Le secteur du vélo partage fait face à une concurrence acharnée risquant de bouleverser le paysage, et d’entraîner la société Ofo à la faillite

Arrivés en masse dans les grandes villes du pays depuis deux ans, la rivalité entre les deux principales sociétés, Ofo et Mobike, s’est exacerbée. Les deux compagnies ont durant deux années inondé les villes de leurs vélos. Une stratégie payante pour Mobike, mais pas Ofo, en pleine tourmente.

Ofo a lancé ses premiers vélos dès 2014 et revendique 200 millions d’utilisateurs. Or aujourd’hui près de 11 millions de clients lui réclament le remboursement de leur caution.

Face au refus de payer d’Ofo, des centaines de personnes campent devant les locaux à Beijing pour réclamer leur caution de 199 yuans (25€). Face à l’ampleur de la contestation, les policiers ont encadré la manifestation.

Dans un communiqué cité par l’Agence France Presse, Ofo a assuré que les demandes de remboursement seraient traitées dans l’ordre chronologique. Pour avoir accès aux vélos, les premiers utilisateurs ont dû déposer une caution de 99 yuans, montant passé depuis à 199 yuans (25,32 euros).

Près de de 990 millions de yuans (126 millions d’euros) sont désormais réclamés par des utilisateurs. Ces derniers veulent être remboursés car le matériel est en mauvais état et il y a une surfacturation systématique. D’autres craignent la faillite de la compagnie.

« Les dépôts de la clientèle ont donné accès à une liquidité gratuite à Ofo et ses concurrents », a expliqué à l’AFP, Michael Pettis, professeur de finance à Pékin. Selon lui, « la plupart des analystes estiment que ces sociétés ont pu survivre et se concurrencer de manière agressive (…) non pas parce que leur activité était rentable, mais plutôt grâce aux dépôts des clients ».

Sans cette manne financière, « difficile de savoir combien pourront survivre », selon lui. « Cela peut être une bonne chose si cela permet finalement de consolider un marché chaotique, mais à court terme, cela pourrait s’avérer très douloureux » a toutefois souligné ce dernier.

Dans une lettre écrite à ses employés, le patron d’Ofo, Dai Wei, a évoqué la possibilité « de se déclarer en faillite ». Début décembre, un tribunal a ordonné une « réduction des dépenses » de l’entreprise et de ses dirigeants. Dai Wei ne peut désormais plus prendre l’avion en première classe, ni descendre dans des hôtels étoilés. Ce dernier serait d’ailleurs sur la liste noire du nouveau « crédit social » mis en place par le gouvernement chinois.

Pour son expansion à l’international, la société avait levé en mars plus de 850 millions de dollars auprès d’investisseurs, dont le géant de l’e-commerce Alibaba, après 700 millions de dollars en juillet 2017. Mais Ofo a dû renoncer à plusieurs marchés étrangers.

À Paris, Ofo possédait une flotte de 2 500 vélos en libre-service, sans borne d’attache, qui aujourd’hui n’est plus active. D’ailleurs, plusieurs clients ont constaté que leur abonnement à renouvellement automatique n’avait pas été reconduit.

La branche française fait face aux impact de la politique du siège chinois de la société, qui pourrait mettre un terme à ses activités à l’international, dont les retombées économiques sont loin d’être satisfaisantes.