La Chine a décidé de choisir cette période de l’année pour instaurer de nouvelles lois de sécurité nationale de Hong Kong. Un choix méthodique et réfléchit de la part du président Xi Jinping, d’après le journaliste et rédacteur en chef de The Print, Shekhar Gupta.

La mobilisation hongkongaise a démarré en juin 2019 (jusqu’en décembre) suite à la proposition de loi d’extradition de criminel vivant à Hong Kong pour la Chine. Ce projet de loi a suscité une vive contestation de la part de la population, qui s’est massivement réunie dans les rues de la Région administrative spéciale.

Carrie Lam, cheffe de l’exécutif, a alors retiré le projet de loi mais le mouvement s’était déjà élargi à des revendications plus spécifiques, comme le suffrage universel, une enquête indépendante sur les violences policières, et entre autre, la libération des manifestants arrêtés par la police.

Alors que le projet de loi a été retiré, Beijing a maintenu son soutien envers Carrie Lam, lui assurant qu’elle avait pris les bonnes décisions. Cette année, la décision controversée de Xi Jinping autorisant Beijing à rédiger les lois sur la sécurité nationale de Hong Kong, montre selon le journaliste indien qu’il ne faisait que gagner du temps et attendait la bonne opportunité.

En effet, l’Assemblée populaire nationale a donc adopté le projet de loi sur la sécurité nationale à Hong Kong. A l’annonce de la lecture de ce projet lors des deux sessions de l’APN et de la CCPPC, des milliers d’hongkongais sont descendus dans les rues pour protester.

L’attente de Xi Jinping semble avoir été mûrement réfléchie, en raison de plusieurs facteurs. D’une part, les Etats-Unis sont à une centaine de jour des élections nationales, et son mode électoral limite la capacité du président et de son administration à faire quelque chose de vraiment décisif face à la Chine.

D’autre part, la puissance américaine est à son plus bas niveau depuis l’intronisation de Donald Trump, qui a menacé de saper le pouvoir de tous les autres pays. Or dans un sens, il a fini par saper le pouvoir américain et celui de ses alliés, notamment canadien et britannique.

D’ailleurs en 1997, Hong Kong était le moteur économique et financier de la Chine. Mais 23 ans plus tard, la Chine est désormais le moteur de l’économie mondiale. A partir de là, cette équation a complètement la donne dans la stratégie de Beijing vis-à-vis de Hong Kong, a expliqué Shekhar Gupta.

Ainsi, le PIB de Hong Kong est actuellement d’environ 362,7 milliards de dollars (327 mds€), en 2018, selon la Banque mondiale. Bien que ce ne soit pas un petit nombre, il fait pâle figure par rapport au PIB chinois qui est de 13,61 billions de dollars (12 billions €), en 2018 selon la même source.

Dans un tel contexte, les dirigeants chinois estiment qu’ils peuvent prendre quelques risques avec Hong Kong tant d’un point de vue financier que diplomatique. D’ailleurs, outre cette composante économique, Hong Kong est aussi devenu l’enjeu d’une nouvelle guerre froide entre la Chine et les Etats-Unis.

Le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Australie et le Canada ont récemment publié une déclaration conjointe à la suite de l’adoption de la législation, critiquant cette décision avec des mots très forts. Selon eux, la législation « restreindrait les libertés du peuple de Hong Kong et, ce faisant, éroderait considérablement l’autonomie de Hong Kong et le système qui la rendait si prospère », indique le communiqué.

D’ailleurs, le secrétaire d’État Mike Pompeo avait affirmé que Hong Kong ne jouissait plus d’un degré élevé d’autonomie par rapport à la Chine. Une déclaration qui a entraîné la perte du statut commercial spéciale de l’ex-colonnie britannique, remettant en cause ainsi sa position en tant que centre financier international.

En dépit de toutes les critiques, le pouvoir central chinois n’a pas changé de stratégie. En effet, « dans l’esprit de Xi Jinping, la Chine est bien plus grande que ce qu’elle était », a assuré Shekhar Gupta.

L’État chinois a non seulement résisté, mais il a également menacé de «contre-mesures» contre le Royaume-Uni et les États-Unis pour son «ingérence» dans les affaires intérieures de la Chine via la législation de Hong Kong. D’ailleurs, le ministre des affaires étrangères, Wang Yi, a averti que « certaines forces politiques aux Etats-Unis kidnappaient les relations sino-américaines et cherchaient à les entraîner dans une prétendue nouvelle guerre froide ».

Une guerre froide avérée pour de nombreux chercheurs. Ainsi, Pascal Boniface, fondateur de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) a expliqué qu’«il y a une opposition très forte entre les deux grandes puissances du moment, qui sont désormais Pékin et Washington. C’est également une guerre froide dans la mesure où il n’y a pas d’affrontement militaire. La guerre froide, c’était l’escalade verbale sans affrontement militaire et donc là, on est bien dans cette configuration».