Dans un rapport publié, ce 23 mai, l’organisation non gouvernementale dénonce la « campagne du gouvernement chinois visant à réprimer la dissidence pacifique dans diverses zones du Tibet ». Cette campagne aurait « mené à un taux élevé d’incarcération, de poursuites judiciaires et de condamnations depuis le début des troubles généralisés il y a huit ans ».

Le rapport de 86 pages, intitulé « Detention and Prosecution of Tibetans under China’s “Stability Maintenance” Campaign » (Sans relâche : Détentions et poursuite judiciaires contre les Tibétains dans le cadre de la campagne chinoise Maintien de la stabilité : Télécharger en anglais), précise que « les autorités ont arrêté des individus pour s’être livrés à des formes d’expression et d’association tolérées par le passé et protégées par les législations chinoise et internationale ».

Assurant que « nombre de ces incidents se sont produits dans les zones rurales et contre des segments de la population épargnés jusqu’à présent », ont révélé les auteurs. Sophie Richardson, directrice de recherches sur la Chine à Human Rights Watch, a expliqué lors d’un point presse que « les régions tibétaines figurent en première ligne de la répression menée dans le pays par le gouvernement chinois contre la dissidence pacifique ».

logo hrwCette dernière a ajouté que « les autorités traitent tous les Tibétains comme des dissidents potentiels et tentent d’étendre la surveillance à l’ensemble de la communauté tibétaine ». D’ailleurs depuis les troubles au Tibet en 2088 puis les années suivantes, le pouvoir central a lancé plusieurs campagnes de sinisation, de développement économique et d’éducation.

D’ailleurs, le document d’Human Rights Watch révèle l’évolution des formes prises par la contestation, des détentions politiques, des poursuites judiciaires ainsi que la corrélation entre les condamnations prononcées entre 2013 et 2015 et la dernière phase de mise en œuvre par le gouvernement de la campagne « Maintien de la stabilité ».

Cette campagne a été lancé 2012, afin d’accroître la surveillance et un contrôle permanent dans les localités tibétaines. Dans un article de The Guardian, traduit par Courrier Internationale, un moine tibétain de la province du Qinghai expliquait que la situation s’était aggravée : « maintenant, c’est difficile pour les ­Tibétains. Les contrôles sont très stricts. Il y a beaucoup plus de police ».

Pour réaliser son enquête, Human Rights Watch s’est appuyé sur « un ensemble de données relatives à 479 cas tirés d’articles de médias étrangers, d’informations obtenues du gouvernement chinois et de témoignages d’exilés » pour identifier l’évolution des modalités d’incarcération et de jugement. L’ensemble des données à mit en évidence la montée de la répression policières dans la région et surtout les traitements infligés en détention, demeurant « une préoccupation sérieuse ».

Moines tibétains arrêtés et exhibés avec une pancarte au cou en avril 2008. Wikimedia

Moines tibétains arrêtés et exhibés avec une pancarte au cou en avril 2008. Wikimedia

Ainsi 14 des détenus identifiés dans les données de l’ONG, seraient décédés en garde à vue ou peu de temps après leur libération.

Le rapport identifie 9 localités où, manifestement en réponse à cette campagne, « des cycles récurrents de contestation et de répression ont éclaté, les détentions à caractère politique se sont multipliées et des peines plus longues ont été prononcées pour des infractions relativement mineures par rapport à d’autres régions ».

D’après HRW, de nombreux Tibétains détenus et poursuivis depuis 2012 « étaient des leaders communautaires, des militants écologistes, et des villageois impliqués dans la vie sociale et culturelle ». « Si l’objectif de la campagne Maintien de la stabilité était d’anéantir la dissidence parmi les Tibétains, elle a échoué », a déclaré Sophie Richardson.

Pour cette dernière, « la seule véritable base de la stabilité pour le gouvernement chinois est de respecter les droits, de se mettre à l’écoute des griefs exprimés localement et d’y répondre, et de faire reculer les abus commis par les forces de sécurité à travers le plateau ».