lundi, juin 24

Les violences faites aux femmes en Chine se multiplient lors de la Covid

De notre stagiaire Qi Gao – Cinq ans que la Chine a proclamé ses lois contre les violences domestiques, et depuis le 1er janvier 2021, un délai de réflexion pour le divorce a été officiellement ajouté à la procédure d’enregistrement du divorce. 

Mais il semble que l’application des lois peine à se mettre en place pour éviter les violences domestiques, dont dans la plupart des cas, les victimes sont les femmes. Avec le confinement de Covid, la flambée de violences domestiques a surgi plus de trois fois à la même période à Jianli, selon un rapport des associations contre les violences domestiques de la ville de Jianli en Chine.

Le 9 mars 2020 à 4h03, Li Moumou, 42 ans, a publié son dernier mot sur WeChat, réseaux sociaux plus utilisé en Chine : « j’ai toujours senti que la violence domestique est loin pour moi, mais aujourd’hui c’est un cauchemar pour moi, la peur, l’impuissance me fait suffoquer, mon esprit a été complètement brisé ! ».

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Le 12 mars, le Bureau de la sécurité publique du comté de Lingshi, dans la province du Shanxi, a indiqué que la cause de sa mort était un suicide et qu’elle avait subi des violences domestiques de la part de son mari avant sa mort.

Un autre cas récent plus terrifiant des violences domestiques en Chine, celui de la blogueuse Ram. Le 14 septembre 2020, la jeune fille tibétaine Ram (lien ci-dessus) a été jetée de l’essence par son ex-mari Tang , puis s’est enflammée devant les spectateurs lors de sa diffusion en direct sur les réseaux sociaux.

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Les cas de genre sont multipliés lors de la période de pandémie. Selon l’Association de protection des droits des femmes et des enfants sous le ciel bleu », un groupe d’intérêt public de lutte contre la violence domestique du comté de Jili, dans la province du Hubei, 175 cas de violence domestique ont fait l’objet de ses services en février 2020, soit près de deux fois plus qu’en janvier et plus de trois fois plus qu’à la même période en 2019.

Au niveau mondial, la pandémie a aggravé le degré des violences domestiques. « Les cas de violence domestique dans le monde augmentent de 20% depuis le nouveau coronavirus », selon une étude collaborative du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), « Impact de la pandémie de COVID-19 sur Planification familiale et élimination de la violence fondée sur le sexe, des mutilations génitales féminines et du mariage des enfants ».

On constate que si on a des lois contre les violences domestiques, pourquoi la situation des femmes est toujours défavorable?  En fait, depuis la mise en marche des lois contre les violences faites aux femmes le premier mars 2016, cette protection est mise également en rancart. D’un côté, en Chine, l’idée qu’« il faut laver son linge sale en famille » est ancrée dans l’esprit chinois. De l’autre, ce silence face aux violences intimes a occasionné une tolérance aux violences pénales.

En 2018, selon des données de la Fédération des femmes de Chine, une femme subit des violences domestiques toutes les 7,4 secondes en Chine, et qu’elle en subit en moyenne 35 fois avant de les signaler à la police.

D’un autre côté, une complicité des interventions judiciaires sont présentes. Les données du ministère de la Sécurité publique en 2017 ont montré que 60% des 157 000 femmes qui se sont suicidées au cours d’une année donnée étaient motivées par la violence domestique, mais à la fin de décembre 2019, les tribunaux de tout le pays avaient émis 5 749 ordonnances de protection de la sécurité personnelle, et de multiples rapports ont montré que les refuges contre la violence domestique sont utilisés dans de nombreux endroits.

De plus, le taux de délivrance d’ordonnances de protection à Shanghai au cours des quatre dernières années était inférieur à 40% lorsqu’elle a recueilli 104 documents juridiques relatifs à des ordonnances de protection téléchargés par les tribunaux de Shanghai, concernant 91 affaires.

Un tiers des demandes d’ordonnances de protection ont été rejetées, avec un taux de délivrance réussi de seulement 54% contre 60%,  le taux de délivrance moyen des tribunaux au niveau national, selon le rapport de suivi de la mise en œuvre de la loi contre la violence domestique par l’Agence des droits des femmes de Pékin pour la paix publié le 8 mars 2020 dans le Journal Nanfang Zhoumo.

L’innocence sur les violences domestiques chez certains intermédiaires institutionnels fait reculer également les victimes à chercher l’aide par la voie institutionnelle. « Ce n’est pas de l’inaction, c’est fondamentalement une question de perception, de manque de compréhension sur la violence domestique, et les reçoivent rarement une formation vraiment efficace », déclare WanFei, un policier interviewé par Nanfang Zhoumo.

Les réseaux sociaux sont devenus un canal efficace pour lutter contre les violences domestiques. Le 25 novembre dernier, Yuya, une blogueuse connue en Chine,a publié une vidéo dans laquelle elle a accusé son copain qui l’a fait subir des violences.  En même temps, elle a montré une vidéo dans laquelle elle est battue par son copain dans l’ascenseur qui se ferme à plusieurs reprises. Cette affaire est devenue le sujet le plus recherché ce jour là, ensuite prise en compte par les policiers à ChongQing qui a arrêté son copain.

Le 26 février 2020, Cao Zhen a mis en ligne sa rencontre de violence domestique et l’enregistrement concerné, qui a suscité 21 000 commentaires et 105 000 re-tweets. Après cela, « l’ensemble de l’affaire a soudainement commencé à être résolu rapidement ». Le lendemain à midi, le microblog officiel de la « Sécurité publique de Shenzhen Nanshan » a annoncé que l’auteur des violences serait placé en détention administrative pendant cinq jours et condamné à une amende de 200 yuans.

Par ailleurs, la présence des associations sociales contre les violences  comme « Ruban blanc » contribue aux efforts de tous pour mettre la fin des violences faites aux femmes par les hommes. Au cours des dix années de sa création de la ligne d’assistance téléphonique, les membres de l’équipe ont reçu plus de 6 000 appels de conseil, dont environ 15% émanent d’auteurs de violences domestiques.

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