Allocution du Premier ministre, Wen Jiabao, à la cérémonie d’ouverture de la 4e Conférence ministérielle du Forum sur la Coopération sino-africaine.

C’est pour moi un grand plaisir de me trouver réuni avec vous pour évoquer notre amitié et discuter de notre coopération, à l’occasion de cette 4e Conférence ministérielle du FCSA dans cette belle ville balnéaire de Charm el-Cheikh. En tant que Premier Ministre de Chine, pays coprésident de cette conférence, je voudrais exprimer, au nom du gouvernement chinois, mes souhaits de bienvenue les plus chaleureux à tous les honorables invités ici présents et mes sincères remerciements au gouvernement égyptien pour la préparation minutieuse et l’organisation parfaite de la Conférence.

Depuis sa création il y a neuf ans, le FCSA a joué un rôle important dans l’orientation et la promotion des relations sino-africaines. De plus en plus, il s’impose comme un pont d’amitié et une plate-forme au service du renforcement de la coopération Chine-Afrique.

Surtout, depuis le Sommet de Beijing il y a trois ans, la Chine et l’Afrique ont œuvré ensemble à l’instauration d’un nouveau partenariat stratégique, caractérisé par l’égalité et la confiance réciproque sur le plan politique, la coopération gagnant-gagnant sur le plan économique, les échanges et l’inspiration mutuelle sur le plan culturel, ouvrant ainsi de nouveaux horizons à la coopération sino-africaine.

  • La confiance politique s’est raffermie sans cesse. La Chine et l’Afrique ont vu leurs échanges de haut niveau se multiplier et leurs consultations diplomatiques et leur dialogue stratégique s’intensifier chaque jour davantage. Bénéficiant d’un soutien plus ferme des pays africains sur les questions touchant à ses intérêts vitaux, la Chine a agi en concertation et en collaboration avec l’Afrique sur les grands dossiers internationaux et régionaux pour défendre et étendre les intérêts communs de l’ensemble des pays en développement.
  • La coopération économique et commerciale n’a cessé de s’approfondir. En 2008, le volume des échanges commerciaux sino-africains a franchi la barre de 100 milliards de dollars US. On compte maintenant 53 pays africains qui ont des échanges commerciaux avec la Chine. Six zones de coopération économique et commerciale que la Chine envisage d’ouvrir en Afrique sont en cours de construction. Les implantations d’entreprises chinoises en Afrique ont avoisiné 1 600, dont les investissements directs ont totalisé 7,8 milliards de dollars. La prise en charge forfaitaire des travaux et la coopération en matière de main d’œuvre ont connu une extension constante, tandis que la coopération financière a poursuivi son essor.
  • L’aide chinoise accrue à l’Afrique a donné des résultats concrets. En dépit de la crise financière internationale et des difficultés qu’elle doit affronter, la Chine a tenu ses promesses et honoré tous ses engagements pris au Sommet de Beijing. L’aide chinoise à l’Afrique a ainsi doublé, l’annulation de 168 dettes de 33 pays africains est sur le point de s’achever, les prêts préférentiels d’un montant total de cinq milliards de dollars seront tous accordés très prochainement, et le Fonds de Développement Chine-Afrique doté d’un capital de lancement d’un milliard de dollars a été établi à la date prévue. Tout cela a contribué à renforcer les capacités d’auto-développement des pays africains et à les aider à mieux affronter la crise financière internationale.
  • Les échanges humains et culturels ont connu un développement vigoureux. Les échanges et la coopération entre la Chine et l’Afrique dans les domaines culturel, éducatif et sanitaire comme sur le plan de la formation des ressources humaines se sont développés rapidement. A la fin de cette année, 15 000 Africains auront participé à de différents programmes de formation organisés par la Chine. Les échanges entre les jeunes, les femmes, les provinces et villes jumelées se sont multipliés, permettant d’approfondir davantage la compréhension mutuelle et l’amitié traditionnelle entre la Chine et l’Afrique.

Ces dernières années, l’essor des relations et l’intensification de la coopération Chine-Afrique ont attiré l’attention du monde entier. Je voudrais souligner ici que ni la présence chinoise en Afrique, ni le soutien des pays africains à la Chine ne datent d’aujourd’hui. Déjà, dans les années 50 et 60 du siècle dernier, la Chine et l’Afrique ont combattu côte à côte dans la lutte historique contre l’impérialisme, le colonialisme et l’hégémonisme, et avancé la main dans la main sur le chemin ardu de redressement de l’économie nationale.

