#JeNeSuisPasUnVirus est devenu le slogan car il y a d’abord eu la une du quotidien français le Courrier picard le 26 janvier dernier : «Coronavirus chinois: alerte jaune», accompagné d’un édito intitulé «Le péril jaune».

Il y a les appels à rester éloigné des enfants et commerces chinois sur les réseaux sociaux italiens. Les remarques racistes en pleine rue visant les personnes d’origine asiatique – toutes nationalités confondues – en France, relayées sur internet avec le mot-dièse #JeNeSuisPasUnVirus, relayé dans la presse internationale.

Dans une interview accordée à France Infos, Rui Wang, cofondateur de l’Association des Jeunes Chinois de France, a pointé du « le racisme ordinaire » subi par la communauté asiatique en France depuis le début de l’épidémie de coronavirus.

« On aimerait bien que les gens soient jugés et considérés comme des individus », a indiqué ce dernier, face à la montée de remarques racistes visant la communauté asiatique, et particulièrement chinoise, en France.

Ce racisme est visible sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, surtout), où les insultes, les menaces, les amalgames et les propos racistes sont devenus monnaie courante. Rui Wang a indiqué voir sur ces réseaux des témoignages « de jeunes asiatiques qui se plaignent d’avoir été l’objet de remarques, de blagues, de rejets ».

Des témoignages poignants qui montrent que « de façon générale, (il y a, ndlr) la libération d’une parole raciste «décomplexée» en France, mais aussi dans de nombreux pays européens ou aux Etats-Unis », a expliqué Nicolas Bancel, professeur spécialiste de l’histoire coloniale à l’Unil.

« J’ai vu une caissière asiatique à Auchan qui a été un peu prise à partie parce que les clients ne voulaient pas d’elle, lui disaient « rentre chez-toi, garde ta maladie », a précisé Rui Wang. « C’est banalisé, ça peut être une remarque par-ci ou par-là, qui peut parfois avoir des conséquences sur la vie de tous les jours, voire sur le parcours professionnel des uns et des autres », a dénoncé ce dernier.

Si « les dénonciations commencent à exister, ça reste insuffisant », a assuré le cofondateur de l’association des Jeunes Chinois de France. D’ailleurs, l’association dénonce un manque d’implication de la société et des institutions : « on laisse passer beaucoup de choses, ça peut être dans les écoles, dans les institutions, dans les entreprises. On a l’impression que se moquer des Asiatiques, ça peut être gratuit ».

Sur Twitter, Linh-Lan Dao (@ceruleeann) Journaliste #VraiouFake (jeudi 22h sur @franceinfo) a tweeté :

« Il est temps pour vous de retourner en Chine. Vous venez nous empoisonner avec votre coronavirus (…) Ce n’est pas du racisme de vous renvoyer dans votre pays, mais une précaution pour notre civilisation européenne et arabe. » Euh… whaaaat #ilestfou #JeNeSuisPasUnVirus

Cette dernière a relayé une lettre du Comité français de défense des argenteuillais adressée à un commerçant d’Argenteuil.

Au sentiment anti-asiatique s’ajoute un sentiment plus spécifiquement anti-chinois, dénoncé par les associations. En effet, la Chine, telle qu’elle est présentée en Europe par les médias, les politiques et les lobbyings, « fait peur. Elle est désormais la deuxième puissance mondiale et sera inévitablement bientôt la première. Ses entreprises internationales sont perçues comme visant l’hégémonie régionale, voire mondiale. Cela crée une angoisse diffuse gouvernée par l’idée qu’un retournement géopolitique majeur en défaveur de l’Occident (et donc des «Blancs») serait en train de se produire », a indiqué au quotidien Le Temps, Nicolas Bancel.

Ce dernier a pointé du doigt la responsabilité des médias et à leur traitement journalistique de l’épidémie du coronavirus :

« Je constate que cette information est diffusée dans la dynamique d’un certain catastrophisme. Il y a une fascination pour la catastrophe – cela ne date pas d’hier – mais aussi une course à l’audimat évidente. C’est anxiogène, et c’est ce qui est recherché. Le moins que ces médias pourraient faire est d’expliquer que ces communautés asiatiques – jusqu’à preuve du contraire – ne sont pas vecteurs du virus, et analyser cette stigmatisation pour en expliquer l’absurdité ».

En effet, Erin Chew, responsable nationale de l’Asian Australian Alliance, a expliqué que « lorsque des virus antérieurs se sont produits tels que la maladie de la vache folle ou la grippe porcine, l’Australie n’a pas interdit les non-citoyens de Grande-Bretagne et des États-Unis. Le blâme n’a pas non plus été attribué à la population de [ces pays]. Depuis l’épidémie de coronavirus, il a été inventé que ce virus est la faute du peuple chinois, pas seulement en Chine continentale, mais vraiment partout dans le monde ».