Les « sheng nu » sont les centaines de milliers de femmes sans homme dans leur vie, pour parce qu’elles sont très souvent citadines, diplômées et indépendantes financièrement. En quelques années, elles sont devenues un véritable phénomène de société, mais récemment, elles ont décidé de s’assumer, de vivre leur vie et de préserver leur indépendance et autonomie, sans pour autant tirer une croix sur l’amour.

Le terme possède une connotation très péjorative pouvant être traduit par « celles qui restent » ou « celles dont on ne veut plus ». Ce mot désobligeant a été largement utilisé pour décrire les femmes qui restaient célibataires à la fin des années 1920. Puis reprit par les médias, il y a une dizaine d’année.

Les avis divergent, certaines estiment qu’après 25 ans, une femme est un rebut, d’autres diront après 28 ans. Mais une chose est certaine dépassée 30 ans, une femme est jugée « trop difficile« , « trop vieille », « pas assez jolie ».

Les shengnu sont la plupart du temps insultées et accablées dans une Chine où « les gens pensent qu’une femme célibataire est une femme incomplète« . Pour redorer le blason de ces femmes bafouées, une campagne baptisée Change Destiny est lancée en avril 2016 par la marque de cosmétiques chinoise SK-II.

Le but est de dénoncer les pressions sur ces femmes, actrices du développement économique de la Chine et de l’évolution de la société. D’ailleurs, phénomène incongru en Occident, une photographe  norvégienne Klaudia Lech a réalisé une série de photo auprès d’un groupe de femme célibataire, afin de montrer leur quotidien et de rompre avec les stéréotypes.

Klaudia Lech donne un autre regard de ces femmes libres

Klaudia Lech a fait le portrait de femmes issues de différents milieux sociaux, qui ne voient pas d’inconvénient à ce qu’on les qualifie de « shengnu » (restes) par leurs familles qui s’inquiètent de leur situation amoureuse.

Le site Fashion.feng.com s’est interrogé sur le type de femmes considérées comme des « restes« . D’ailleurs, une enquête menée auprès de femmes mariées montre qu’environ 45% des femmes interrogées ont déclaré qu’elles étaient « désespérées » de se marier ou désespérées de mettre fin à leur statut de célibataire.

Pourtant, Klaudia Lech a constaté que ces femmes sont souvent très épanouies : « elles sortent, vont dîner avec des amis, font du yoga et voyagent à l’étranger pendant leurs congés. Elles ont leur propre vie et elles n’ont pas besoin de dépendre du mariage pour avoir une meilleure vie ».

D’autant plus que de nombreuses femmes travaillent, possèdent leur propre appartement, elles sont financièrement indépendantes. Raisons pour lesquelles, elles seraient célibataires, les hommes préférant des femmes soumises et accrochées aux valeurs patriarcale de la société.

Une logique maritale perverse

Mei Lin, directrice d’une agence matrimoniale à Hong Kong, a expliqué au quotidien suisse, Le Temps, que « l’âge est très important en Asie ».

« Les hommes veulent des femmes plus jeunes, car ils pensent qu’elles seront plus dociles et admiratives. A 25 ans, ils veulent quelqu’un qui en a 22, à 35 ans, ils sont à la recherche de quelqu’un de 28 ans et à 40 ans, ils privilégient les femmes de 31 ans. Passé 35 ans, ils n’entrent même plus en matière » a indiqué cette dernière.

La jeune femme ajoute qu’ils « sont intimidés par les femmes fortes qui gagnent plus qu’eux ou sont plus avancées dans leur carrière« . Cependant, les femmes sont de plus en plus éduqués, diplômés et travaillent à des postes de plus en plus élevés.

« Cette évolution a mis sens dessus dessous le système de mariage vertical traditionnellement pratiqué en Asie » a indiqué Joy Chen, auteure de « Do Not Marry Before Age 30 ».

Cette dernière a expliqué à Le Temps la logique maritale en Chine : « un homme de catégorie A, avec un diplôme universitaire, va épouser une femme de catégorie B, avec une éducation secondaire; un homme B va épouser une femme C, avec une éducation primaire, et un homme C va épouser une femme D, sans éducation. Ce qui laisse les femmes A et les hommes D sans partenaire« .

Leftlover par Klaudia Lech

Leftlover par Klaudia Lech

Un choix de vie assumé

Sandy To, une sociologue de l’Université de Hong  a souligné qu’en Asie, « le partage des tâches n’est pas encore une réalité: la femme est censée faire le ménage, la cuisine et s’occuper des enfants, même si elle a une carrière, explique qui a étudié le phénomène des Sheng-nu. Certaines préfèrent rester seules plutôt que de s’engager dans ce genre de relation ».

D’ailleurs dans la vidéo de SK-II, une jeune femme explique que « dans la culture chinoise, le respect des parents est la plus importante des qualités. Ne pas se marier est considéré comme l’un des plus grands signes de non respect envers eux ». Mais cette dernière préfère s’opposer à sa famille, au nom de « l’amour véritable ».

Elles souhaitent conserver leur indépendance et s’affranchir des traditions. « Je ne veux pas me marier juste par principe. Je ne serai pas heureuse en faisant cela », soutient l’une d’elles. « Je ne suis pas une femme abandonnée. J’ai fait carrière, alors on peut parler de moi avec cette autre expression : femme de pouvoir », explique une autre sur la vidéo.

« Être indépendante est un super mode de vie et c’est la vie dont j’ai envie », conclut une dernière.  Pour la blogueuse Faith Huang, auteur de Project 30 (30天爱上我), « nous sommes tous des enfants uniques qui ont été élevés dans le culte de la compétition. C’est une des raisons pour lesquelles il y a tant de célibataires en Chine« .

Alors « avoir un copain, cela veut dire qu’il faut écouter ses idées, faire des compromis, l’appeler tous les jours. Être célibataire, c’est la liberté ! Je peux partir en voyage quand je veux« , a indiqué Laura,  à La Figaro. Pour Jiyue Wang, « les êtres humains sont difficiles à changer, c’est mieux d’être seule ».

Certaines femmes, elles, attendent beaucoup, comme le résume la vidéo « No Car, no House« , qui explique que les femmes « veulent un milliardaire, qui soit aussi romantique, beau et fidèle » mais surtout riche.