Une locomotive appartenant à la TAZARA, chemin de fer Tanzanie-Zambie

Le chemin de fer Tanzanie-Zambie, les équipes médicales chinoises en Afrique et les jeunes volontaires chinois sont des exemples vivants de l’aide désintéressée de la Chine à l’Afrique ; le fait que l’Afrique a porté la Chine à l’ONU, le passage sans à-coups de la flamme olympique de Beijing en Afrique et les dons généreux des Africains aux régions sinistrées de Wenchuan sont des expressions authentiques de l’amitié des peuples africains envers le peuple chinois.

Respectant toujours le droit des pays africains à choisir librement leurs systèmes sociaux, le gouvernement et le peuple chinois soutiennent les peuples africains dans leur recherche d’une voie de développement adaptée aux conditions réelles de leurs pays et croient profondément en leur capacité de résoudre à leur façon leurs problèmes. La coopération économique et commerciale Chine-Afrique repose sur le bénéfice mutuel, le gagnant-gagnant, l’ouverture et la transparence, la Chine n’a imposé et n’imposera aucune condition politique dans l’octroi du soutien et de l’assistance à l’Afrique.

Elle se réjouira de voir d’autres pays et des organisations internationales prendre une part active au développement et à l’édification de l’Afrique et contribuer tous ensemble à la paix, au développement et au progrès de l’Afrique. Ayant pour fondement essentiel la solidarité et le soutien réciproque, pour noyau central le respect mutuel et l’égalité, et pour seul but la coopération mutuellement bénéfique et le développement commun, les relations sino-africaines ont pu résister aux aléas internationaux et poursuivre un développement vigoureux.

Dans un monde qui traverse des mutations et des réajustements d’une ampleur sans précédent, la Chine et les pays africains, tous pays en développement, font face à de rares opportunités historiques pour accélérer leur développement, mais aussi à des défis planétaires complexes.

Ils ont intérêt à renforcer leur coopération mutuellement bénéfique pour valoriser pleinement leurs atouts respectifs en vue d’un développement commun ; cela aidera la communauté internationale à se pencher davantage sur l’Afrique et à l’appuyer pour réaliser rapidement les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ; et cela est bénéfique pour la promotion de la coopération Sud-Sud, pour l’élévation de la position des pays en développement sur l’échiquier politique et économique international, pour la démocratisation des relations internationales et l’équité dans l’ordre international, et enfin pour l’avènement d’un monde harmonieux de paix durable et de prospérité commune.

L’Afrique, comme les autres régions du monde, est confrontée à de multiples défis planétaires tels que la crise financière et le changement climatique. Un marché financier instable, un recul économique significatif, une chute brutale des flux d’investissements étrangers et l’instabilité dans certains pays et régions sont autant d’obstacles qui rendent la réalisation des OMD plus difficile ; les conséquences du changement climatique telles que la multiplication des inondations et sécheresses, l’aggravation de la désertification, la réduction des espèces végétales et animales, la diminution de la production alimentaire et la détérioration des écosystèmes font peser des menaces sérieuses sur le développement durable.

L’Afrique où vit un septième de la population mondiale est le continent comptant le plus grand nombre de pays en développement. Son développement est une composante indispensable du développement de l’économie mondiale. En tant qu’ami sincère et sûr, la Chine partage les difficultés et les défis qu’affronte l’Afrique. Elle appelle la communauté internationale à agir d’urgence pour soutenir effectivement et efficacement le développement de l’Afrique.

  • Premièrement, il faut rester ferme dans la détermination et l’action concernant les OMD, honorer effectivement les engagements d’aide à l’Afrique et créer activement pour elle des conditions extérieures favorables en matière d’économie, de commerce et de finance au niveau international.
  • Deuxièmement, il faut prendre une claire conscience des besoins urgents des pays africains de se doter d’une meilleure adaptabilité au changement climatique, comprendre les préoccupations des pays africains et appuyer leurs revendications légitimes, associer étroitement l’assistance à la lutte de l’Afrique contre le changement climatique et le renforcement de ses capacités de développement durable, et promouvoir un développement global et harmonieux de l’Afrique par une approche intégrée.
  • Troisièmement, il faut témoigner davantage de compréhension et donner plus de soutien et d’aides aux pays africains qui rencontrent des difficultés particulières pour faire face à d’autres questions planétaires comme la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique et les maladies pandémiques.

