La crise immobilière en Chine empêche actuellement certains promoteurs d’achever les travaux. Dans un tel texte contexte, de nombreux acheteurs ont décidé de cesser de payer les remboursements de leurs prêts pour faire pression sur eux dans plusieurs villes de Chine.

Depuis la libéralisation du marché immobilier en 1998, la Chine a connu un boom du secteur. Cette expansion a été entretenue par les normes sociales, car l’acquisition d’un bien était souvent un prérequis au mariage. Les banques ont alors financé cette frénésie avec des prêts aux promoteurs et aux acheteurs.

Les promoteurs se sont alors développés et ont prospéré grâce à ces prêts bancaires. Les crédits immobiliers représentent près de 20% des prêts en cours dans le système bancaire chinois, selon un rapport de la banque ANZ. Mais leur endettement a tellement augmenté que les autorités ont décidé à partir de 2020 de stopper ce cercle vicieux.

L’essor des promoteurs s’est accompagné d’une hausse impressionnante des prix des logements. Cette situation inquiète depuis de nombreuses années le gouvernement car de nombreux chinois n’ont plus les moyens d’accéder à la propriété. L’endettement massif des promoteurs, qui pose un risque pour l’économie et pour le système financier en Chine, est également une préoccupation majeure.

De plus, pour réduire l’endettement du secteur, Pékin a ainsi durci en 2021 les conditions d’accès au crédit pour les promoteurs, ce qui a tari les sources de financement des groupes déjà endettés. Une vague de défauts de paiement a suivi, notamment celui d’Evergrande, l’ex-numéro un chinois de l’immobilier, étranglé par une dette abyssale de quelque 300 milliards de dollars.

De fait, la réglementation des prêts bancaires a réduit les possibilités de financement pour les géants de l’immobilier comme l’ex-numéro un Evergrande, qui s’efforce depuis plusieurs mois de rembourser des dettes colossales.

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Les boycotts de mensualités par les acheteurs et la pression du gouvernement – désireux de stabilité sociale – pèsent sur les promoteurs qui doivent livrer au plus vite les appartements.

A Wuhan, plusieurs futurs propriétaires affirment à l’AFP que la date de livraison de leur logement a été reportée à plusieurs reprises par le promoteur Myhome Real Estate. Ils devaient emménager fin 2021 mais ils n’ont toujours pas de nouvelle de l’avancée des travaux. Le constructeur a récemment promis qu’il espérait boucler le chantier fin 2022. Une promesse à laquelle les acheteurs se raccrochent.

En Chine, les appartements neufs sont le plus souvent vendus avant leur construction. Si un promoteur ne peut pas achever les travaux, c’est l’acheteur qui en subit les conséquences. La Chine compte ainsi 225 millions de mètres carrés de logements à terminer, selon Bloomberg. Cette situation a conduit à une véritable « crise de confiance » dans le marché immobilier, a estimé Andrew Batson, analyste du cabinet Gavekal Dragonomics.

Selon l’Agence France Presse, plus de 300 projets immobiliers dans environ 100 villes sont touchés par les boycotts des paiements, selon un document collaboratif mis en ligne sous le titre « WeNeedHome » (« nous avons besoin d’un logement »).

De son côté, la banque Nomura a indiqué dans une note que les promoteurs en Chine n’ont livré qu’environ 60% des logements pré-vendus entre 2013 et 2020. Les difficultés de l’immobilier chinois, qui représente un quart du PIB du pays, ont été révélées en 2021 lorsqu’Evergrande a commencé à peiner à rembourser ses créanciers.

Selon Tommy Wu, analyste du cabinet Oxford Economics, la perte de confiance des Chinois dans le secteur pourrait encore aggraver la crise. « Le danger de voir se développer un cercle vicieux – baisse des ventes et des prix des logements, détresse croissante des promoteurs et détérioration des finances des collectivités locales – est préoccupant. »

En effet, la Chine est la deuxième économie mondiale. Compte tenu de son interconnexion avec le reste du monde, toute contagion de la crise immobilière au système financier chinois aura des répercussions à l’international, ont estimé des analystes.