Menaces de viol, photos humiliantes ou montages photo ou vidéo, les hongkongaises font face à des situations de plus en plus difficiles. Elles affirment être harcelées sur internet par des internautes, qualifiés de « trolls », qui seraient pro-Beijing.

Ces dernières sont les cibles de ces harceleurs du net en raison de leur soutien au mouvement de contestation qui secoue Hong Kong depuis trois mois. L’île est en plein crise politique, l’une des plus graves depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des actions quasi-quotidiennes pour dénoncer le recul des libertés et les ingérences du pouvoir central.

Outre les manifestantes, dont les photos sont modifiées avec grossierté et vulgarité, Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif, n’est pas exempte de telle manoeuvre. Des photos du visage de cette dernière sont collées sur des corps à peine vêtus et exposées sur les murs de la ville.

Les épouses de policiers sont aussi concernées, et ont été identifiées par les utilisateurs de l’application de messagerie Telegram. Ces derniers ont lancé un sondage invitant à voter pour la femme avec laquelle ils préféreraient « coucher », selon une source policière.

Toutes les femmes concernées

Le harcèlement en ligne est « une arme pour nuire aux femmes », a expliqué une porte-parole de l’Association contre les violences sexuelles faites aux femmes de Hong Kong.

Cible récurrente du harcèlement sur les réseaux sociaux, Denise Ho a expliqué sur Facebook que l’objectif de ces attaques est d’« ignorer ma volonté et mes idées afin de se focaliser sur mon allure extérieure, ma manière de m’habiller et de me diaboliser ».

Les victimes soupçonnent des internautes pro-Beijing de proférer ces insultes sexistes, car la majorité des messages sont écrist en chinois simplifié, une écriture principalement utilisé en Chine continentale.

Selon elles, ce type de harcèlement s’est intensifié depuis que le gouvernement central chinois a durci ses positions contre le mouvement pro-démocratie. Le 25 août, des milliers de personnes se sont rassemblées pour manifester contre les violences sexuelles qui seraient commises par la police.

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Les participants de ce rassemblement avaient partagé le hashtag #ProtestToo, en référence au mouvement #MeToo, né suite aux accusations contre le producteur Harvey Weinstein en octobre 2017.

Les réseaux sociaux sont au coeur de la bataille

Fin août, les deux géants technologiques américains Twitter et Facebook ont annoncé avoir suspendu plus d’un millier de compte actif, «liés à des individus associés au gouvernement de Pékin» qui discréditer – selon eux – la mobilisation en faveur de réformes démocratiques et de semer la zizanie à Hong Kong.

Twitter avait également décidé de fermer 200.000 autres comptes avant qu’ils ne soient réellement actifs. Facebook a suspendu 936 comptes suspects «coordonnés dans le cadre d’une opération soutenue par l’État».

Laurel Chor, journaliste couvrant les manifestations à Hong Kong, a dit à l’Agence France Presse avoir reçu un « flot constant » de propos violents dans les commentaires de ses publications et sur Instagram. « Ils employaient des mots comme +pute+, +prostituée+ et +salope », selon elle.

De son côté, la journaliste Vicky Xiuzhong Xu, née en Chine mais qui traite la crise à Hong Kong depuis l’Australie, a expliqué avoir été assailli de commentaires désobligeants, recevant notamment des menaces de viol. « Les insultes que je recevais étaient un étrange mélange de nationalisme, de sexisme et de racisme. Ça me rendait physiquement malade », a expliqué cette dernière.