Arrivé à la tête de la seconde puissance économique mondiale, Xi Jinping a décidé de faire la guerre à la corruption, mais également aux « diaosi ». Jeunes gens considérés comme des « losers », parce qu’ils représentent les « ratés » du développement économique. Sans emploi, célibataire, souvent déracinés, ils sont devenus avec les années des symboles de ces jeunes ni fils à papa, ni fonctionnaire.

Alors que l’économie chinoise ralentie, les perspectives de création d’emploi s’amenuisent, créant inquiétudes et doutes. En effet, la Chine doit impérativement avoir une croissance de +7% pour pouvoir créer suffisamment d’emploi pour les milliers de jeunes arrivant sur le marché du travail.

Une précarité croissante

En octobre 2014, l’Université de Beijing publie un premier rapport sur l’état de « survie des diaosi ». Considérée comme une population à faible revenu, l’objectif de cette étude est de « fournir une vue d’ensemble sur les conditions de vie de ce sous-ensemble de la société chinoise souvent passé sous silence« , selon Le Quotidien du Peuple.

Pour les universitaire un daosi est un homme (ou une femme) est âgé entre 21 et 35 ans, peu éduqué, ayant quitté sa région natale, célibataire et sans épargne. Au moment de l’étude menée entre le 1er septembre et le 1er octobre 2014, la province du Jilin est désignée comme la « province diaosi de l’année« , car elle détient l’indice le plus élevé (86,07), et Changchun devient la « ville diaosi de l’année« .

Cet indice est calculé à partir du niveau de formation, des horaires de travail et des salaires mensuels, afin de « refléter la situation de base » des interviewés, note Le Quotidien du Peuple. Plus l’indice est élevé, plus le niveau d’éducation et les salaires sont bas.

diaosi losers chinoisSelon le rapport, en 2014, le revenu mensuel moyen de ces jeunes est d’environ 2.918 yuans (plus de 300 euros), alors que les statistiques officielles montrent que cette même moyenne se situait en 2013, à 5.793 yuans (plus de 500 euros).

En plus de ces revenus faibles, la plupart du temps les diaosi ont des dépenses supplémentaire. Ainsi, près d’un tiers de leurs revenus sont destinés à des personnes à charge, très souvent des parents âgés.

Face aux conditions de vie difficiles de cette population, le mot « diaosi » est devenu courant pour qualifier les classes dites « inférieures » de la société. Pour Karita Kan, doctorante en politique à l’université d’Oxford et assistante de recherche au CEFC, il existe un sentiment, « de plus en plus répandu, selon lequel le talent et l’effort ne peuvent pas changer le destin« .

Cela donne « naissance à des expressions collectives humoristiques d’autodérision et d’auto-condescendance« . Ainsi le terme diaosi, qui signifie littéralement « poil de bite« , est « devenu un phénomène culturel et un symbole identitaire pour nombre de jeunes hommes chinois« .

Une jeunesse inquiète

Aujourd’hui, les jeunes eux-mêmes se définissent diaosi, généralement issus de milieux modestes, ceux qui travaillent dépensent en moyennes 39 yuans (environ 4 euros) pour trois reps quotidiens, possèdent un android de marque chinoise, pour beaucoup, l’alcool et le sommeil sont des échappatoires, face à des conditions de travail intenses.

Le Nandu Zhoukan défini dix « conditions à remplir » pour être qualifié de diaosi, comme toujours avoir moins de 1.000 yuans dans sa poche, ne pas compter de riches dans ses fréquentations, ne partir loin en vacances qu’une fois tous les trois à cinq ans et ne pas avoir plus de trois petites amies avant de se marier.

Interrogé par l’Agence France Presse, Zhao Jun, 30 ans, originaire de la province du Jiangsu, est arrivé à Beijing en 2006, avec ses diplômes de sciences et technologies de Harbin. Malgré son niveau de formation, le jeune homme ne gagne que 3.000 yuans (390 euros) par mois dans une société de décoration.

Ce dernier a expliqué ses conditions de vie : « j’habite dans un appartement en sous-sol, dans l’ouest de Pékin, pour un loyer mensuel de 500 yuans (65 euros), je n’arrive pas à rien mettre de côté car ici tout coûte trop cher« . Selon l’étude, 70% d’entre eux sont exténués par les heures supplémentaires au travail et les longs déplacements dans les transports publics.

De son côté, A Qi, 28 ans, a expliqué que « diaosi, ça veut dire qu’on n’a pas de fric ». Ce dernier a démissionné de son poste dans une maison d’édition, parce que « je me sentais déprimé dès que j’entrais dans le bureau. Je me suis dit que cela ne pouvait pas continuer ». Après cela, il a tenté de lancer un commerce en ligne mais sans succès. Désabusé, il veut désormais quitter la capitale.

Les jeunes se disent mécontents de leur situation, d’autant plus que leur horizon est bouché. Le pays connait un taux de chômage de 5,06% en juin 2015, selon le bureau d’État des statistiques. En 2013, sur les 7 millions d’étudiants diplômés, seul un tiers d’entre eux ont trouvé un emploi.

Une situation alarmante, qui suscite de nombreuses inquiétudes : « Que vais-je faire l’an prochain? Je ne sais pas. Si je ne trouve pas de travail, comment pourrai-je aider mes parents, qui se sont sacrifiés pour que j’étudie? » , s’est inquiétée Juan, étudiante à l’Université de Shanghaï en management, originaire du Hunan, auprès du journaliste de Le Monde.

Une insulte devenue une fierté

 Depuis 2010, les jeunes hommes se tournent vers Internet pour exprimer leur mécontentement face aux inégalités et à l’absence de perspectives d’avenir. Pour eux, diaosi est un moyen de définir leur propre identité, selon Karita Kan.

Selon des sondages publiés dans les médias chinois, des dizaines de millions de chinois se disent « diaosi », à l’inverse des « gaofushuai« , hommes « grands, beaux et riches » et les « baifumei« , femmes « riches et belles à peau claire« . Se sentant marginalisés, les jeunes mettent en place une « contre-culture », dans une société où la pression pour faire carrière, se marier ou devenir propriétaire est de plus en plus forte.

Face à l’ampleur du phénomène, qualifiée de « tendance à l’auto-dénigrement« , a par le Quotidien du Peuple, le gouvernement a lancé à un appel pour que cette « mode » soit « dénoncée et abandonnée, car elle peut porter gravement atteinte à l’esprit de la jeunesse ».

Dans un article, le journal a expliqué que « beaucoup de jeunes se désignent désormais comme branleurs (…). Hommes ou femmes, qu’ils aient un peu de succès ou soient paresseux et décadents, tous se battent consciemment ou inconsciemment pour décrocher cette étiquette. Si vous ne l’êtes pas, c’est comme si vous vous détachiez des masses« .

Le gouvernement souhaite tuer dans l’oeuf ce mouvement contre culturel qui pourrait aboutir à un soulèvement social plus important, tant la grogne persiste face aux inégalités sociales qui se creusent dans le pays.