Le président chinois Xi Jinping a annoncé, le 3 septembre, jour du 70e anniversaire de la capitulation du Japon, la réduction de l’Armée Populaire de Libération près de 300.000 soldats. Un geste d’apaisement envers ses voisins, avec lesquels les différents territoriaux s’enracinent ou un signe de paix ?

Xi Jinping depuis la place Tian An'men

Xi Jinping depuis la place Tian An’men

A la fin de son discours, Xi Jinping a indiqué que « l’Armée populaire de Libération est l’armée du peuple. Tous les officiers et soldats doivent garder à l’esprit leur objectif fondamental de servir le peuple corps et âme, remplir fidèlement les nobles devoirs qui leur incombent, ceux de défendre la sécurité du pays et de protéger la vie paisible du peuple, et accomplir de manière dévouée la mission sacrée de préserver la paix dans le monde. Je déclare que la Chine réduira les effectifs de son armée de 300.000 personnes » (source Forum des As).

L’analyse apportée par les experts divergent, entre un acte de paix pour les premiers et un signe d’apaisement pour les autres. Pour certains experts béninois comme Pascal Tossa, expert en relations internationales, « les autorités chinoises ont bien compris que la guerre et le développement ne font pas bon ménage. En décidant de réduire l’effectif de son armée à hauteur de 300.000 soldats, la Chine prouve devant toute la planète, non seulement tout son intérêt pour la paix, mais aussi pour le progrès et le développement économique« .

De son côté, Pierre Haski, ancien correspondant à Beijing pour Libération, a expliqué que le but de cette annonce « évidemment de lancer un signal pacifiste au moment où la Chine procédait à son plus grand déploiement de forces, incluant des têtes nucléaires, en parade au cœur de sa capitale, place Tiananmen« .

Un acte de paix pour des experts africains

Pour certains experts africains, cette réduction est un signe de paix. Saeed al-Lawaindi, politologue et expert des relations internationales au centre Al-Ahram pour les Études politiques et stratégiques basé au Caire, a expliqué qu’il s’agit d’« un message symbolique que la paix est au cœur de la philosophie chinoise dans la vie ». Pour ce dernier, la Chine « cherche la paix non seulement entre la Chine et d’autres pays, mais également dans le monde entier ».

Cette analyse s’appuie sur les propos du président chinois qui a affirmé que « pour la paix, la Chine poursuivra résolument la voie du développement pacifique. La nation chinoise est depuis toujours une nation éprise de paix. Quel que soit son niveau de développement, la Chine ne recherchera jamais l’hégémonie ni l’expansion, et elle n’imposera jamais à autrui les tragédies qu’elle a vécues. Le peuple chinois vivra toujours en bons termes avec les autres peuples du monde, défendra fermement les acquis de la victoire de la Guerre de résistance contre l’agression japonaise et de la Guerre mondiale antifasciste et apportera une nouvelle contribution encore plus importante à l’humanité« .

soldat chinoisDe son côté, Anna Katharina Stahl, chercheuse au Centre de recherche chinois-UE au Collège de l’Europe, a expliqué que « le discours symbolise une certaine continuité dans la politique étrangère et sécuritaire de la Chine. Cela a été reflété par le fait que le président Xi a souligné que la Chine restera engagée à son paradigme de développement pacifique ».

Pour l’ensemble de ces analystes, le discours de Xi Jinping met en avant une ligne directrice pour les prochaines années à venir sur le plan international : « il convient pour tous les pays du monde de préserver ensemble l’ordre et le système internationaux centrés sur les buts et principes de la Charte des Nations Unies et de bâtir activement un nouveau modèle de relations internationales axé sur la coopération et le gagnant-gagnant pour promouvoir ensemble la noble cause de la paix et du développement dans le monde ».

Anna Katharina Stahl a indiqué que « les dirigeants chinois veulent montrer à ses partenaires internationaux que la Chine continue à s’engager dans la coopération internationale« . D’autant plus que « dans ce contexte, il est important de garder à l’esprit l’appui croissant de la Chine pour les opérations de maintien de la paix de l’ONU, notamment en Afrique« , selon elle.

Le paradoxe pour les observateurs est qu’a contrario de la déclaration de réduction des effectifs, Beijing fait parader ses nouveaux missiles Dongfeng-21D, qu’on appelle les « tueurs de porte-avions« . L’objectif des autorités chinoises est de réduire le nombre de soldat tout en ayant une armée performante et moderne.

Une volonté de performance pour les occidentaux

Une opinion partagée par Barthélémy Courmont, directeur de recherche à l’IRIS, pour qui le gouvernement veut « une transformation en profondeur de l’APL chinoise« , afin de « montrer qu’aujourd’hui ce n’est plus le nombre qui fait la force de la Chine mais plutôt ses capacités techniques et de projections sur les théâtres extérieurs – notamment le déploiement des capacités navales qui se sont considérablement renforcées au cours des dernières années« .

Ainsi, la douzaine de missiles DF-21 D est un « atout décisif » dans d’éventuels conflits futurs pour la chaîne publique chinoise, CCTV. James Char, analyste de la Nanyang University à Singapour, a indiqué que ces missiles « servent de moyen de dissuasion, obligeant les pays rivaux à y réfléchir à deux fois avant de déployer des porte-avions contre la Chine ».

Dongfeng-21D

Pour ce dernier, cette nouvelle technologie est surtout une stratégie montrant « l’importance croissante des forces navales chinoises« , dans le but de « projeter de façon plus large sa puissance navale et aérienne« . D’autant que le budget de la Défense chinoise croît de plus de 10% par an depuis plus d’une décennie, bien que le nombre de soldat diminue de manière drastique, 500.000 hommes en moins en 1997 et 200 000 en moins dans les années 2000.

Pour Pierre Haski, cette annonce phare n’a pas empêché le grand défilé militaire d’être une occasion pour Xi Jinping, « de faire une éclatante démonstration de puissance » à deux niveaux. Tout d’abord, en interne, « à un moment de fort ralentissement économique, de krach boursier et même de désastre industriel comme à Tianjin qui peuvent susciter des doutes dans l’opinion« .

Ensuite, que les plans régional et international, « Xi Jinping était flanqué de son ‘ami’ (et fournisseur d’armes) Vladimir Poutine, un retour de politesse après avoir été l’invité d’honneur du défile sur la place rouge, à Moscou, en mai. Grands absents : d’abord le Japon, (…) et les Occidentaux qui ont fait profil bas« . Pour le journaliste, « en faisant coïncider cette démonstration de puissance à une réduction d’effectifs, Xi Jinping a voulu rassurer« .

La grande parade militaire se situe dans un contexte « tout à fait particulier au niveau sécuritaire dans la région« , selon Barthélémy Courmont. Les tensions avec le Japon restent vives autour des îles Senkaku/Diaoyu, idem avec le Vietnam et les Philippines, qui perdent parfois patience face à une Chine, en plein développement économique et militaire.

La question de Taïwan « est omniprésente dans les réflexions sur les développements militaires de la Chine – il va y avoir une élection présidentielle à Taïwan en janvier prochain avec la probabilité d’une élection de Tsai Ing-wen (candidate du Democratic Progressive Party). On peut donc s’attendre à une période de détérioration de la relation entre Taïwan et la Chine ; la question des forces armées chinoises se trouve à nouveau posée sur ce différend non résolu« , a expliqué le directeur de recherche de l’IRIS.