De notre stagiaire Alima Danfakha – Les statistiques montrent que la génération nées dans les années 1990 est en train de devenir la part principale de la population divorcée. L’expression «30 ans et debout» devient à présent «30 ans et divorcé», au grand mécontentement de nombreuses personnes.

Le Code Civil qui a été officiellement mis en œuvre le 1er janvier 2021 proposait un «délai de réflexion pour le divorce» qui a retenu l’attention des populations. Ce «délai de réflexion» pourra-t-il devenir un remède contre le divorce ?

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Des divorcés de plus en plus jeunes, leur nombre multiplié par 10 en 10 ans

Hongdong est le comté le plus peuplé du Shanxi. Le bureau d’enregistrement des mariages du Bureau des Affaires Civiles du comté de Hongdong est situé à un carrefour dans la zone dynamique du comté. Jia Qiying, un officier d’état civil, a déclaré que le nombre de procédures de divorce, qui concernait une centaine de couples dans le comté en 2010, a été multiplié par 10 en dix ans, atteignant 1 300 procédures en 2019. Ces dernières années, le phénomène de divorce chez les jeunes est très important et la population divorcée se fait de plus en plus jeune.

«Avant, c’était la génération des personnes nées dans les années 1980 qui divorçait ; ces dernières années la génération 90 s’est rajoutée, ils divorcent après un ou deux ans de mariage, certains divorçant même assez fréquemment».

Jia Qiying raconte que le couple qui l’a le plus marqué avait environ 27 ans, et avait enregistré six ou sept divorces. «Sur l’ordinateur, un seul interface ne suffisait pas, il fallait tourner la page», dit-il.

À vrai dire, le phénomène de divorce des personnes nées après 1990 n’est pas vraiment nouveau. Selon des statistiques du Bureau des Affaires Civiles de Zhengzhou, dans la province du Henan, le nombre de divorcés nés dans les années 1990 représente plus de 20% du nombre total de divorcés de la ville.

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Selon les données du Bureau des Affaires Civiles de Shiyan, dans la province du Hubei, parmi les couples divorcés en 2019, 45% avaient moins de 35 ans et l’âge minimum était respectivement de 22 et 21 ans.

Parmi la population des personnes nées dans les années 1990, les « divorces impulsifs » ne sont point rares. Un employé d’un bureau d’enregistrement des mariages a déclaré à un journaliste : «Il arrive parfois qu’on voie un couple arriver en se disputant, on les conseille un peu, et ils repartent ensemble. Certains ne sont mariés que depuis quelques jours lorsqu’ils viennent nous voir pour enregistrer leur divorce, alors parfois on raconte un petit mensonge, on leur dit que c’est l’heure de fermer, ou que la machine ne fonctionne pas afin qu’ils repartent et puissent réfléchir un peu plus».

Le tribunal populaire du district de Kecheng, à Quzhou, au Zhejiang, a spécialement invité un médiateur, Yuan Weihua. Selon lui, l’une des raisons pour lesquelles la génération 90 est devenue le groupe principal de la population divorcée ces deux dernières années, est que les personnes nées dans les années 1990 prônent la liberté et abordent le mariage de manière plus capricieuse et impulsive.

«Pour être honnête, je comprends tout à fait les divorces impulsifs». Wang Lili, une jeune femme mariée née dans les années 1990 explique : «De nos jours, les jeunes sont très ouverts en ce qui concerne le mariage, on peut se marier de manière impulsive alors pourquoi pas l’inverse ? Je ne suis pas heureuse avec toi, je ne veux plus être avec toi, n’est-ce pas une raison suffisante?».

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La «immaturité spirituelle et matérielle», un déclencheur majeur

Pourquoi la génération 90 que l’on qualifiait, à l’origine, avec l’expression «30 ans et debout», se retrouve-t-elle à emprunter la voie du divorce après avoir fondé une famille ? Derrière ce phénomène se cache le reflet du phénomène généralisé de «immaturité spirituelle et matérielle» de la nouvelle génération de jeunes familles.

Dans un billet reposté de nombreuses fois sur les réseaux sociaux intitulé « les 100 raisons de divorces chez la génération 90 », les internautes ont donné un large éventail de raisons de divorce. Mon mari est un fils à maman, il n’a que « ma mère a dit que » à la bouche.

Mariée suite à une grossesse, ce n’est qu’après que j’ai découvert que je ne m’entends pas du tout avec ma belle-mère, elle mâche la nourriture puis la donne à mon fils. Après le mariage, nous avons acheté la maison grâce aux «six portefeuilles» de ses parents, alors nous sommes obligés de les écouter…

Une juge qui s’occupe de procès familiaux depuis plus de 30 ans a déclaré que la grande majorité des affaires de divorce de personnes nées dans les années 1990 qu’elle a eu à traiter ces dernières années comportaient un élément parental. «De nombreux jeunes, après le mariage, continuent à dépendre de leur cellule familiale d’origine au niveau mental et matériel et se laissent facilement influencer par leurs parents. Lorsqu’une dispute éclate au sein du couple, au lieu de chercher une solution et de communiquer, ils retournent auprès de leur mère, ce qui ne fait qu’empirer les conflits.»

