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Deux mondes différent avec des objectifs divergents.

Hasard du calendrier, les États-Unis et la Chine élisent leur gouvernement cette semaine. Le 7 novembre, Barack Obama a été réélu à la tête de la 1ère puissance économique mondiale et la Chine, décide ce 8 novembre la mise en place de Xi Jinping, à la tête de l’Empire du milieu.

Rivales et alliées, ces deux puissances devront rapidement apaiser les tensions, en raison de leur interdépendance économique et financière. De plus, la crise économique et financière internationale pèse sur les deux économies, dont la première, les États-Unis, déprime et la seconde, la Chine, doit maintenir une croissance à 7% pour éviter toute révolte sociale.

USA et Chine : des défis majeurs

« Le meilleur est à venir », a affirmé le président réélu Barack Obama, dans son discours de victoire, qui a également évoqué les principaux objectifs législatifs de son 2nd mandat : la réforme du code des impôts, la lutte contre le réchauffement climatique et la réforme des lois sur l’immigration.

Autre défi majeur pour le président américain, le « mur budgétaire« , qui l’opposera aux républicains du Congrès. Sans accord d’ici au 31 décembre, des coupes budgétaires et des hausses d’impôt totalisant 600 milliards de dollars vont entrer automatiquement en vigueur. Ce qui pourrait réduire le déficit public, mais devrait remettre en cause la reprise de l’économie américaine, ont expliqué certains économistes.

Face à ces difficultés, Barack Obama a affirmé que « nous pouvons affronter l’avenir parce que nous ne sommes pas aussi divisés que nos querelles politiques le laissent imaginer. (…) Nous sommes et nous serons toujours les États-Unis d’Amérique ». De son côté, le président Hu Jintao a mit en avant, dans son discours d’ouverture du 18ème congrès du Parti Communiste Chinois, un nouveau modèle de développement économique centré sur le soutien à la consommation intérieure.

Ainsi que la mise en place d’un système monétaire amélioré avec de nouvelles mesures sur les taux d’intérêt et le taux de change du yuan, afin qu’« ils soient davantage fondés sur les marchés » et promouvoir la convertibilité du yuan.  Cette mise au point des objectifs économiques intervient au moment ou la croissance chinoise ralentit depuis près de deux ans et devrait s’afficher à 7,7% sur l’ensemble de cette année, son plus bas niveau depuis 1999.

Parmi les sujets de tensions auxquels devront faire face le nouveau gouvernement : la corruption endémique qui ravage la société chinoise, devenue depuis une dizaine d’année le cheval de bataille de Hu Jitao.

Au moment du changement de gouvernance, cette corruption pourrait provoquer « l’effondrement du parti et de l’État » et s’avérer « fatale », a prévenu le président sortant. « La corruption peut provoquer l’effondrement du Parti et de l’État » et « si nous échouons à traiter cette question correctement, elle pourra s’avérer fatale », a lancé Hu Jintao.

D’après Fabienne Clérot, spécialiste de la Chine à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques),  Xi Jinping, possible prédécesseur de Hu Jintao, « va appliquer la ligne du parti ». « Il y aura un changement d’image. Mais ce sera un changement dans la continuité », a-t-elle indiqué.

Le duel des puissances

Deux systèmes, deux modèles et deux puissances différentes mais surtout deux pays incontournables sur la scène internationale. Les États-Unis et la Chine concentrent à eux deux près du quart de la population mondiale et près du tiers du PIB mondial.

Contraint de s’entendre, les rivalités économiques et militaires devraient s’apaiser au profit d’une diplomatie « douce » (concept de soft power). En effet, les deux parties sont interdépendantes économiquement.

L’Empire du milieu possède 10% de la dette américaine, et plus de 1.160 milliards de dollars (plus de 1.009 milliards d’euros) de bons du Trésor américain, l’obligeant à investir  tous les mois plus de 50 milliards de dollars (43,5 milliards d’euros) à l’étranger, en particulier aux États-Unis. La Chine est devenue, le pays qui prête le plus aux Américains. De fait, le maintient de l’économie américaine est primordial pour éviter un effet de contagion en Chine.

Cette dépendance est également politique, la présence de l’un est marquée par l’omniprésence de l’autre dans toutes les décisions politiques, internes et internationales. Ainsi, au cours de la campagne présidentielle américaine, la Chine est restée le bouc émissaire de tous les maux dont souffre l’Amérique, notamment sur les plans économiques et sociales.

En réponse aux nombreuses critiques formulées à son encontre, Beijing a  demandé aux « responsables politiques américains, quel que soit leur parti », qu’ils considèrent « le développement de la Chine de façon objective et rationnelle et agir davantage en faveur d’une confiance réciproque sino-américaine ».

Consciente de sa place sur la scène internationale, la Chine n’hésite plus à réagir, face aux propos tenus par les responsables politiques, à travers « un engagement accru et justifié par sa puissance » et « à l’occasion une ingérence de plus en plus marquée« , a expliqué Barthélémy Courmont, rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Ces deux élections ne modifieront pas la politique interne et externe des deux pays, qui malgré une interdépendances croissante, deux visions politique et idéologique s’opposent.

Deux modèles, deux visions

D’un côté, une République populaire de Chine prônant un socialisme à la chinoise, centré au cours des dix prochaines années sur la consommation intérieur et plusieurs défis tels que la démographie et la corruption. De l’autre, les États unis d’Amérique, un pays au bord du gouffre financier mais disposant d’assez de liquidité pour pouvoir continuer à lancer des plans de redressement dans tout le pays. La « troisième guerre mondiale », citée par certains observateurs occidentaux, ne devrait pas s’entamer.

Car les États-Unis traversent un moment de déprime économique, faisant du pays une superpuissance inégalée, et la Chine est dopée par un miracle économique sans équivalent dans l’histoire par son ampleur et sa rapidité, mais le pays s’est fixé comme but de retrouver son statut de puissance régionale incontestée.

Les deux pays ont à cœur d’apaiser leurs relations, notamment en matière d’économie et de monnaie mais aussi dans le secteur aéronautique, et concernant les frictions militaires vis-à-vis de Taïwan et de la Corée du nord. « Dans une nouvelle époque historique, je souhaite que nos relations bilatérales fondées sur une coopération constructive franchissent un nouveau stade », a déclaré le président Hu Jintao à l’annonce de la réélection de Barack Obama.

Le président chinois a d’ailleurs rappelé les quatre années du premier mandat du président Obama, ajoutant que « grâce aux efforts communs des deux parties, les relations Chine-USA ont enregistré des progrès positifs ». Cette déclaration positive a du rassurer Barack Obama qui doit désormais composer avec un allié plus présent tant sur le continent américain, africain,  qu’européen.