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SOCIETE,Xinjiang

Ilham Tohti, un défenseur en pleine lumière

Économiste et universitaire ouïghour, Ilham Tohti, condamné à la réclusion à perpétuité par Beijing, a été honoré par le Prix Martin Ennals 2016 décerné aux défenseurs des droits de l’Homme.

Créé en 1993 pour honorer ceux qui font preuve d’un profond engagement dans la défense des droits fondamentaux, ce prix porte le nom de Martin Ennals, un Britannique mort en 1991, alors ancien secrétaire général d’Amnesty International de 1968 à 1980.

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L’intellectuel Ilham Tohti

Ilham Tohti a été condamné en septembre 2014 à la prison à vie pour des commentaires faits devant ses étudiants sur la région du Xinjiang. Âgé de 47 ans, il a été accusé de séparatisme par un tribunal d’Urumqi. Son procès a suscité une levée de boucliers à l’étranger, d’autant qu’il y avait affirmé avoir simplement professé ses opinions dans les cours donnés à l’Université centrale des nationalités de Beijing.

Dans un communiqué, Human Right Watvh retrace son parcours, dans lequel il explique qu’en 1994, « il commence à écrire sur les problèmes et les abus dans le Xinjiang, ce qui a eu pour conséquence d’être placé sous surveillance de l’Etat ».

Par la suite, entre 1999 et 2003, « il a été interdit d’enseignement. Depuis, les autorités ont également rendu impossible toute publication de sa part dans les lieux habituels. En réponse, il se tourna vers Internet afin d’accroître la sensibilisation du public aux différents enjeux économiques, sociaux et aux développements auxquels sont confrontés les Ouïghours ».

Grâce à internet, il crée Uyghurbiz.net, en 2006, « un site en langue chinoise favorisant le dialogue et la compréhension entre les Ouïghours et les Hans chinois. Au cours de son existence, le site fut fermé à plusieurs reprises et ses différents auteurs harcelés ».

En 2009, il va être détenu pendant plusieurs semaines, pour avoir publié des informations à propos d’Ouïghours disparus pendant et après des manifestations de 2008. Par la suite, il a été régulièrement assigné à résidence, et en 2013, il a prit un poste en tant que chercheur invité à l’Université d’Indiana aux Etats-Unis. Interpellé à l’aéroport, il a été empêché de quitter la Chine, selon la Fondation Martin Ennals.

Pour Dick Oosting, président de la Fondation Martin Ennals, a déclaré à la presse, le 11 octobre, que « la vraie honte dans cette situation est que, en éliminant la voix modérée d’Ilham Tohti, le gouvernement chinois jette en fait les bases de l’extrémisme même qu’il dit vouloir empêcher ».

Ilham Tohti a dénoncé à plusieurs reprises le gouvernement de la répression contre les Ouïghours, musulmans turcophones constituant la plus importante ethnie du Xinjiang. Toutefois, ce dernier n’a jamais demandé l’indépendance de cette région, d’ailleurs « il a rejeté le séparatisme et la violence, et a cherché une réconciliation fondée sur le respect de la culture ouïghoure, qui a été soumise à la répression religieuse, culturelle et politique dans la Région autonome ouïghoure du Xinjiang« , a indiqué l’ONG, Human Rights Watch, dans un communiqué de presse. Mais sa condamnation a été confirmée en appel, en novembre 2014.

Alors « cette récompense est un encouragement, non seulement pour lui personnellement mais aussi pour sa famille et tous les Ouïghours« , a réagi Dilxat Raxit, porte-parole du Congrès mondial ouïghour, groupe d’exilés basé à Munich (Allemagne). Il s’agit selon elle d’un « avertissement au gouvernement chinois, lui rappelant que la répression de défenseurs des valeurs universelles est totalement erronée et constitue une source de haine et de conflits« .

De son côté, Beijing a exprimé son vif mécontentement. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, a indiqué que les activités criminelles d’Ilham Tohti étaient appuyées par de solides preuves. « Lorsqu’il était professeur, il a qualifié ouvertement des terroristes et des extrémistes de ‘héros’, et a séduit et forcé des personnes à se rendre à l’étranger pour rejoindre les activités séparatistes du Turkestan oriental« , a indiqué cette dernière.

Pour le gouvernement, « Ilham Tohti a planifié et organisé une série d’activités séparatistes criminelles », ajoutant que « le procès d’Ilham Tohti avait été organisé strictement en accord avec le droit chinois, tout en ajoutant que l’on ne pouvait pas interférer dans les affaires internes chinoises et la souveraineté judiciaire du pays« .

Beijing a dénoncé la présence du haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al-Hussein, présent lors de la cérémonie de remise de prix. Geng Shuang a considéré que la présence de ce haut fonctionnaire des Nations Unies  « allait à l’encontre des principes et des objectifs de la Charte de l’ONU » et « interférait dans les affaires internes de la Chine ».

« Certaines forces internationales ignorent les crimes commis par les séparatistes ou les terroristes contre le peuple chinois et mettent délibérément l’étiquette des droits de l’homme sur cette affaire. C’est salir et altérer les droits de l’homme et l’Etat de droit », a conclu Geng Shuang.

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