Le ministre des Affaires étrangères philippin a appelé les navires chinois patrouillant en mer de Chine méridionale à quitter la zone disputée, alors que la Chine exhorte les Philippines à respecter sa souveraineté.

«Chine, mon amie, comment puis-je le dire poliment? Laissez-moi voir… CASSEZ-VOUS», a écrit sur les réseaux sociaux, Teodoro Locsin, ministre des Affaires étrangères philippin.

Cette déclaration intervient alors que depuis mars les tensions sont montées d’un cran entre la Chin et les Philippines. En effet, des centaines de bateaux chinois ont été détectés dans la zone économique exclusive de Manille, suscitant une vive réaction de cette dernière.

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Après plusieurs appels à quitter les lieux, la Chine a refusé de rappeler ses bateaux et Manille a alors renforcé ses patrouilles dans la zone.

Teodoro Locsin a souvent recours à un langage grossier sur Twitter. Il a défendu sa dernière sortie en affirmant que «l’habituel langage diplomatique poli ne mène à rien».

Le ministère des Affaires étrangères philippin avait d’ailleurs accusé les garde-côtes chinois d’«activités belliqueuses» à l’encontre des navires philippins qui patrouillent actuellement près du récif poissonneux de Scarborough, contrôlé par la Chine mais revendiqué aussi par Manille.

Le ministère philippin a formellement contesté les agissements des bateaux chinois envers les garde-côtes philippins en mars 2020. Selon Teodoro Locsin, la présence de ces navires chinois constitue «une violation manifeste à la souveraineté des Philippines».

Interrogé par l’Agence France Presse, l’ambassade de Chine à Manille n’a pas souhaité faire de commentaires, laissant le ministère chinois des affaires étrangères réagir.

La Chine occupe depuis 2012 le récif se trouvant à 230 kilomètres de Luçon, l’île principale des Philippines, en mer de Chine méridionale, et a rejeté la décision de la Cour permanente d’arbitrage (CPA), basée à La Haye (Pays-Bas).

En effet, en 2016, la CPA avait donné raison à Manille, en estimant que la Chine n’avait aucun «droit historique» sur cette mer stratégique.

Les relations entre la Chine et les Philippines se sont améliorées sous le mandat du Président Rodrigo Duterte qui essaie de sortir son pays du giron des États-Unis et de renforcer sa coopération économique avec la Chine.

D’ailleurs, récemment, Rodrigo Duterte a affirmé qu’il ne mettrait pas fin aux patrouilles en mer de Chine méridionale, arguant que la souveraineté de son pays dans la zone n’était pas négociable.

Pourtant de son côté, la Chine exhorte les Philippines à respecter «sérieusement la souveraineté et la juridiction de la Chine sur l’île Huangyan, et à cesser de prendre des mesures qui pourraient compliquer la situation dans la région».

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin, a indiqué que «l’île Huangyan est un territoire chinois et ses eaux adjacentes sont sous la juridiction de la Chine». 

Le représentant de la Chine a ajouté que «les faits avaient prouvé à maintes reprises que la diplomatie du mégaphone ne pouvait que saper la confiance mutuelle plutôt que de changer la réalité».

«Nous espérons que certains individus du côté philippin feront attention aux bonnes manières et agiront d’une façon adaptée à leur statut», a déclaré Wang Wenbin, une remarque voilée aux propos tenus sur Twitter par le ministre philippin des affaires étrangères.

Ce dernier a rappelé les remarques faites par le président philippin Rodrigo Duterte, qui attestait sur les divergences et les différends entre la Chine et les Philippines sur certaines questions ne devaient pas affecter l’amitié et la coopération globales.

Wang Wenbin a déclaré qu’il s’agissait également d’un consensus important auquel la Chine et les Philippines sont parvenues à de nombreuses reprises. «La Chine a toujours été et restera déterminée à gérer correctement les différends et à faire progresser la coopération avec les Philippines par le biais de consultations amicales, et continuera à fournir une assistance dans la mesure de ses capacités aux Philippines dans leurs efforts pour lutter contre l’épidémie et reprendre le développement économique», a ajouté Wang Wenbin.