La Chine envisage de modifier les règles du don d’organes afin d’attirer de nouveaux donneurs. Dans le Zhejiang, 1474 personnes ont fait don de leurs organes

La Chine fait face à une pénurie depuis l’interdiction en 2015 des prélèvements sur les condamnés à mort exécutés. Le projet de loi publié par le ministère de la Santé, et soumis à avis du public jusqu’à la fin du mois de juillet, prévoit notamment la possibilité de donner des organes de proches décédés. Le projet de loi prévoit de rendre illégal le prélèvement d’organes sur des mineurs, afin de lutter contre l’enlèvement d’enfants à cette fin.

Cette loi doit mettre fin à la pénurie et au trafic d’organe, mais il n’est pas certain que les habitudes changent. Car la tradition chinoise veut qu’un mort soit enterré sans mutilation, raison pour laquelle, les chinois rechignent à accepter le prélèvement d’organes.

«Le (projet de) loi n’introduit pas l’idée du consentement tacite, où toute personne, sauf avis contraire, est présumée donner son accord au prélèvement de ses organes», a indiqué Wang Bing, avocat basé à Beijing et spécialisé dans les affaires médicales. «Ce serait pourtant le seul moyen de lutter contre le tabou» autour de l’intégrité du corps, a estimé ce dernier.

Le projet de loi prévoit de fortes sanctions pour les individus et les institutions impliqués dans le trafic d’organes. Parmi ces sanctions, des amendes pourront s’élever à dix fois les profits réalisés et les médecins pourront être suspendus.

«Des peines existent déjà, mais des hôpitaux continuent (…) d’effectuer un grand nombre de transplantations sans que l’on sache d’où proviennent les organes», a indiqué Matthew Robertson, chercheur à l’Université nationale australienne et spécialisé dans les erreurs médicales en Chine, à l’Agence France Presse.

Selon la revue BMC Medical Ethics de novembre 2019, la Chine aurait pratiqué une «falsification systématique» des données en matière de dons d’organes, selon une étude qui portait sur la période 2010-2016.

Outre les données officielles ou non, le nombre de donneurs volontaires décédés a toutefois grimpé en une décennie en Chine, passant de 34 (en 2010) à 6.316 (en 2018), selon l’organisme gouvernemental chargé de l’attribution des organes.

D’ailleurs au Zhejiang, plus de 4.000 patients souffrant d’insuffisance d’organes ont pu bénéficier des dons volontaires d’organes depuis 2010.

« Au total, 1.474 personnes dans le Zhejiang ont volontairement fait don de plus de 4.000 organes humains selon un bilan établi à la fin du mois d’août de cette année », a indiqué la branche du Zhejiang de la Société de la Croix-Rouge chinoise.

« Avec la sensibilisation au don d’organes, de plus en plus de gens dans le Zhejiang s’inscrivent à la cause », a expliqué Ruan Weixiu, chef du centre de don d’organes humains de la Société de la Croix-Rouge.

A la fin d’août 2020, plus de 76.000 personnes dans la province s’étaient inscrites comme bénévoles au don d’organes, dont 60 % avaient moins de 30 ans, a indiqué Ruan Weixiu.