Le système de partis politiques en Chine et le Parti Communiste Chinois

par | Mai 3, 2021 | Coin des Idées, OPINIONS, Yoro Diallo

De Yoro Diallo – Le 1er juillet 2021, le Parti Communiste Chinois aura cent ans ; Cent ans d’engagement patriotique ; Cent ans de lutte farouche ; Cent ans de sacrifice ; Cent ans de travail acharné pour réaliser ce qui est convenu d’appeler « le miracle chinois », « le Renouveau de la Nation Chinoise ».

Prof. Yoro DIALLO

Cet évènement unique en son genre dans l’histoire politique des grandes nations invite à visiter l’histoire du système de Partis Politiques en Chine, afin de mieux comprendre ledit système et apprécier à sa juste valeur le rôle du Parti Communiste Chinois dans la marche de la Chine nouvelle vers le progrès. Pour mieux comprendre un phénomène il faut rentrer dans son histoire.

Alors, nous éviterons, comme le fond nombre de personnes à travers le monde, de porter un regard, à bien des égards, caricatural sur la Chine. Un regard caricatural qui est le plus souvent la conséquence de préjugés découlant de l’ignorance ou de l’aveuglement. Or, « il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir ».

La Chine d’aujourd’hui est un grand pays ayant une longue histoire de féodalisme et de domination coloniale. A partir de 1840, les multiples agressions des puissances impérialistes occidentales, l’impuissance du régime féodal à faire face aux envahisseurs et la corruption généralisée, ont fait de la Chine une société semi-coloniale et semi-féodale.

Pendant plus d’un siècle, la Nation Chinoise a été plongée dans des crises abominables multiformes. La misère extrême et l’humiliation constituaient le seul droit des populations. Défiant des conditions de vie très  difficiles, le peuple chinois s’est engagé dans des luttes héroïques qui dureront plusieurs années et plusieurs générations.

Au début du XXème siècle, le Dr Sun Yat-Sen lance « la révolution démocratique bourgeoise » connue sous le nom de «  la Révolution de 1911 ». Cette révolution renverse le système monarchique autocratique vieux de plusieurs millénaires pour donner naissance à la République de Chine. Une Constitution provisoire est promulguée par le gouvernement intérimaire. Le système politique parlementaire multipartite à l’occidental est établit.

La conséquence est la floraison de Partis politiques dans le pays (plus de 300). Dans la lutte pour les sièges au Congrès, le Kuomintang (Kuo-Min-Tang, Parti national ou KMT) se démarque de ses rivaux et obtient la majorité absolue. Les forces réactionnaires nationales et étrangères n’acceptent pas cet état de fait. Après l’assassinat de Song Jiaoren, Yuan Shikai monte sur le trône de la monarchie restaurée. Le Kuomintang et le Congrès seront dissous.

Le système parlementaire multipartite adopté par la bourgeoisie nationale et les Partis politiques alliés abouti à un échec total. Bien que progressiste comparativement à la monarchie autocratique, le système politique à l’occidental ne répondait pas aux problèmes majeurs de la société chinoise. Sun Yat-sen dira que « la Chine ne pouvait pas simplement copier la politique occidentale pour gouverner sa propre société, car les conditions sociales et les traditions du pays étaient très différentes de celles de l’Europe et de l’Amérique ». Le régime de Tchang Kaï-chek qui représentait les intérêts des grands propriétaires terriens et des grands bourgeois, était une autocratie qui monopolisait tout le pouvoir d’État.

Lorsqu’éclate la guerre de résistance contre l’envahisseur Japonais, le gouvernement du Kuomintang exclu le Parti Communiste Chinois et les autres Partis politiques. Après la victoire sur le Japon, le Parti Communiste Chinois propose la mise en place d’un gouvernement de coalition démocratique. Le Kuomintang rejette cette proposition et revient sur l’accord portant sur la consultation politique, provoquant ainsi la guerre civile.

Le Parti Communiste Chinois et huit autres Partis politiques décident ensemble d’explorer un nouveau système de Partis politiques en rapport avec les réalités économiques, sociales et culturelles du peuple chinois. Le PCC adopte  le Marxisme-Léninisme tenant compte des réalités de la Chine. Ainsi, il hisse la bannière d’une «Nouvelle Révolution Démocratique», sous laquelle, il réunit toutes les classes révolutionnaires et engage la lutte pour l’indépendance nationale et le bonheur du Peuple chinois.

En examinant la société chinoise et sa structure de classe et en tirant les leçons de l’histoire du pays, le Parti Communiste Chinois relève que « pour vaincre l’impérialisme et le féodalisme, remporter la victoire complète de la révolution chinoise, il doit s’organiser avec toutes les forces progressistes pour former une forte synergie ».

A cet effet, le PCC fait la proposition de mettre en place un « Front Uni Démocratique », d’où la première coopération entre le Parti Communiste Chinois et le Kuomintang, au nom de l’intérêt fondamental de la nation chinoise. En 1948, dans son célèbre « Appel du 1er Mai», le Parti Communiste Chinois propose de convoquer « une Nouvelle Conférence de Consultation Politique » et de mettre en place « un gouvernement de coalition démocratique ». Cette proposition reçoit une réponse favorable de la part des Partis démocratiques et des Indépendants.

Les Partis politiques non communistes, fondés pour la plupart pendant la guerre de résistance contre l’agression japonaise (1937-1945) et la guerre de libération (1945-1949), étaient enracinés dans la bourgeoisie nationale et la petite bourgeoisie urbaine. Ces Partis politiques dont l’agenda portait sur l’anti-impérialisme et le patriotisme constituaient la force progressiste de la société chinoise.