Cette dépendance des parents ou de la cellule familiale d’origine s’accompagne d’un manque de sens des responsabilités. De nombreux jeunes, après leur mariage, se considèrent encore comme le fils adoré ou la fille chérie de leurs parents, et n’ont pas le sens de responsabilité que doivent avoir des époux ou des parents.

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couple

Xiao Fang (pseudonyme), de la génération 90, déclare qu’elle et son mari se connaissaient depuis qu’ils étaient petits ; après leur mariage, ils ont eu un enfant, mais son mari continuait à jouer aux jeux vidéo, à dépenser de l’argent dans des équipements, et sortait souvent jusque tard le soir avec ses «amis de combat». Il manquait d’attention envers sa femme et son enfant et s’occupait rarement des tâches ménagères, ce qui a conduit Xiao Fang à proposer la séparation.

L’«immaturité spirituelle» se manifeste également avant le mariage. De nombreuses personnes nées dans les années 1990 interrogées indiquent qu’elles finissent par se marier sans vraiment se connaître après les incitations insistantes de leurs parents. Ainsi, après le mariage, de nombreux conflits surviennent, et il est finalement difficile de se réconcilier.

Le tribunal de Huazhou à Maoming, dans le Guangdong, a récemment jugé une affaire de divorce concernant des personnes de la génération 90. Le jeune couple voulait divorcer après avoir été marié à peine six mois. L’homme a cité avec précision les « dix crimes » de sa femme lors du procès, arguant que son comportement, comme faire un bain de pieds dans la chambre avant de se coucher, son manque d’hygiène personnelle et son absence de compétences culinaires de base, étaient insupportables.

Après explications, on s’est rendu compte que le couple avait discuté sur les réseaux pendant un mois après avoir été présenté, et qu’ils avaient ensuite enregistré leur mariage lors de leur deuxième rencontre. Tout cela parce que leurs parents pensaient qu’ils « étaient en âge de se marier et qu’ils devaient fonder une famille », ils se sont donc mariés avec la mentalité de « on se marie d’abord et on tombe amoureux ensuite ».

Éviter le fameux « 30 ans et divorcé » nécessite un effort conjoint des parties

De nombreuses personnes interrogées indiquent qu’il n’y avait pas lieu d’être trop pessimiste ou négatif face au phénomène de divorce chez les jeunes. Toutefois, le divorce n’est pas seulement une affaire personnelle, mais aussi une question de bonheur pour d’innombrables familles, de protection efficace des droits et intérêts légitimes des parties concernées, ainsi que d’harmonie et de stabilité de la société. Ainsi, des efforts doivent être déployés par les parties concernées afin d’éviter la poursuite du phénomène des « 30 ans et divorcés ».

Le délai de réflexion pour le divorce prévu par le Code Civil propose une solution au problème du phénomène social du divorce précipité. Sun Xianzhong, membre de l’Académie Chinoise des Sciences Sociales, a déclaré que cette stipulation reflète également les fondements moraux et éthiques de la loi chinoise, à savoir le respect du mariage, de la famille et des relations.

« Mais cette stipulation est un peu comme un frein d’urgence dans le mariage, elle n’est utile qu’après les faits ». Chang Sixin, expert en folklore, explique que pour que la génération 90 puisse être vraiment « debout à 30 ans », il faut que les parents aient un sens des limites, que les jeunes aient un sens de la transition des rôles ainsi qu’un sens des responsabilités afin qu’ils puissent assumer pleinement leurs responsabilités dans leur mariage et dans leur vie.

Sous de nombreux articles publiés sur Internet à propos du délai de réflexion, on retrouve souvent des commentaires disant « c’est plutôt un délai de réflexion pour le mariage qu’il faudrait ». Des experts suggèrent qu’une condition préalable à la réduction du taux de divorce devrait être le renforcement continu des efforts de conseil et d’éducation en matière de mariage et de famille afin de réduire le nombre de mariages impulsifs.

Actuellement, 54,3% des bureaux d’enregistrement des mariages au niveau des comtés et des villes du pays ont mis en place des bureaux de conseil matrimoniaux et familiaux afin de fournir des services de conseil émotionnel, d’orientation psychologique et de gestion de crise.

Cependant, il existe encore de nombreuses régions où aucune structure spécialisée n’a été mise en place. Certaines personnalités du système des affaires civiles suggèrent qu’à travers un soutien politique, le financement de subvention, l’achat de services par le gouvernement et la mobilisation de forces sociales, une participation au conseil et à l’éducation en matière de mariage et de famille pourrait être mise en place.