La dirigeante de la République de Chine, Tsai Ing-wen a annoncé le 26 novembre qu’elle abandonnait ses fonctions à la tête du parti au pouvoir, après une défaite aux élections locales.

Les Taïwanais étaient appelés aux urnes pour élire le conseil local et les maires des villes, le 26 novembre. Cette élection implique également un référendum pour abaisser l’âge de vote à 18 ans. Actuellement, seules les personnes âgées de plus de 20 ans peuvent voter. Mais de plus en plus de jeunes semblent devenir développer une conscience politique, et le taux de participation au vote de 2020 étant le plus élevé jamais enregistré.

Le PDP perd de son influence

Ce scrutin a été qualifié de test pour Tsai Ing-wen, qui souhaite démontrer «la résilience de Taïwan et se détermination à défendre la liberté et la démocratie», face à la Chine. Cependant, le Part Démocrate et Progressiste de Tsai Ing-wen, a perdu quatre des six principales villes de l’île de 23 millions d’habitants, dont la capitale Taipei.

«Les résultats des élections ne sont pas ceux que nous attendions […]. J’en endosse toute la responsabilité et je démissionne immédiatement de la présidence du Parti démocratique progressiste (PDP)», a-t-elle déclaré lors d’un point presse au soir du scrutin.

«Mais nous n’avons pas le temps de nous attrister, nous devons nous relever […] pour faire face aux défis de la situation internationale actuelle et de l’avenir», a-t-elle ajouté. Tsai Ing-wen continuera de diriger Taiwan, dont elle occupe la fonction depuis 2016.

« Le PDP connaît des retours décroissants de sa marque traditionnelle de nationalisme taïwanais », a indiqué à la BCC, Wen-ti Sung, analyste politique taïwanais à Taipei qui travaille pour l’Université nationale australienne.

Ce dernier a indiqué que 2022 a été pleine d’événements de sécurité nationale qui auraient dû être favorables au sentiment de « ralliement autour du drapeau » du PDP. « Pourtant, pratiquement tous les sondages indiquent que le DPP [ne] parvient pas à traduire le sentiment nationaliste accru en soutien électoral, contrairement à ses grandes victoires après le mouvement du tournesol de 2014 et l’élection présidentielle de 2020 après la crise de Hong Kong », a-t-il déclaré.

La Chine mise de côté pendant ce scrutin

Ce scrutin n’a pas été entaché de suspicion, car le gouvernement taïwanais a affirmé, avant le vote, que l’ingérence électorale et l’ingérence de la Chine étaient moindres qu’auparavant.

Taïwan a accusé la Chine d’efforts répétés pour influencer les électeurs – par le biais de campagnes de désinformation en ligne, de menaces militaires et même d’offres de vols bon marché aux Taïwanais vivant en Chine.

Mais le ministre des Affaires étrangères, Joseph Wu, a déclaré que l’ingérence chinoise « n’était pas aussi répandue que [lors] des élections précédentes ». Selon lui, Pékin pourrait simplement être « très occupé à régler ses propres problèmes intérieurs », faisant référence à la montée en flèche des cas de Covid en Chine.

La menace d’un conflit avec la Chine n’a pas pesé sur les préoccupations des Taiwanais, car ce sont les thématiques locales ont principalement été abordées. Il existe deux principaux partis politiques à Taïwan, ayant des approches différentes de la Chine.

Le Kuomintang (KMT) est traditionnellement considéré comme des «colombes» pro-chinoises. Ils ont plaidé pour un engagement économique avec la Chine.

Leur principal rival est le Parti démocrate progressiste (DPP) au pouvoir, dont Tsai Ing-wen a remporté les élections de 2020. Cette dernière a adopté une position ferme envers la Chine, affirmant que Pékin devait montrer du respect à Taïwan et que Taipei ne céderait pas à la pression.

Or le Kuomintang est plus favorable à un rapprochement avec la Chine, et a promit de «travailler dur pour maintenir la paix dans la région» et de se préparer à remporter la prochaine présidentielle, en 2024.

«Les relations avec la Chine n’étaient pas vraiment à l’ordre du jour des élections cette année, mais elles le seront en 2024», a estimé Sung Wen-ti, un enseignant de l’Australian National University, spécialiste de Taïwan, interrogé par l’AFP.