Originaire de Mandchourie, la qipao ou cheongsam, est une robe traditionnelle, devenue le symbole de l’élégance et de la féminité. Considéré comme un symbole de la culture chinoise, le qipao a su se renouveler au cours des âges, tout en conservant sa tenue d’origine.

Le terme qiren (旗人), gens des bannières, désignait pendant la dynastie Qing les Mandchous. La qipao, de qi et pao, robe longue et ample, désigne le costume porté à l’origine exclusivement par les femmes mandchoues, de rigueur à la cour.

Dans sa forme originelle il s’agissait d’un vêtement ne révélant rien des formes corporelles, convenant à toutes les silhouettes et tous les âges. La robe évolue à Shanghai au début du XXe siècle, prenant une nouvelle forme près du corps. Elle était en 1912 au début de la République de Chine le symbole de la chinoise moderne et dynamique.

Xu Dong, le fondateur de la marque de qipao Ling Xifang, a publié un livre, Chi-pao, dans lequel il explique l’esprit et l’histoire du qipao. « À mon avis, il y a une bonne façon de porter élégamment le qipao », a déclaré le créateur et auteur, au quotidien The Global Times. « Cela signifie que la conception d’un qipao doit répondre aux normes de la tradition chinoise, par exemple, certains qipao ont été transformés en robes à haute fente, qui sont trop révélatrices et vont à l’encontre de la nature essentielle du qipao« , a souligné ce dernier.

Une origine trouble

Les origines du qipao sont quelque peu controversées. La croyance commune est que la robe est basée sur les vêtements traditionnels de l’ethnie mandchoue. Cependant, des experts estiment que le qipao n’apparaît réellement qu’au début du XXème siècle, lorsque les créateurs cherchent à lancer une nouvelle tendance combinant les styles chinois et occidentaux.

Interrogé par la chaîne CCTV, Yuan Jieying, Professeur à l’Académie des Arts et du Design, de l’Université Tsinghua à Beijing, a expliqué que « son origine n’est pas seulement liée aux Mandchous de la dynastie des Qing. Il y a environ 3 000 ans, sous la dynastie des Zhou de l’Ouest, il existait déjà une robe tubulaire avec un col et des manches. C’est en quelque sorte l’ancêtre de la qipao. Elle a ensuite été influencée par la robe portée dans les tribus mongoles : une sorte de blouse étroite avec de longues manches, un col haut avec une fente et de larges épaules. Ce vêtement est devenu le modèle de la robe qipao que l’on connaît aujourd’hui« .

Dames impériales de la dynastie Qing.

En 1911, la dynastie Qing est renversée, mais leurs robes, les qipao ou « robes bannières« , sont conservées. Au début des années 1920, « la qipao devient très populaire chez les femmes Mandchoues et Han. L’influence de la mode occidentale transforme peu à peu la qipao, qui devient plus courte et voit sa ligne redéfinie, afin de mieux dessiner la silhouette« , a expliqué le professeur.

Ce dernier a mit en exergue la révolution naissante dans la société, lorsque la qipao dévoile les bras et les jambes des femmes. En effet dans le passé, il était interdit aux femmes d’exposer leurs coprs, même leur pied. Les conservateurs dénigrent cette émancipation des femmes, et certains seigneurs de  guerre déclarent même à l’époque que la qipao et les femmes dénudées sont diaboliques qui pervertissent la société.

Cela n’a cependant pas empêché les femmes d’évoluer avec la mode. Les vedettes du cinéma et les femmes issues des classes sociales les plus élevées ont contribué à asseoir la popularité de la qipao. La qipao devient une robe quotidienne pendant des décennies.

L’esprit Qipao

Pour Victoria Hamilton, journaliste interrogée par CCTV, a expliqué que « fabriquer une qipao, c’est tout un art. Pour le créateur, le processus débute dès la première rencontre avec la cliente. Il doit d’abord trouver et proposer un modèle de qipao qui s’accorde avec le style de la cliente, puis choisir le tissu et la couleur, et enfin, prendre des mensurations très précises pour pouvoir réaliser la robe ».

Elle est portée par des femmes de tous âges et pour toutes sortes d’occasions. Mais sa forme reste indemne. Robe d’une seule pièce avec un col scindé (dit « col Mao »), la qipao descendait à l’origine jusqu’aux chevilles. Par la suite, les modèles de ville ont raccourci jusqu’en dessous du mollet. À partir de la fin du XXe siècle le modèle s’arrête au-dessus du genou. Les manches, longues au départ, ont très vite fait l’objet de diverses variations : courtes, absentes, ballon, etc.

Deux robes Mandchoues, ancêtres du qipao moderne

Les modèles les plus courants offrent une large fente au niveau des cuisses, qui permet une plus grande liberté de mouvement. La robe est fermée en haut sur le devant, à l’aide de « boutons chinois », et de nos jours par une fermeture à glissière sur le côté.

Xu Dong a définit la quintessence de l’esprit qipao, selon lui, « la dignité, l’élégance et la noblesse sont les trois mots qui définissent l’esprit du qipao et expriment la beauté des dames chinoises ».

Bien que le qipao soit de plus en plus populaire, Xu Dong déplore une méconnaissance de l’histoire du qipao. « Le qipao est un type de vêtement très général qui convient à presque toutes les occasions, mais il reste encore des choix à faire« , a indiqué Xu Dong, ajoutant que « la qipao a beaucoup différents types et matériaux, tout comme vous portez différents types de vêtements quand vous faites du sport, allez au travail ou assistez à une cérémonie, vous ne pouvez pas utiliser un seul qipao pour chaque situation« .

Une autre partie de l’esprit qipao selon Xu Dong provient de « ses liens étroits avec la façon dont elle a été représenté dans le passé ». Des célébrités ont mit en avant la qipao dans leurs œuvres, ainsi Eileen Chang (1920-1995), l’une des écrivaines les plus importants de la littérature chinoise moderne, a habillé ses personnages de qipao dans de nombreux ouvrages.

L’image de Qipao a également été profondément influencée par les films, tels que « In the Mood for Love« . Durant tout le film, l’actrice Maggie Cheung porte plus de 30 qipao différents.