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ECONOMIE,MONDE

BAII : le charme de la Chine

La France, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse et le Luxembourg ont emboîté le pas au Royaume-Uni (premier pays du G7) et à l’Australie, en rejoignant la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB).

Cette institution a été créée en octobre 2014 par et à Pékin, pour promouvoir l’investissement dans les transports, l’énergie, les télécommunications et d’autres infrastructures dans les pays en développement d’Asie.

L’initiative n’a pas été du gout de Washington, qui a vu son hégémonie sur les institutions internationales se réduire comme peau de chagrin en Asie et désormais en Europe. En effet, désormais devancé par Pékin, l’Empire du milieu continue sa lancée pour concurrencer la Banque Mondiale et la Banque Asiatique de Développement.

La volonté de ces pays européens d’intégrer la BAII et de vouloir ainsi tirer profits de leurs engagements avec la Chine, est un atout majeur pour les chinois. D’autant qu’en dépit d’un ralentissement économique – toutefois anticipé par Xi Jinping – la Chine offre d’importantes possibilités pour les entreprises européennes grâce au développement des services, de la consommation intérieure et de la protection de l’environnement.

UE China5 européens de plus à la BAII

Dans des communiqués de presse séparés, les ministères des Finances français, italien et allemand ont annoncé, le 17 mars 2015, « leur intention de devenir des membres fondateurs potentiels de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB). »

« Nous sommes en train de voir les modalités précises en interne en France, et puis nous aurons l’occasion d’en discuter avec d’autres pays européens« , a expliqué le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, à l’agence de presse Reuters. Ce dernier a d’ailleurs assuré que « cela fait pas mal de temps que nous travaillons sur cette perspective. »

Une perspective positive pour le président du Parlement européen, Martin Schulz. Ce dernier s’est réjoui de l’intention de ces quatre pays européens de rejoindre la BAII, estimant tout de même que la banque devra se conformer aux normes internationales de bonne gouvernance.

Au cours d’un point presse, le président a indiqué que « c’est une bonne chose et, si d’autres États membres en font autant, ce sera encore mieux. Il y a un élément en plus. De nouvelles organisations de ce type doivent se conformer aux meilleures pratiques internationales. Cela est très important. »

Du côté suisse, le Conseil fédéral a déclaré pour sa part vouloir contribuer « à promouvoir la coopération politique et économique avec la Chine, et avec l’Asie en général ». Raison pour laquelle, « la Suisse considère qu’elle peut jouer un rôle important pour assurer que la nouvelle banque respectera les standards internationaux dans ses activités opérationnelles et dans la coopération au développement ». Le pays souhaite « à cet effet, mettre à profit sa longue expérience et la crédibilité dont elle jouit auprès des banques multilatérales de développement ».

Le Luxembourg a également déposé sa candidature pour devenir membre fondateur, ainsi le pays cherche à multiplier les échanges commerciaux. « Étant donné la volonté du Grand-Duché de servir de hub européen pour la région asiatique, il nous est apparu tout à fait logique de participer à ce projet« , a indiqué le porte-parole du ministère, au quotidien luxembourgeois Wort.

Ne pas rater le coche

Pour Aidan Yao, économiste chargé de l’Asie émergente chez Axa IM, basé à Hong Kong, « si la Chine devient un acteur de plus en plus influent sur les marchés émergents, la Grande-Bretagne et la France ne peuvent pas laisser passer le train », a-t-il expliqué au quotidien Le Figaro.

D’autant plus que Pékin « dispose de 4000 milliards de réserves, essentiellement en bons du Trésor américains qui rapportent peu. En investissant dans les pays émergents, elle peut employer ses surcapacités industrielles ». Son intention est alors d’obtenir un meilleur rendement qu’avec ses bons du Trésor. Et inversement pour la France ou la Grande-Bretagne, car « investir dans les pays émergents rapporte plus », a assuré Aidan Yao.

