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Beijing+20 : des engagements pris mais une réalité différente

Beijing a été le théâtre de l’une des plus grandes Conférence mondiale sur les femmes, en 1995. A cette occasion, 17.000 participantes et 30.000 activistes ont établi 12 actions à mener jusqu’en 2015 pour « l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, partout dans le monde ».  

Logo Beijing +20

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Cette 4ème conférence internationale a posé les jalon de la lutte pour les femmes, à travers une Déclaration commune et un Programme d’action détaillé (télécharger ici). Ces deux documents constituent un « programme ambitieux en faveur de l’autonomisation des femmes ».

Représentant « le cadre de politique mondiale et le plan d’action le plus complet », ces documents sont « une source courante d’orientation et d’inspiration pour instaurer l’égalité des sexes et les droits humains des femmes et des filles, partout dans le monde », déclarait le Dr Phumzile Mlambo-Ngcuka, secrétaire générale adjointe et directrice exécutive d’ONU Femmes.

2005, Beijing se penche sur la situation

Le 24 août 2005, les autorités chinoises publient le premier Livre blanc sur la question, intitulé « L’égalité des sexes et le développement des femmes en Chine » (en intégralité). L’ouvrage met en avant les progrès réalisé par le pays depuis 1995, donnant ainsi des données pour l’année 2014 sur la situation des femmes.

Ainsi, entre 1998 et 2003, « les fédérations des femmes aux divers échelons ont accordé concrètement des prêts à petite somme pour aider 2,5 millions de femmes à trouver l’emploi ». Malgré les mesures engagées, le taux d’emploi des femmes reste peu élevé.

Dans les régions urbaines, elles sont 42,27 millions à travailler à la fin de 2004, soit 38,1% du total des travailleurs urbains du pays.  Seuls 337 millions de femmes sont actives, soit 44,8% de la population nationale active.

Fin 2004, les femmes cadres ont représenté 16,9% dans les districts et 12,6%, dans les préfectures. Le pays totalise 368 maires, commissaires et préfets féminins. 12,956 millions de femmes sont membres du PCC, en 2004, soit 18,6% du total des membres du parti.

Suite à la publication de ce livre blanc, Li Yinhe, considérée comme la première femme sociologue en matière sexuelle de Chine, a expliqué que « bien que l’égalité sexuelle ait beaucoup progressé en Chine, pour paraphraser une parole célèbre de Sun Yatsen, l’égalité n’a pas encore été réalisée et les femmes doivent poursuivre leurs efforts ».

Cette dernière a expliqué que « l’égalité sexuelle a réalisé de grands progrès en Chine et que le statut de la femme s’est fortement amélioré. Néanmoins il existe des ombres au tableau ».

Parmi lesquels, l’insuffisance de la participation politique des femmes, l’absence de droit des filles dans les cas de succession, la double charge de travail au travail et dans le ménage, l’inégalité dans la rémunération et l’emploi, la préférence pour les enfants mâles, le complexe d’infériorité des femmes, et « sur le plan des mentalités et des usages sociaux, la Chine reste une société dominée par les hommes ».

En 2013, plus de femmes cadres

Selon un rapport du cabinet d’expertise comptable international, Grant Thornton, paru en mars 2013, les femmes occupent 81% des postes de directeur des ressources humaines du pays, 61% sont responsables de services financiers et 21% des postes d’administrateurs du conseil d’administration.

Enfin, 1/4 des directeurs généraux sont des femmes, soit une hausse énorme par rapport au 9% de 2012, selon l’étude. Globalement, 24% des postes de direction sont occupés par la gent féminine, contre 21% en 2012 et 20% en 2011, selon l’enquête.

L’enquête, menée auprès de 200 entreprises en Chine, monte que 75% d’entre elles se sont dites favorables à l’instauration de quotas, afin d’installer des femmes dans les conseils d’administration des grandes sociétés. Ces dernières se disent aptes à prendre des mesures visant à améliorer les ratios entre les sexes.

« Actuellement, les femmes n’ont toujours pas une égalité des chances par rapport aux hommes dans divers secteurs. Les entreprises doivent pousser systématiquement le développement de la carrière des femmes plutôt que de vouloir simplement imposer un quota », a expliqué Xu Hua, directeur général de Grant Thornton China, à l’agence de presse Xinhua.

La même année, la firme de recrutement et de ressources humaines, Career International Consulting, a publié une étude mettant en avant qu’en dépit d’une plus grande représentation des femmes dans les postes de direction, elles sont toujours sous payés.

Pour An Ran, directeur de recherche au Career International Consulting, « les femmes sont plus déçues que les hommes en termes de perspectives d’emploi et de croissance des revenus, mais elles adoptent généralement une approche plus proactive lorsqu’il s’agit du développement professionnel ».

Près de 45% des femmes sur les 1.700 salariés interrogés en février 2013, indiquent être à la recherche de nouvelles opportunités, et 22,8% ont tout simplement choisi de travailler plus dur pour aller de l’avant.

2015, un nouveau livre blanc

Un nouveau livre blanc a été publié, le 22 septembre 2015, intitulé « L’égalité des genres et le développement des femmes en Chine » par le Bureau d’Information du Conseil des affaires d’État de Chine.

