Le Parlement européen a décerné ce 24 octobre son prix Sakharov des droits de l’Homme à l’intellectuel ouïghour, Ilham Tohti, condamné à la prison à vie en Chine pour «séparatisme».

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Cette décision pourrait susciter la colère de Beijing. D’autant que le Parlement européen a réclamé sa libération immédiate. La cérémonie de remise du prix doit se tenir au Parlement européen le 18 décembre.

Ancien professeur d’économie dans une université de Beijing, Ilham Tohti a été condamné en 2014 par la justice à la prison à vie pour «séparatisme», lors d’un procès qui avait suscité de vive réaction de la part de gouvernements étrangers et d’organisations de défense des droits humains.

«Le Parlement européen lui exprime tout son soutien pour son travail et demande à ce qu’il soit immédiatement libéré par les autorité chinoises», a déclaré le président du Parlement européen, David Sassoli. Cet universitaire «s’est beaucoup engagé pour améliorer la compréhension entre les ouïghours et les hans en Chine», a ajouté ce dernier.

Dans un communiqué diffusé par le Parlement, David Sassoli a indiqué que «bien qu’il soit une voix modérée et de réconciliation, il a été condamné à la prison à vie à la suite d’un procès-spectacle». Ce dernier a appelé au «respect des droits des minorités en Chine».

Ilham Tohti appartient à l’ethnie ouïghoure, majoritairement musulmane du Xinjiang, qui est soumise à un contrôle policier drastique. Au milieu des années 2000, il avait créé le site internet Uighur Online, qui publiait des articles en chinois et en ouïghour sur des questions de société sensibles.

Il a pris position sur le bilinguisme et la politique économique au Xinjiang, critiqué des dirigeants politiques, et dénoncé les difficultés des Ouïghours pour trouver du travail. Tout ces sujets lui ont valu une étroite surveillance policière.

La justice lui a reproché d’avoir, durant ses cours, fait l’apologie des militants ouïghours ayant commis des attentats. D’après la justice, il aurait encouragé ses étudiants à participer aux activités du Mouvement islamique du Turkestan oriental (Etim), qui milite pour l’indépendance du Xinjiang. Cette organisation est largement considérée à l’étranger comme une organisation terroriste.

Début octobre, la Chine avait fermement dénoncé sa nomination pour le prix Sakharov, accusant le Parlement européen de «soutenir le terrorisme». LIEN

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«Nous exigeons que (le Parlement européen) établisse une distinction claire entre le bien et le mal, retire sa nomination et cesse de soutenir le séparatisme et le terrorisme», avait fustigé le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Geng Shuang.

Fin septembre, Ilham Tohti avait déjà obtenu le prix Václav-Havel décerné par le Conseil de l’Europe, une institution distincte de l’Union européenne, chargée de promouvoir la démocratie et les droits humains.

«En brandissant le prétexte des droits de l’Homme et de la liberté, (le Conseil de l’Europe) blanchit un séparatiste qui soutient la violence et le terrorisme», avait alors dénoncé le ministère des affaires étrangères.