En rejoignant la BAII dès son démarrage, les pays européens veulent s’attirer les bonnes grâces de Pékin qui est en train d’ouvrir et de développer son marché financier aux pays étrangers. D’ailleurs, depuis la création de cette nouvelle institution financière internationale, les représentants de 21 pays ont signé l’accord de fondation.

Parmi lesquels l’Inde, Singapour, le Viêt Nam, les Philippines, la Mongolie, le Bangladesh, le Brunei, le Cambodge, le Kazakhstan, le Koweït, le Laos, la Malaisie, la Birmanie, le Népal, Oman, le Pakistan, le Qatar, le Sri Lanka, la Thaïlande et l’Ouzbékistan.

Mais, face à l’inquiétude de ses voisins asiatiques, Pékin a estimé que la présence de pays européens, également membres du G7, parmi l’actionnariat et le conseil d’administration rassurera les pays emprunteurs. Cependant parmi les inquiets, Washington se situe en tête.

Revers diplomatiques pour les États-Unis

Selon le quotidien britannique, The Guardian, les responsables américains seraient « en colère et inquiets » des conséquences de l’initiative britannique d’intégrer la BAII. De son côté, Le Quotidien du peuple a critiqué l’éditorial du New York Times, qui « représente un parfait exemple de la mentalité amère des États-Unis ».

Dans un article, intitulé « Les alliés des États-Unis appâtés par la banque chinoise » (article original plus bas), l’éditorialiste a expliqué que « les plus grandes économies d’Europe, fondatrices avec les États-Unis de l’ordre économique mondial d’après-guerre, ne peuvent pas résister à la nouvelle ruée vers l’or ».

Une remarque dénoncée par le quotidien chinois, qui a mit « le sarcasme voulu de côté, il est juste de conclure que c’est le potentiel des bénéfices que peuvent rapporter les investissements dans des projets d’infrastructures en Asie qui a motivé ces alliés des États-Unis à embarquer sur le navire de la BAII ».

Pour Pékin, le choix des pays européens est « un vote de confiance pour la Chine », et il s’agit d’un embarras de la part des États-Unis, qui ont vu « non pas un mais plusieurs de ses alliés fait fi de ses avertissements et ont adhéré à la BAII ».

Mais pour le quotidien suisse Le Temps, « c’est une solide raclée pour les États-Unis » qui ont tenté d’isoler Pékin. Ainsi « Washington s’est tiré une balle dans le pied« , d’autant que depuis des années, le Congrès américain refuse à la Chine une augmentation de ses quotes-parts de vote au sein de la Banque Mondiale et du FMI, même Pékin a augmenté sa contribution financière dans ces institutions. Raison pour laquelle, la Chine a décidé de créer avec ses partenaires asiatique, une Banque de développement, un fonds financiers (avec les BRICS) et la BAII.

Pour le NYT, l’inquiétude des autorités américaines vient du fait de voir Pékin établir un nouvel ordre économique mondial, sans eux mais surtout sans leur domination. Un nouvel ordre économique se met donc en place, avec l’aval des institutions européennes et internationale, particulièrement le FMI.

En effet, la directrice générale du fonds, Christine Lagarde, a salué à Pékin lundi 23 mars, la création de la BAII, assurant qu’elle serait « ravi » de coopérer avec cette nouvelle banque de développement. Un avis partagé par Sri Mulyani Indrawati, directrice générale de la BM, qui a indiqué le jour même à Pékin, que « toute nouvelle initiative qui permettrait de mobiliser des financements pour combler ce déficit d’infrastructures est certainement tout à fait bienvenu ».

Désormais, Washington devra s’accommoder de la Banque Asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII) où trouver les moyens de la concurrencer. Le bras de fer qui s’est installé entre Washington et Pékin sur le plan financier (notamment avec la volonté de Pékin d’internationaliser le yuan) ne fait que commencer. D’autant plus que l’hégémonie américaine est de plus en plus contestée, en raison du bouleversement de l’ordre mondial, qui se concentre désormais sur les pays émergents et particulièrement la Chine et l’Inde.

Alex Wang et Céline Tabou

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