L'égalité des sexes et le développement des femmes en ChineA l’occasion d’une conférence de presse,  Song Xiuyan, vice-directrice du Comité de travail pour les femmes et les enfants du Conseil des affaires d’État, vice-présidente et 1ère secrétaire de la Fédération nationale des femmes, et Jiao Yang, vice-présidente et secrétaire de la Fédération nationale des femmes, ont expliqué que « l’égalité des genres est devenue une base stratégique nationale en Chine voilà 20 ans et elle a marqué la 4e Conférence mondiale sur les femmes de l’ONU en 1995 à Beijing ».

Publié cette année, dans le cadre du 20ème anniversaire de la 4ème Conférence mondiale sur les femmes de l’ONU organisée à Beijing, ce livre blanc fait état de la situation des femmes et des mesures mises en place par le gouvernement pour leur développement. Les chinoises représentent un cinquième de la population féminine totale mondiale.

Au cours de ces 20 dernières années, « le mécanisme national de la Chine visant à promouvoir le statut des femmes a été amélioré de manière constante afin qu’il puisse jouer un rôle plus important », a indiqué le livre blanc. Le système juridique s’est doté de lois et règlements pour protéger les droits et les intérêts des femmes.

Selon le livre, la sécurité publique a ainsi lutté contre les crimes violents commis contre les femmes. En 2013, 25.852 affaires de viol et 4.537 affaires d’enlèvement et de trafic de femmes, ont été traité.

Prenant appui sur un vaste réseau d’organisations, telles que les associations de juges et de procureurs féminins et d’avocates, les chinoises peuvent faire appel à ces organisations pour faire valoir leurs droits. En 2014, la Chine a créé 3.737 institutions d’aide juridique, ayant fourni une aide à 352.000 femmes. Par rapport à l’année 2000, le nombre de ce type d’institutions a augmenté de 97,7%.

La réalité est différente pour les ONG

Pour Amnesty International, la présidence de la réunion sur l’autonomisation des femmes aux Nations Unies, du 27 septembre par la Chine, s’apparente à de « l’hypocrisie ». Car « les autorités chinoises maintiennent actuellement en détention au moins 11 militantes en faveur des droits des femmes et persécute des dizaines d’autres », note le communiqué de l’ONG.

Le communiqué indique que le président Xi Jinping « utilise la scène internationale pour proclamer l’importance des droits fondamentaux des femmes alors que ces deux dernières années, les autorités chinoises ont mis un terme aux activités de trois organisations non gouvernementales défendant les droits des femmes ».

La réunion sur l’autonomisation des femmes entre dans le cadre de « Beijing +20 », qui marquent les 20 ans de la Conférence mondiale sur les femmes de 1995.  Pour Amnesty International, la Chine a réalisé des « progrès considérables (…) en matière de réduction de la pauvreté et d’accès à l’éducation pour les femmes et les filles », mais « les actes d’intimidation, les manœuvres de harcèlement et les incarcérations dont sont victimes des militantes en faveur des droits humains » remettent en question ces avancées.

En mars, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des Droits de l’Homme a demandé aux autorités chinoises de libérer 5 défenseurs des droits des femmes arrêtées quelques jours avant la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars.

Les cinq militantes des Droits des femmes arrêtées : http://freethefive.tumblr.com/

Les cinq militantes des Droits des femmes arrêtées : http://freethefive.tumblr.com/

Les 6 et 7 mars 2015, neuf défenseurs des droits des femmes et pour l’égalité des genres, ont été arrêtés, parmi lesquels Li Tingting (« Li Maizi« ), manager du programme LGBT au centre Yirenping de Beijing, Wu Rongrong, fondatrice et directrice exécutive du centre pour femmes Weizhiming d’Hangzhou, Zheng Churan(« Datu« ), membre du centre Yirenping à Guangzhou, Wei Tingting, directrice de l’organisation Ji’ande pour les droits des personnes LBGT à Beijing, et Wang Man, coordinatrice du Global Call to Action Against Poverty (GCAP) basée à Beijing.

Li Tinting, âgée d’une vingtaine d’année, connue sous le pseudo Li Maizi, a été arrêtée à son domicile à Beijing. Réputée en Chine pour ses actions coup-de-poing, menées avec un petit groupe de militantes, ces dernières ont déjà occupé des toilettes publiques pour hommes en réclamant davantage de toilettes pour les femmes.

Elles se sont également rasé la tête, pour dénoncer les inégalités dans l’admission à l’université. Ensuite, elles ont également porté des robes de mariées tachées de rouge, pour alerter des violences conjugales croissantes dans le pays. Zheng Churan, a aussi été arrêtée à Canton, dans le sud du pays, où elle prévoyait, avec Li Maizi, de mener des actions parallèles, à Beijing et à Canton, contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun.

Ces dernières sont en détention dans la capitale, sans chef d’accusation retenu contre elles, d’après la Fédération internationale des Ligues des Droits de l’Homme. Karim Lahidiji, président de la FIDH, a indiqué que « les cinq défenseurs des droits des femmes doivent être libérées immédiatement, à défaut, les chefs d’accusations retenus contre elles doivent être officiellement prononcés ». D’ailleurs, « en cas d’accusation, celles-ci devront bénéficier de conditions de détention décentes et pouvoir accéder, sans entraves, à leurs avocats ».

Gerald Staberock, secrétaire général de l’Organisation mondiale contre la torture, a indiqué qu’un « nombre élevé d’agression à l’encontre des défenseurs des droits des femmes à été enregistré par l’Observatoire en amont de la journée internationale des droits des femmes. Les pratiques discriminatoires contre les défenseurs des droits des femmes ne sauraient être tolérées ».

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