Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, l’éducation et l’enseignement supérieur sont sujets à de nouvelles règles interdisant les « valeurs occidentales » et prônant le marxisme dans l’ensemble des analyses, recherches et enseignements prodigués à travers tout le pays. Face à ce tournant idéologique, les universitaires et observateurs s’inquiètent.

Nouvelles directives dans l’éducation

A l’occasion d’un colloque gouvernemental sur les nouveaux concepts de développement, à Beijing le 28 juillet, Liu Qibao, responsable de la propagande du Bureau Politique du PCC a insisté sur la mise en place de nouveaux concepts de développement idéologique en matière d’éducation.

La gouvernance de la Chine, par Xi Jinping.

La gouvernance de la Chine, par Xi Jinping.

Ce dernier fait suite aux dernières déclarations du président Xi Jinping affirmant que « le marxisme resterait la théorie directrice dans la philosophie et les sciences sociales en Chine », lors d’un symposium sur la philosophie et les sciences sociales en Chine.

Le président a d’ailleurs exhorté les universitaires à « adhérer au marxisme dans leurs études », assurant que « le marxisme est une théorie ouverte ayant évolué avec le temps, la pratique et les progrès scientifiques ».

« L’une des tâches importantes de la philosophie et des sciences sociales en Chine est de continuer à promouvoir la sinisation, la modernisation et la popularisation du marxisme et à développer un marxisme correspondant au 21ème siècle et à la Chine contemporaine » a assuré le secrétaire général du PCC, pour qui, le marxisme a un « rôle directeur » dans la société.

Il a également appelé l’ensemble des chercheurs à « intégrer la théorie socialiste à la chinoise dans leurs activités de recherche et d’enseignement ». Suivant la ligne du président Xi Jinping, Liu Qibao a souhaité intégrer une approche marxiste dans les méthodes d’apprentissage, allant de la maîtrise de la systématisation, de la dialectique, de la popularité, de la praticité et d’autres particularités et caractéristiques théoriques.

« Les nouveaux concepts doivent être un tremplin pour réaliser un nouvel essor, favoriser le développement d’une nouvelle prédominance et donner lieu à de nouveaux miracles« , précise Le Quotidien du peuple.

Liu Qibao a expliqué que « ces concepts sont conformes à la situation du pays, conformes aux exigences de notre époque. Ces concepts revêtent à la fois une grande portée politique, mondiale et une importance théorique, et pratique. Les nouveaux concepts de développement d’enracinement et de conscience pratique doivent enraciner tous les aspects de la pensée holistique du système« .

Ce derinier a également ajouté que « la majorité des théoriciens doivent promouvoir et développer avec vigueur l’esprit d’innovation. Ils doivent l’intégrer aux grands problèmes liés à la construction économique, politique, culturelle, sociétale, à la construction d’une civilisation et d’un parti écologique. Ils doivent sans cesse approfondir et augmenter les connaissances sur la construction de la société socialiste spécifique à la Chine. Enfin, ils doivent poursuivre le développement de la pensée marxiste du 21e siècle dans la pensée marxiste de la Chine actuelle« .

Tour de vis idéologique de Xi Jinping

De nombre d’analystes estiment que depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir, fin 2012, la liberté académique est en recul. Plusieurs professeurs critiques vis-à-vis des politiques engagés ont été licenciés ou emprisonnés.

xi jinping énonce les nouvelles directives dans les médias, ici au Quotidien du peuple

xi jinping énonce les nouvelles directives dans les médias, ici au Quotidien du peuple

D’ailleurs, Deng Yuwen, ex-rédacteur en chef adjoint du journal de l’Ecole centrale du PCC, a noté l’absence durant le séminaire d’universitaires libéraux, au profit d’éléments davantage « à gauche » (conservateurs), plus enclins au rejet des influences occidentales.

« Les intellectuels de droite (partisans d’une plus grande ouverture, ndlr) ont totalement perdu confiance dans le Parti au pouvoir, tandis que ceux adhérant au ‘modèle chinois’ arrivent sur le devant de la scène« , a-t-il écrit sur le réseau social Sina Weibo.

D’ailleurs en janvier 2015, le gouvernement a banni les « valeurs occidentales » de l’enseignement universitaire. « Ne laissez jamais un livre promouvant les valeurs occidentales apparaître dans vos cours« , a averti le ministre de l’Éducation, Yuan Guiren. Les livres qui critiquent le « socialisme » à la chinoise ou « insultent le leadership du Parti communiste » sont interdits de cité, précise l’agence de presse, Xinhua.

Premier professuer dans le collimateur, He Weifang, de l’université de Beijing, accusé de « discréditer la Chine » par le journal conservateur Quishi. Le professeur de droit avait émis des doutes sur « l’État de droit » à la chinoise, grand chantier de Xi Jinping. Son collègue économiste Xia Yeliang a été licencié pour avoir réclamé des réformes, en 2013.

Jean-Philippe Béja, directeur de recherche au CNRS, basé à Beijing a expliqué au Point.fr, que « la pression est de plus en plus forte sur l’université. Xi reprend l’initiative idéologique. C’est une bonne vieille recette du Parti ». « L’éducation supérieure est la 1ère ligne du champ de bataille idéologique et doit soutenir la tâche cruciale d’étudier et de promouvoir le marxisme afin de développer les valeurs socialistes », a affirmé Xinhua.