lundi, juillet 15

Les investissements internationaux dans le charbon menacent le climat

Le gouvernement mène une lutte acharnée pour limiter sa production d’énergie liée au charbon, mais de l’autre, il exporte cette technologie polluante en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient, selon les experts.

Les émissions de CO² de ces centrales à charbon financées par la Chine pourraient freiner les efforts mondiaux pour ralentir le réchauffement climatique provoqué par les carburants fossiles, en particulier la houille.

Tim Buckley, du think tank Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA), a expliqué que « la Chine est le leader mondial pour prendre des mesures et faire les investissements nécessaires pour progressivement décarboner son économie ».

L’organisation a indiqué que « mais au niveau international, la Chine continue d’investir dans une série de projets charbon, en contradiction directe avec sa stratégie énergétique nationale ».

Le charbon représente 40% des émissions mondiales de CO², et plus des deux-cinquièmes de l’électricité mondiale est produite grâce au charbon, soit près du double de la part du gaz naturel et 15 fois plus que l’éolien et le solaire combinés.

Selon l’étude de l’IEEFA, un quart des centrales à charbon en projet ou en construction – hors de Chine – sont soutenues par des institutions financières officielles et des entreprises chinoises.

« Le risque est d’enfermer ces pays dans quelque chose qui n’est pas bon pour eux à long terme, et c’est incompatible avec les objectifs de l’accord de Paris » qui vise à limiter le réchauffement à maximum +2°C, a précisé Christine Shearer, auteure de cette étude, à l’Agence France Presse.

Pour limiter le réchauffement à +1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, les scientifiques du GIEC ont souligné qu’il faudrait réduire les émissions de près de la moitié d’ici 2030.

La Chine a investit en Egypte, au Nigeria, au Kenya, au Sénégal, et notamment au Zimbabwe, cependant ces pays n’ont pas ou peu d’énergie produite par le charbon et ni de charbon pour alimenter les futures centrales.

« Cela veut dire qu’ils devront construire des infrastructures d’importation ou des mines de charbon », a indiqué Christine Shearer. Toutefois, les institutions financières chinoises ont engagé plus de 21 milliards de dollars (19 mds €) pour développer 31 gigawatts de centrales à charbon dans une douzaine de pays, et 15 milliards de dollars supplémentaires (14 mds €) sont en projet pour financer des capacités de 71 GW dans 24 autres pays, selon l’IEEFA.

La Chine est devenue omniprésente, à tel point que les investissements de la Corée du sud et du Japon dans les énergies fossiles à l’étranger se réduisent. « Les entreprises chinoises sont plus prêtes à se frotter à des pays et à des marchés risqués », a expliqué Han Chen, experte du Natural Resources Defense Council, à l’AFP.

« La Chine a tout à fait conscience des critiques grandissantes envers cette politique de financement du charbon », a expliqué à l’agence française Laurence Tubiana, ancienne négociatrice française et cheville ouvrière de l’accord de Paris.

Mais face au ralentissement économique du pays, les géants publics du charbon cherche de nouveaux marchés à l’étranger, a souligné Christine Shearer. Cependant, d’après une dizaine d’experts interrogés par l’AFP, les autoriéts chinoises pourraient investir autrement à l’étranger.

Pour Laurence Tubiana, « le secteur privé chinois, dynamique et très impliqué dans les renouvelables ou les véhicules électriques, pourrait être un moyen parfait pour l’influence chinoise à l’étranger ».