L’administration du président Donald Trump a décidé de révoquer le statut commercial préférentiel de Hong Kong, même s’il est peu probable que cela suffise à convaincre Pékin de renoncer à sa nouvelle loi sécuritaire pour l’ex-colonie britannique.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a pris cette décision quelques heures avant l’adoption par l’Assemblée populaire nationale d’une loi controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong, en réaction aux manifestations de 2019.

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Or selon une loi adoptée l’an dernier par le Congrès des Etats-Unis, le secrétaire d’État américain était tenu de « certifier » si le territoire jouissait toujours de son autonomie pour qu’il puisse conserver son statut spécial.

« Aucune personne sensée ne peut soutenir aujourd’hui que Hong Kong conserve un haut degré d’autonomie par rapport à la Chine, au vu des faits sur le terrain », a déclaré Mike Pompeo.

Cette décision intervient alors que les tensions sont au plus haut entre les deux premières économies mondiales, et que Donald Trump fait de la Chine le responsable de la pandémie de Covid-19 qui a fait plus de 100.000 morts aux Etats-Unis.

Quelles mesures pourraient prendre Donald Trump

Le président américain décidera d’ici quelques jours les mesures à prendre contre Hong Kong. Donald Trump pourrait abolir tous les privilèges commerciaux accordés au grand centre financier asiatique.

De plus, le pays pourrait aussi traiter Hong Kong, dont les échanges avec les Etats-Unis ont approché les 67 milliards de dollars (60,3 mds€) en 2018, comme n’importe quelle autre ville chinoise.

Ce dernier pourrait aussi prendre des mesures plus limitées, comme restreindre les visas accordés aux responsables gouvernementaux de Hong Kong. D’après le secrétaire d’État adjoint pour l’Asie, David Stilwell, les mesures seraient « aussi ciblées que possible pour obtenir un changement d’attitude », reconnaissant que les Etats-Unis ne voulaient pas apparaître comme punissant la population de Hong Kong.

Quelles conséquences pour Hong Kong ?

Jahangir Aziz, expert des marchés émergents à JP Morgan Global Research, a expliqué à l’Agence France Presse que cette révocation du statut spécial pourrait n’avoir aucune conséquence dans les faits.

Mais si Donald Trump choisit la manière forte, « les dommages pourraient être importants », a précisé ce dernier. Selon lui, « on pourra se poser la question de la légalité des contrats conclus selon la loi de Hong Kong, voire se demander si le dollar de Hong Kong est une devise légalement reconnue ».

De son côté, Nicholas Lardy, du Peterson Institute for International Economics, a expliqué qu’Hong Kong n’est plus un centre majeur d’exportations manufacturières, la grande majorité des produits exportés vers les Etats-Unis proviennent du reste de la Chine ou d’autres pays asiatiques.

Pour l’administration américaine, il s’agit juste de « faire payer la Chine », ajoute-t-il. « Mais le prix que nous ferions payer à la Chine à cause de cela est très, très faible ». « Si nous faisons payer quelqu’un, ce sera la population de Hong Kong et les sociétés étrangères, notamment les sociétés américaines » qui y sont implantées, conclut-il. Pour David Stilwell, du département d’État, a expliqué que la décision de Mike Pompeo était destinée à faire pression sur Beijing. Mais « nous avons peu d’espoir que Pékin change d’avis », a-t-il reconnu.