Lü Pin, Militante féministe chinoise, a écrit un billet, publié sur le site d’Amnesty International, dans lequel, elle explique qu’en Chine, « les personnes au pouvoir et la société en général n’acceptent toujours pas que le harcèlement sexuel est un problème majeur, et refusent de reconnaître qu’il a des conséquences durables pour les femmes ».

Face au raz de marée d’accusations de harcèlement sexuel contre le magnat du cinéma Harvey Weinstein et d’autres hommes, des millions de femmes ont partagé en ligne leurs expériences.

Dix ans après la création du hashtag #MeToo par la militante afro-américaine Tarana Burke à la suite de sa rencontre avec une victime de violences sexuelles, la campagne sur les réseaux sociaux est « une victoire inattendue pour le mouvement des femmes ».

D’ailleurs en juin 2017, des affiches contre le harcèlement ont été installées dans les stations de métro de Pékin, Shanghai, Chengdu et Shenzhen, dans le cadre de campagnes financées soit par des entreprises, soit par la Fédération des femmes de toute la Chine, soutenue par le gouvernement.

Cependant depuis des années, des militants de lutte contre le harcèlement sexuel tentent d’ouvrir un dialogue général sur le sujet, « en dépit de l’hostilité et de la dérision, car le gouvernement chinois ne peut plus ignorer le problème« .

En 2016, un groupe de femmes de Guangzhou a lancé une campagne de collecte de fonds en ligne pour financer des affiches contre le harcèlement sexuel. Il aura fallut un an pour que les affiches soient approuvées, les militantes ont été informées que seules les organisations gouvernementales peuvent publier de telles affiches.

Parmi elles, Zhang Leilei (pseudonyme) a décidé de publier elle-même les affiches en ligne. En mai 2017, elle a contacté plusieurs personnes à devenir des « panneaux d’affichage humains » afin de sensibiliser l’opinion publique au harcèlement sexuel.

La campagne a été lancée et des femmes et des filles dans tout le pays ont publié des photos sur les réseaux sociaux montrant les affiches devant des monuments célèbres de leur ville. Cette initiative couronnée de succès a été brutalement arrêtée par les autorités, Zhang Leilei a subi des pressions.

Toutefois, les affiches produites par le gouvernement ou par des entreprises ont commencé à apparaître dans les métros. La campagne autorisée par le gouvernement est « une avancée significative, car la lutte contre le harcèlement sexuel a enfin sa place dans la sphère publique en Chine », note Lü Pin.

Ce premier pas en vue de mettre le harcèlement sexuel à l’ordre du jour des politiques publiques, démontre que, « même si cela peut sembler extrêmement difficile, le changement est possible ».

Naissance du « féminisme officiel »