La nouvelle présidente taïwanaise Tsai Ing-wen a appelé ce vendredi à un « dialogue positif » avec Beijing, lors de son discours inaugural, mettant toutefois en avant l’attachement qu’elle a pour les libertés et la démocratie. Se voulant conciliante, Tsai Ing-wen a mit en exergue la passivité de Taïwan, contrairement à la vision hostile qu’a la Chine.

« Les deux parties gouvernantes sur les deux rives du détroit (de Formose) doivent laisser de côté le poids de l’Histoire et s’engager dans un dialogue positif, pour le bénéfice du peuple de part et d’autre« , a-t-elle déclaré devant 20’000 personnes, après sa prestation de serment. De son côté, Beijing reste ferme sur ses positions : Taïwan fait partie intégrante de son territoire et peut être reprise par la force le cas échéant.

Le 14 mars 2005, le Parlement a adopté une loi anti-sécession prévoyant le recours à la force si Taïwan déclare son indépendance. Le premier ministre de l’époque, Wen Jiabao, avait assuré qu’il ne s’agissait pas d’une « loi guerrière » et qu’elle était favorable aux échanges entre la Chine et Taïwan.

Première femme élue à la présidence de Taïwan, Tsai Ing-wen

Première femme élue à la présidence de Taïwan, Tsai Ing-wen

Toutefois, la loi prévoit que « l’Etat devra protéger la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale par des moyens non pacifiques« . « Si les forces séparatistes de Taïwan provoquent, sous quelque nom ou par quelque moyen que ce soit, une sécession de Taïwan vis-à-vis de la Chine, si un événement majeur crée une séparation ou si les conditions d’une unification pacifique disparaissent complètement« , précise l’article 8 de la loi.

Refus du Consensus de 1992

Depuis sa victoire à l’élection présidentielle, le 16 janvier, la nouvelle présidente de Taïwan n’a pas évoqué le Consensus de 1992, irritant les représentants de Chine continentale qui ont martelé à plusieurs reprises que « le Consensus de 1992 constitue la base politique du développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit de Taïwan ».

An Fengshan, porte-parole du Bureau des affaires de Taiwan du Conseil des Affaires d’État,  a d’ailleurs récemment prévenu « renier le Consensus de 1992 affecterait le statu quo des relations entre les deux rives du détroit de Taïwan ». Ce dernier a réaffirmé, le 27 avril, que « l’implication essentielle du consensus est que la partie continentale et Taïwan appartiennent à une seule Chine ».

Raison pour laquelle, le gouvernement « souhaite que Mme Tsai endosse le consensus tacite conclu en 1992 entre Pékin et Taipei qui veut qu’il n’y ait qu’une seule Chine et laisse à chaque partie le loisir d’interpréter cela comme elle l’entend« . Cependant, la nouvelle présidente, issue du Parti démocrate progressiste (PDP), refuse de reconnaître ce consensus, contrairement au président sortant Ma Ying-jeou, du Kuomintang.

La nouvelle présidente n’a pas changé de position, préférant placer Taipei au centre du processus de paix dans la région. Tsai Ing-wen veut faire participer Taïwan aux relations inter-détroit, afin de participer à la construction de la paix régionale et la sécurité collective dans la région Asie-Pacifique. « Dans ce processus, Taïwan sera un tuteur dévoué de la paix ardent qui participe activement et n’est jamais absente » a-t-elle assuré.

Wang Daohan (à gauche) et Koo Chen-fu (à droite) échange des documents sur le Consensus de 1992 à Singapour, en 1993.

Wang Daohan (à gauche) et Koo Chen-fu (à droite) échange des documents sur le Consensus de 1992 à Singapour, en 1993.

Pour cela, « nous ferons des efforts pour faciliter la réconciliation nationale, renforcer nos institutions démocratiques, consolider le consensus, et de présenter une position unie au monde extérieur« . Cette dernière s’est appuyé sur des faits historiques avérés, sans pour autant se les approprier, « je me réfère à un certain nombre d’éléments clés » a-t-elle souligné.

« Le 1er élément est les pourparlers de 1992 entre les deux institutions représentatives de chaque côté à travers le détroit (SEF et l’ARATS), quand il y avait la reconnaissance conjointe de mettre de côté les différences de chercher un terrain d’entente. Ceci est un fait historique ».

« Le 2ème élément est l’existence d’un ordre constitutionnel en République de Chine. Le 3ème élément concerne les résultats de plus de 20 ans de négociations et interactions à travers le détroit. Et le quatrième est le principe démocratique et la volonté répandue du peuple de Taïwan« .

Attacher à la liberté et à  la démocratie

Dans son discours d’investiture, Tsai Ing-wen s’est dite « apprécier profondément les institutions démocratiques de ce pays », qui lui ont permis « d’accomplir cette troisième transition politique par le biais d’un processus électoral pacifique« .

« Encore une fois, le peuple de Taïwan ont montré au monde par nos actions que nous, en tant que peuple libre et démocratique, nous nous sommes engagés à la défense de notre liberté et de la démocratie comme mode de vie. Chacune et chacun d’entre nous ont participé à ce voyage. Mes chers compatriotes taïwanais, nous l’avons fait », a-t-elle scandé.

Drapeau Taiwan

Drapeau de Taïwan

Applaudi à de nombreuses reprises lors de son discours, elle a affirmé qu’à « chaque époque, ceux qui travaillent dans la politique doivent reconnaître leurs responsabilités. La démocratie peut aller de l’avant, mais elle peut aussi tomber à la renverse. Debout ici aujourd’hui, je veux dire à tout le monde : pour nous, tomber en arrière n’est pas une option ».

La président a assuré que « le devoir du nouveau gouvernement est placer la démocratie à un autre stade », il s’agira du « bien-être du peuple » et non plus des manigances politiciennes. « Avant, la démocratie était une épreuve de force entre deux valeurs opposées. Maintenant, la démocratie est une conversation entre plusieurs valeurs différentes ».

Elle a appelé à l’unité du peuple taïwanais et a laissé « derrière les préjugés et les conflits du passé, et, ensemble, remplissons la mission que la nouvelle ère nous a confiée ». La mission du gouvernement sera de « construire une démocratie unie, sans être détourner par l’idéologie ; une démocratie efficace qui répond aux problèmes de la société et de l’économie ; une démocratie pragmatique qui prend soin du peuple » : c’est la signification de la nouvelle ère.