Dans le nouveau contexte, la Chine entend renforcer sans cesse sa coopération pragmatique avec les pays africains dans les différents domaines et promouvoir sur tous les plans le nouveau partenariat stratégique sino-africain. Pour ce faire, je voudrais vous soumettre les propositions suivantes :

  • Cliquez sur l’image pour en savoir!

    Premièrement, renforcer nos concertations stratégiques et défendre nos intérêts communs. Les échanges de visites de haut niveau seront maintenus, le dialogue et les consultations politiques seront renforcés tout comme les concertations et la coopération entre nos deux parties sur les questions planétaires majeures d’intérêt commun, le but poursuivi étant de permettre aux pays en développement d’avoir une meilleure représentation et davantage voix au chapitre dans les systèmes internationaux et d’unir nos efforts pour faire progresser l’ordre politique et économique international dans un sens plus juste et plus rationnel. La Chine continuera, comme par le passé, à se faire l’avocat des pays africains dans les enceintes internationales pour défendre leurs intérêts. Dans le même temps, elle renforcera ses échanges avec eux concernant la stratégie et l’expérience de la lutte contre les défis mondiaux, et les aidera à accroître leurs capacités d’y faire face ainsi que leurs capacités d’auto-développement.

  • Deuxièmement, mettre en œuvre les OMD et améliorer la vie des peuples africains. Le développement économique, l’élimination de la pauvreté et l’amélioration de la vie des peuples constituent la priorité des pays africains. Dans la mesure de ses possibilités, la Chine continuera à augmenter ses aides aux pays africains, et à alléger leurs dettes, tout en optimisant la structure de ses aides pour que les projets d’assistance privilégient les domaines touchant au bien-être des peuples africains tels que l’agriculture, l’éducation, la santé, la réduction de la pauvreté et l’eau potable et aident ainsi l’Afrique à réaliser au plus tôt les OMD.
  • Troisièmement, promouvoir la coopération économique et commerciale pour les avantages réciproques et le gagnant-gagnant. La coopération mutuellement avantageuse entre la Chine et l’Afrique est prometteuse, puisque l’économie chinoise et les économies africaines sont fort complémentaires. Nous devons nous efforcer de développer nos échanges commerciaux pour inverser le plus tôt possible la tendance à la baisse du commerce sino-africain enregistrée au cours de cette année, notamment par l’augmentation des exportations africaines vers la Chine. La Chine encourage davantage d’entreprises chinoises à investir en Afrique tout en leur demandant d’assumer plus de responsabilités sociales et de vivre en bonne entente avec les populations locales. Il faut combiner la coopération économique et commerciale avec l’Afrique et le transfert de technologies, et consentir de grands efforts pour aider l’Afrique à former des techniciens et des personnels de gestion.
  • Quatrièmement, développer les échanges culturels et intellectuels afin de consolider l’amitié sino-africaine. La Chine comme l’Afrique peuvent être fières de leurs brillantes cultures. Elles ont à renforcer davantage leurs échanges et leur inspiration mutuelle dans le domaine culturel en encourageant l’organisation des festivals culturels, des expositions artistiques et des compétitions sportives et en soutenant le renforcement des contacts entre les ONG, les médias et les établissements scientifiques. La Chine continuera à appuyer le développement des œuvres sociales en Afrique notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et des sciences et technologies. Elle sera heureuse d’accueillir les pays africains à l’Exposition internationale de Shanghai qui sera pour eux l’occasion de montrer pleinement les résultats de développement obtenus dans les différents domaines.
  • Cinquièmement, élargir les champs de coopération et renforcer la construction des mécanismes. La Chine souligne sa disponibilité pour une participation accrue aux affaires de paix et de sécurité en Afrique, pour un soutien renforcé à l’intégration africaine et pour une coopération élargie avec les organisations régionales africaines. Elle entend travailler de concert avec les pays africains pour faire progresser la construction du mécanisme du FCSA, promouvoir la coopération entre les départements compétents des deux parties dans le cadre du FCSA et renforcer et élargir le rôle de ce dernier dans la promotion et l’orientation des relations sino-africaines.

Les sentiments d’amitié qu’éprouve le peuple chinois pour les peuples africains sont sincères, et le soutien de la Chine au développement de l’Afrique est bien vrai et réel. A l’avenir, quels que soient les aléas internationaux, notre amitié avec les peuples africains ne changera pas, notre détermination à approfondir la coopération mutuellement avantageuse avec l’Afrique en vue d’un développement partagé ne changera pas, et notre politique de soutien au développement socio-économique de l’Afrique ne changera pas non plus.

