Les applications chinoises SHEIN, SHAREit ou Likee sont téléchargées par des millions de personnes dans le monde et cherchent des alternatives pour éviter un destin tragique à la TikTok.

SHEIN (prêt-à-porter), SHAREit (envoi de fichiers) et Likee (vidéos) sont des applications chinoises téléchargées par des millions de personnes dans le monde, qui tentent aujourd’hui de nouvelles stratégies pour éviter d’être interdite comme la plateforme de vidéo, TikTok.

L’application chinoise de vidéos divertissantes est la cible du président américain Donald Trump, qui lui reproche d’espionner pour le compte de la Chine.

De façon générale, les applications chinoises doivent s’adapter à des gouvernements étrangers de plus en plus suspicieux envers les technologies venues de Chine, parfois perçues comme des outils d’espionnage du gouvernement chinois.

Pour contourner cette difficulté, certaines applications cachent leur provenance de Chine, notamment dans les pays occidentaux où les débats sur la cybersécurité sont nombreux et orientés contre la Chine pour certains. D’autres applications chinoises se tournent vers des marchés en développement plus accueillants.

Parmi ces applications chinoises, il y a la plateforme de vente de vêtements féminins SHEIN, chouchoute d’influenceuses et de célébrités, dont les chanteuses américaine Katy Perry et britannique Rita Ora, qui augmente la notoriété de la marque.

Cette stratégie fonctionne, car SHEIN est désormais dans le top 5 des téléchargements d’applications gratuites de commerce sur l’AppStore en France, aux Etats-Unis et en Australie, selon le cabinet américain Sensor Tower.

« La plupart de leurs utilisateurs dans le monde ne savent pas qu’une entreprise chinoise » est derrière cette plateforme, a indiqué Philip Wiggenraad, spécialiste de la vente au détail basé à Hong Kong.

SHEIN indiquait en février être présent dans le monde entier et avoir réalisé en 2019 pour 20 milliards de yuans (2,5 milliards d’euros) de chiffre d’affaires.

Même l’application de vidéos TikTok, écornée par les accusations de Donald Trump, a accumulé 800 millions de téléchargements en 2020, selon Sensor Tower. Un résultat réalisé en dépit de son interdiction en Inde et au Pakistan.

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logo SHAREit

ByteDance, maison-mère de TikTok, tente actuellement de maintenir les activités de l’application aux Etats-Unis. L’administration Trump menace de l’interdire si elle ne passe pas sous le contrôle d’un groupe américain d’ici le 12 novembre.

Outre SHEIN, l’application de partage de fichiers SHAREit, bloquée en Inde, s’oriente rapidement vers de nouveaux marchés. Elle compte désormais 20 millions d’utilisateurs actifs en Afrique du Sud et vise l’Indonésie, 4e pays le plus peuplé du monde.

D’autres installent leur siège ou stockent leurs données en dehors de Chine pour éviter les suspicions de collusion avec le gouvernement chinois. « Nous avons des serveurs dans différents endroits de la planète, dont les Etats-Unis, Singapour et l’Inde », a expliqué à l’Agence France Presse un porte-parole de Bigo, l’entreprise créatrice de l’application de vidéos Likee.

« Mais nous n’avons aucun serveur en Chine continentale ou à Hong Kong », a précisé ce dernier. La maison mère de Likee a son siège social à Singapour, elle est la troisième application chinoise la plus téléchargée dans le monde entre janvier et mi-septembre, selon Sensor Tower.

Mais sur le long terme, les concepteurs d’applications chinoises devront faire face à des défis plus imposants afin de rassurer gouvernements et consommateurs étrangers en matière de confidentialité et de cybersécurité.

D’autant plus qu’une loi chinoise oblige en théorie les entreprises du pays à fournir les données personnelles de leurs utilisateurs dans certains cas. De ce fait, la principale difficulté pour ces applications est ne pas être perçues comme des « mandataires » du gouvernement chinois, a souligné Alex Capri, chercheur pour la Fondation Hinrich, organisme indépendant qui suit les évolutions du commerce mondial.

« Il sera de plus en plus difficile pour les entreprises chinoises d’être compétitives en dehors de l’environnement numérique techno-autoritaire » de la Chine, a précisé ce dernier à l’AFP. Mais malgré les tensions avec Washington et New Delhi, la Chine n’a aucune intention de « mettre de côté ses ambitions technologiques », a assuré Ho Woei Chen, économiste chez United Overseas Bank.

Selon elle, un rejet des technologies venues de Chine par les Occidentaux a un effet inverse sur les entreprises chinoises qui font tout pour « s’améliorer et renforcer leurs capacités ».