Quatre ans après sa dernière mission habitée, la Chine s’apprête à envoyer un premier équipage de trois astronautes vers sa station spatiale en construction.

Dans un contexte de tension avec l’Occident, la réussite de la mission spatiale est une question de prestige pour la Chine, qui s’apprête à célébrer le 1er juillet le centenaire du Parti communiste chinois (PCC).

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Laboratoire Tiangong-2

Selon les dernières prévisions, le vaisseau Shenzhou-12, va être propulsé le 17 juin par une fusée Longue-Marche 2F, et devrait décoller de la base de Jiuquan, dans le désert de Gobi (nord-ouest).

Son objectif est de s’arrimer à Tianhe (« Harmonie céleste« ), l’unique module de la station spatiale chinoise. Centre de contrôle et lieu de vie des astronautes, cette station spatiale chinoise a été placée fin avril en orbite terrestre basse (à 350-390 km d’altitude).

Les trois astronautes resteront dans l’espace durant trois mois, une période record pour la Chine. Sa précédente mission habitée fin 2016, Shenzhou-11, n’avait duré que 33 jours.

« Le but des astronautes sera de faire en sorte que leur nouvelle maison dans l’espace soit équipée et prête à l’emploi », a indiqué Jonathan McDowell, astronome au Centre Harvard-Smithsonian pour l’astrophysique, aux Etats-Unis.

Au cours de ces trois mois de missions, les astronautes devront assurer la maintenance, l’installation de matériel, les sorties dans l’espace, la préparation des missions de construction à venir et des séjours des futurs équipages.

« Bref, beaucoup de tâches minutieuses et complexes », a souligné Chen Lan, analyste du site GoTaikonauts.com. Pour lui, Shenzhou-12 présente « de nombreux défis » pour un équipage qui « va devoir se familiariser très vite avec des équipements » nouveaux.

« C’est une nouvelle station, le risque est donc qu’un système majeur tombe en panne. Mais je pense que tout se passera bien », estime Jonathan McDowell.

Nommée en anglais CSS (Chinese Space Station) et en chinois Tiangong (« Palais céleste« ), la station spatiale chinoise, une fois terminée, sera semblable en taille à l’ex-station soviétique Mir (1986-2001). Sa durée de vie sera d’au moins 10 ans.

La mission Shenzhou-12 est le troisième lancement sur les 11 qui seront nécessaires à la construction de la station entre 2021 et 2022. Quatre missions habitées sont prévues au total. Tianhe est déjà en place, les deux modules restants devraient être envoyés dans l’espace l’an prochain.

Ces deux derniers seront des laboratoires qui permettront de mener des expériences en biotechnologie, médecine, astronomie ou technologies spatiales. Wang Yaping, deuxième chinoise a être allée dans l’espace, avait été un temps pressentie pour faire partie de Shenzhou-12. Mais, ce seront trois hommes qui composeront finalement l’équipage.

«Des femmes participeront toutefois aux missions suivantes», a indiqué Yang Liwei, premier Chinois dans l’espace en 2003 et désormais haut responsable du programme spatial habité.

Tianwen-1 sur Mars

Des astronautes non chinois, notamment européens, pourraient un jour séjourner dans la station spatiale chinoise, mais la probabilité d’y voir un Américain est faible car une loi américaine interdit à la Nasa tout lien avec la Chine.

« Ceux qui avaient planifié l’ISS (sous commandement des Etats-Unis) et la CSS (sous commandement de la Chine) n’avaient pas planifié cette rivalité sino-américaine, qui est presque devenue une réalité aujourd’hui », a indiqué Chen Lan, analyste du site GoTaikonauts.com.

Pour ce dernier, «ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Une concurrence équitable et saine bénéficiera aux deux pays et à l’humanité». La Chine investit depuis plusieurs décennies des milliards d’euros pour rattraper les autres puissances spatiales.

Ainsi, la Chine est devenue en mai le deuxième pays au monde, après les Etats-Unis, à faire évoluer sur Mars un petit robot — baptisé « Zhurong ». Cette astromobile a déjà envoyé plusieurs clichés de la planète rouge, dont un étonnant « selfie ».

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Au-delà de cette mission, la Chine a posé début 2019 un engin sur la face cachée de la Lune, une première mondiale. Et l’an dernier, la Chine avait rapporté des échantillons lunaires et finalisé Beidou, son système de navigation par satellite (concurrent du GPS américain).