Dans une tribune, publiée sur le site de l’ONG Amnesty International, Nicholas Bequelin, directeur pour l’Asie de l’Est, s’est demandé si « la Chine va-t-elle résoudre la crise des Rohingyas au Myanmar ? ».

Alors que l’armée du Myanmar, appelée la tatmadaw, de campagne de répression (viols, incendies, assassinats) contre les Rohingyas, « Pékin a bloqué toute tentative du Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter une résolution condamnant les attaques, tout en servant les platitudes habituelles sur le fait d’éviter toute ‘ingérence’ dans les affaires nationales de pays tiers« .

Or changement de cap, le 19 novembre 2017, lors du voyage au Bangladesh et au Myanmar, du ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi. Ce dernier « a annoncé que Pékin négociait un plan en trois étapes » afin d’apporter « une solution définitive et fondamentale » à la crise.

Aucun détail n’a été communiqué par les deux parties, mais il apparaît qu’il s’agit d’un cessez-le-feu, suivi du rapatriement des réfugiés du Bangladesh au Myanmar, puis d’une politique économique durable de l’État d’Arakan, où vivent la plupart des Rohingyas.

Le 23 novembre, le Bangladesh et le Myanmar ont annoncé un accord sur le rapatriement des réfugiés. D’ailleurs, le président Xi Jinping a rencontré à Pékin le général Min Aung Hlaing, chef des armées birmanes, pour le renforcement d’une coopération militaire. Xi Jinping a ensuite rencontré à Pékin, début décembre 2017, Aung San Suu Kyi, conseillère spéciale de l’état et porte-parole de la Présidence de la République de l’Union de Birmanie.

Amnesty International se demande « assiste-t-on à l’entrée de la Chine dans une ère nouvelle marquée par le respect des droits des victimes et l’obligation de rendre des comptes pour les atteintes aux droits humains ? »  Cependant, « son intervention a surtout pour but de protéger ses intérêts étriqués ».

La Chine a apporté son soutien au Myanmar lorsqu’il a refusé que l’ONU envoie une mission d’établissement des faits dans l’État d’Arakan afin d’enquêter sur les violations des droits humains qui y sont commises. Elle a relayé le discours des autorités du Myanmar justifiant les attaques contre les Rohingyas par la « lutte contre le terrorisme » et la préservation de la « sécurité nationale », note Nicholas Bequelin.

Pour la Chine, « les tensions entre le Bangladesh et le Myanmar menacent ses ambitions régionales ». En effet, Beijing a des intérêts géopolitiques et économiques au Myanmar, et particulièrement dans l’État d’Arakan, où elle construit un port et une zone économique spéciale dans la ville de Kyaukpyu.

Amnesty International s’est indigné car « les Rohingyas ne sont pas la préoccupation première de Pékin. La proposition de la Chine n’offre pas la garantie qu’ils pourront tous rentrer chez eux, et encore moins obtenir une reconnaissance ou la nationalité (la plupart des Rohingyas sont considérés comme « apatrides »). Une fois rentrés au Myanmar, les Rohingyas seront à la merci de la tatmadaw, l’entité même qui les a expédiés au Bangladesh ».

Si la communauté internationale ne supervise pas le retour des Rohingyas, les autorités du Myanmar auront les coudées franches. Et la Chine, qui promeut son projet d’infrastructures « One Belt, One Road » comme la solution durable à la crise dans l’État d’Arakan, pourrait remplacer les recommandations exhaustives formulées dans le rapport de la Commission Kofi Annan sur le conflit. En effet, Aung San Suu Kyi s’était engagée à mettre en œuvre ces préconisations mais que les tatmadaw juge abjectes.

Le rapport de Kofi Annan a recommandé aux autorités birmanes de procèder à « une évaluation globale » des répercussions sur les communautés locales de la construction du port et de la zone économique spéciale de Kyaukpyu, financés par la Chine, et développer des « mécanismes robustes » pour une « consultation avec les communautés locales ».

« Fait inquiétant, le plan de la Chine risque de « récompenser » les crimes dont ils ont été victimes. Les généraux du Myanmar responsables du nettoyage ethnique pourront se mettre à l’abri dans l’orbite de leur puissant voisin, sans craindre d’avoir à rendre compte de leurs acte« , s’est alarmé Amnesty International.

Nicholas Bequelin conclut sa tribune en assurant que « la Chine dispose des ressources diplomatiques, humanitaires et économiques pour apporter un réel changement dans la vie des Rohingyas. Mais ses manœuvres actuelles montrent qu’elle pourrait en faire un usage dangereux ».