vendredi, juin 14

Les avocats appelés à respecter le principe «un pays, deux systèmes» à Hong Kong

Carrie Lam, cheffe de l’exécutif de Hong Kong, a appelé un des grands organes juridiques de la ville à ne pas se mêler de politique.

Pour certains observateurs, ce rappel à l’ordre est un signal de la volonté du gouvernement de Hong Kong de demander aux organismes professionnels de se conformer aux règles établies par la Chine continentale.

Carrie Lam, cheffe de l’exécutif de Hong Kong

«Si la Law Society permet à la politique de détourner sa vocation juridique, le gouvernement […] envisagera de rompre ses relations avec elle», a déclaré Carrie Lam lors d’un point presse, sans préciser les mesures que le gouvernement de Hong Kong pourrait prendre.

Ses propos interviennent alors que des organisations pro-démocratie ont annoncé leur dissolution et que la Chine poursuit en justice des groupes de la société civile considérés comme politiquement déloyaux ou soutenant le mouvement démocratique de la ville.

Avec quelque 12 000 membres, la Law Society est la plus grande association de conseillers juridiques de Hong Kong, et le seul organisme de réglementation de ce type doté de pouvoirs statutaires.   

La Law Society doit élire dans quelques jours cinq des 20 membres du conseil et des personnalités pro-Beijing craignent que des avocats plus libéraux et pro-démocraties soient élus.

L’élection sera la clé car elle « décidera du sort » de la Law Society, a indiqué Carrie Lam. Onze candidats, dont cinq candidats « professionnels » ayant des liens reconnus avec Pékin, quatre candidats « libéraux » et deux « centristes » – briguent les cinq sièges.

La Law Society exige que son président soit élu parmi les membres du conseil, et en tant que présidente sortante Melissa Kaye Pang a déjà occupé le poste pendant trois mandats, elle doit démissionner à la fin de son mandat.

Le conseil de la Law Society compte actuellement huit membres « libéraux », dont deux parmi les cinq membres les plus anciens qui seront remplacés la semaine prochaine. Si les cinq candidats du camp « professionnel » perdent et que les quatre candidats du camp « libéral » gagnent, il y aura alors 10 membres du conseil « libéral », permettant au camp de « faire pencher la balance » en obtenant le soutien des centristes.

Pour le Quotidien du peuple a publié un commentaire mettant en garde la Law Society contre l’élection d’«éléments anti-Chine» et l’a appelée à choisir «le professionnalisme plutôt que la politique».  

Dans son article, le Quotidien du Peuple a également visé l’Association du Barreau de Hong Kong qui représente les avocats, avertissant le Barreau de ne pas suivre les traces de la Law Societey.

«Si vous approuvez le principe ‘un pays, deux systèmes’ et respectez la loi fondamentale, alors [la Law Society] ne rompra pas tous les échanges et la coopération avec le continent et ne marchera pas sur une voie sans issue comme l’Association du barreau de Hong Kong», peut-on lire.

«L’Association du barreau de Hong Kong est devenue le rat des rues de Hong Kong et son échec à Hong Kong est certain». Or, l’Association du Barreau de Hong Kong est généralement plus ouverte que la Law Society sur les questions sociales.

Conseil législatif de Hong Kong, appelé Legco

Cette dernière a provoqué la colère de la Chine en exprimant ses inquiétudes face à certains développements judiciaires à Hong Kong, notamment la loi sur la sécurité nationale imposée par la Chine et une nouvelle loi sur l’immigration entrée en vigueur ce mois-ci qui a fait craindre une « interdiction de sortie ».

Le bureau de liaison de la Chine à Hong Kong a visé son président Paul Harris au début de l’année 2021 après avoir critiqué la condamnation de deux avocats chevronnés pour des rassemblements pacifiques non autorisés en août 2019.

Dans un communiqué répondant aux propos de Carrie Lam, la présidente de la Law Society Melissa Pang a assuré que son organisme était «resté politiquement neutre». « Récemment, je suis consciente des points de vue selon lesquels les organes juridiques ne sont ni des partis politiques ni des organisations politiques et devraient donc s’efforcer de maintenir leur professionnalisme plutôt que leur politisation. Je suis tout à fait d’accord», a écrit cette dernière sur son blog officiel.

«Nos professionnels du droit devraient utiliser leur expertise pour faire respecter l’état de droit et promouvoir les services juridiques, en maintenant le professionnalisme attendu par l’industrie juridique et la communauté», a assuré Melissa Pang.

Cependant, certaines personnalités du milieu juridique de Hong Kong ont exprimé leur inquiétude après les propos de la cheffe de l’exécutif. Le terme «Politisé semble être le nouveau nom de code du gouvernement pour des candidats qui ne sont pas pro-gouvernement et qui remportent une majorité au conseil de la Law Society », a ainsi commenté sur Twitter Antony Dapiran, un avocat de Hong Kong.

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