Pour les trois ans à venir, le gouvernement chinois prendra huit nouvelles mesures suivantes pour promouvoir la coopération sino-africaine :

  1. La Chine propose d’établir un partenariat sino-africain de lutte contre le changement climatique, d’organiser des consultations irrégulières de hauts fonctionnaires entre les deux parties, et de renforcer la coopération sino-africaine dans les domaines de la surveillance météorologique par satellite, de l’exploitation et de l’utilisation des nouvelles énergies, de la prévention et du traitement de la désertification, de la protection de l’environnement urbain et autres. Elle décide de réaliser pour l’Afrique 100 projets d’énergie propre (énergie solaire, biogaz et petites centrales hydroélectriques).
  2. Renforcer la coopération technico-scientifique. La Chine propose de lancer un projet de partenariat technico-scientifique sino-africain. Elle mettra en œuvre 100 projets pilotes sino-africains de recherches conjointes, recevra 100 chercheurs africains post-doctorat en Chine pour exercer des activités de recherches et les aidera à retourner servir dans leurs pays.
  3. Accroître la capacité d’investissement des pays africains. La Chine accordera à ces derniers 10 milliards de dollars US de crédits préférentiels. Elle soutient la mise en place par ses institutions financières d’un crédit spécial d’un milliard de dollars US pour aider au développement des PME africaines et décide d’annuler les dettes gouvernementales encourues au titre de prêts sans intérêts échus et non remboursés à la fin 2009 de tous les PPTE et PMA africains qui ont des relations diplomatiques avec la Chine.
  4. La Chine ouvrira davantage son marché aux produits africains et accordera de manière progressive le traitement de tarif douanier nul à 95% des produits en provenance des PMA africains qui ont des relations diplomatiques avec elle, et dans un premier temps, à 60% de ces produits avant la fin 2010.
  5. Renforcer la coopération agricole. La Chine portera à 20 le nombre des centres pilotes agricoles aménagés en Afrique, enverra 50 missions techniques agricoles en Afrique et formera pour les pays africains 2 000 techniciens agricoles afin d’accroître la capacité de l’Afrique à réaliser la sécurité alimentaire.
  6. Approfondir la coopération sanitaire et médicale. La Chine fournira des équipements médicaux et des matériels anti-paludisme pour une valeur de 500 millions de yuans RMB aux 30 hôpitaux et aux 30 centres anti-paludisme qu’elle a construits en Afrique, et formera 3 000 médecins et infirmières pour l’Afrique.
  7. Renforcer la coopération dans les domaines de la mise en valeur des ressources humaines et de l’éducation. La Chine construira 50 écoles d’amitié sino-africaine pour les pays africains, formera 1 500 directeurs d’écoles et enseignants africains, portera à 5 500 d’ici 2012 le nombre des bourses du gouvernement chinois accordées à l’Afrique et formera 20 000 personnes spécialisées, toutes catégories confondues, pour l’Afrique dans les trois ans à venir.
  8. Élargir les échanges culturels et intellectuels. La Chine propose le lancement d’un projet d’études conjointes et d’échanges sino-africains. Elle est favorable à la promotion des échanges et de la coopération entre les intellectuels et les groupes de réflexion des deux parties et des échanges d’expériences en matière de développement afin d’accorder des soutiens intellectuels à la mise en place par les deux parties de meilleures politiques de coopération.

Il y a 53 ans, l’Égypte a été le premier pays africain à établir des relations diplomatiques avec la Chine nouvelle. L’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l’Egypte a inauguré une nouvelle ère dans les annales des relations sino-africaines. Aujourd’hui, la 4e Conférence ministérielle du FCSA qui se tient en Egypte marquera un nouveau point de départ pour le développement des relations sino-africaines.

Un proverbe africain dit : « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », tandis que selon un proverbe chinois, « c’est dans un long voyage qu’on voit la force d’un cheval et c’est avec le temps qu’on connaît le cœur d’un homme ».

Je suis persuadé que nous serons tout à fait capables de saisir les opportunités qui s’offrent à nous et de surmonter les défis, que le nouveau partenariat stratégique sino-africain accédera certainement à un nouveau palier et que l’amitié et la coopération sino-africaines donneront sans cesse des fruits plus abondants, pourvu que la Chine et l’Afrique conjuguent leurs efforts dans un esprit novateur et suivant le principe de l’égalité et des avantages réciproques.

Pour terminer, je souhaite un plein succès à notre Conférence !