Pendant la guerre contre le Japon, ces Partis se joindront au Front National Uni dirigé par le Parti Communiste Chinois. Suite à la victoire contre le Japon, lesdits Partis se joindront au PCC pour s’opposer à la politique dictatoriale de Chiang Kai-shek. Ce dernier et ses alliés provoquent la guerre civile. Les Partis qui ont répondu favorablement à l ‘«Appel du 1er Mai», déclarent leur engagement à travailler ensemble sous la direction du PCC pour la fondation d’une Chine nouvelle.

S’affirmant comme porte-étendard, guide de la nouvelle révolution démocratique le PCC a établi sa position de leader parmi les forces révolutionnaires chinoises à travers de dures épreuves. Au regard de la réalité sur le terrain, les Partis démocratiques et les Indépendants choisissent d’accepter la direction du Parti Communiste Chinois.

La première Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois (CCPPC), tenue en septembre 1949 marque la mise en place officielle du système de coopération multipartite et de consultation politique sous la direction du Parti Communiste Chinois. Par ce système  le PCC, les Partis démocratiques et les Indépendants travaillent ensemble dans la conduite du pouvoir étatique de la Chine nouvelle.

Logo du centenaire du PCC

Dès la fondation de la République Populaire de Chine, le PCC renforce son unité et sa coopération avec les Partis démocratiques et s’emploie pour faire progresser le système de coopération multipartite. En 1956, à la lumière des profonds changements survenus dans la société chinoise, le PCC pose « le principe de coexistence à long terme et de contrôle mutuel». Cela signifie que les Partis démocratiques existeront aussi longtemps que le PCC existera.

Ce principe établit le cadre de base de la coopération multipartite dans la Chine nouvelle. En 1978, avec la mise en œuvre de la politique de la Réforme et de l’Ouverture, la deuxième génération de leadership du PCC avec à sa tête Den Xiaoping, mène une étude approfondie sur les expériences acquises depuis 1949, notamment celles des années de la «Révolution Culturelle».

Des mesures seront prises apportant des aménagements dans le domaine de la coopération multipartite et dans l’interaction du PCC avec les autres Partis. Il sera précisé que « chaque Parti est par nature une union politique du groupe de travailleurs socialistes et de patriotes prosocialistes et que la coopération multipartite est une qualité unique du système politique chinois ». Les Partis y collaboreront  avec sincérité.

En 1989, la quatrième session plénière du treizième Comité Central du PCC tire les leçons de l’effondrement de l’Union Soviétique et des anciens pays socialistes d’Europe de l’Est et des troubles politiques survenus en Chine. Gardant à l’esprit la Réforme et l’Ouverture ainsi que la nécessité d’une restructuration politique, la troisième génération de leadership du PCC dirigée par Jiang Zemin présente un document d’orientation sur la coopération multipartite et la consultation politique, à la lumière de la pensée de Deng Xiaoping.

Le 31 décembre 1989, suite à des concertations avec les Partis démocratiques et les Indépendants, le Comité Central du PCC promulgue « l’opinion du Comité Central du PCC sur le maintien et l’amélioration du système du multipartisme ». Lors du 16ème Congrès National, le Comité Central du PCC dirigé par le Secrétaire Général Hu Jintao, examine la situation intérieure du pays et les expériences acquises depuis 1978. Il engage des actions fortes pour le « développement régulier et solide de la coopération multipartite » en vue de promouvoir le développement politique socialiste avec des caractéristiques chinoises.

En 2005 et 2006, le Comité Central du PCC publie trois documents qui édifient sur «l’Opinion du Comité Central du PCC, le renforcement du système de coopération multipartite et de consultation politique, le renforcement du travail du PCC, et l’Opinion du Comité Central du PCC sur la consolidation et le renforcement du Front Uni dans la nouvelle période. En 2007, le Bureau d’information du Conseil d’État publie « un livre blanc sur le système politique en Chine ».

Ce document présente un examen exhaustif du passé du système de coopération multipartite chinois, et clarifie davantage le rôle des Partis démocratiques dans la construction de la Chine et dans la promotion de la démocratie socialiste. Il note que c’est le « système de coopération multipartite qui est la particularité et la force du système politique en Chine ».

Depuis le XVIIIème Congrès du Parti Communiste Chinois tenu en 2012, la nouvelle équipe dirigeante centrale ayant Xi Jinping comme Secrétaire Général conduit le Parti et le Peuple Chinois multiethnique à affronter les défis, en approfondissant la politique de la Réforme et de l’Ouverture, en modernisant le système et la capacité de gouvernance de l’Etat, en rassemblant les forces afin de réaliser « le rêve chinois pour le renouveau de la Nation Chinoise ».

Une nouvelle page de l’histoire glorieuse de la Chine nouvelle s’est ouverte. Sous la direction du PCC, le Peuple Chinois œuvre avec détermination pour la prospérité du socialisme à la Chinoise. La pratique politique dans l’histoire contemporaine de la Chine prouve à suffisance que la construction de tout système politique en Chine doit être basée sur les conditions propres du pays. Le « copier-coller » ou le mimétisme aveugle de modèles étrangers ne peut pas réussir en Chine pour la simple raison que lesdits modèles ne répondent pas aux réalités du peuple Chinois multiethnique.

Le système de coopération multipartite de la Chine est le produit de l’histoire du pays, de la combinaison du Marxisme-Léninisme avec la situation propre à la Chine et des expériences de lutte du Parti Communiste Chinois et des Partis alliés. Ce système répond aux exigences inhérentes au développement économique, social et culturel  de la Chine.

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