Jimmy Lai est devenu la bête noire de la Chine, un phénomène rare, car leur de hongkongais s’attire la haine de Beijing. Jimmy Lai est d’ailleurs régulièrement qualifié par les médias d’État chinois de « traître » qui l’accusent d’être l’instigateur de la contestation de 2019.

Les accusations de collusion avec une puissance étrangère ont redoublé en 2019 contre Jimmy Lai, qui a rencontré le secrétaire d’État américain Mike Pompeo et le vice-président Mike Pence. D’ailleurs, deux semaines avant que la mise en vigueur de la loi sur la sécurité pour Hong Kong, le 1er juillet 2020, Jimmy Lai avait confié qu’il était « prêt » à aller en prison.

« Le cas échéant, j’aurais la possibilité de lire des livres que je n’ai pas lus », avait-il indiqué à l’Agence France Presse. « La seule chose que je puisse faire est de rester positif ». Concernant les accusations de collusion, il a expliqué que les Hongkongais avaient le droit de rencontrer des hommes politiques étrangers.

« Tant que je serai en vie, Next Media ne changera pas », a-t-il expliqué à l’AFP, assurant que « je ne veux pas que mes enfants, mes petits-enfants, se disent que leur père et grand-père était riche, mais qu’il était un trou du cul. Je ne peux pas compter sur mon argent pour être heureux ».