Donald Trump est le premier président a avoir mené une guerre contre la Chine, commercial d’abord puis technologique, la confrontation entre la Chine et les Etats-Unis est de plus en plus tendue, allant jusqu’à la guerre froide.

Malgré un premier mandat calamiteux pour la Chine, Beijing pourrait apprécier une réélection du président américain, Donald Trump, misant sur un déclin économique et diplomatique de son grand rival stratégique.

Officiellement, la Chine n’a pas de préférence entre Donald Trump et Joe Biden. Mais certains commentateurs estiment que le président sortant affaiblit son pays et l’Occident, accélérant à l’inverse la montée espérée de la Chine au rang de première puissance mondiale.

« Vous renforcez l’unité de la Chine ».

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Les Chinois « espèrent que vous serez réélu car vous rendez l’Amérique excentrique et donc haïe dans le monde entier », a écrit en mai 2020 sur Twitter le rédacteur en chef du quotidien nationaliste Global Times, Hu Xijin, en s’adressant au président américain. « Vous renforcez l’unité de la Chine ».

Les relations entre la Chine et les Etats-Unis sont tombées sous Donald Trump au plus bas depuis l’établissement des relations diplomatiques en 1979. Dans une ambiance de guerre froide, Washington a fermé fin juillet un consulat de Chine sur son sol, tandis que la Chine lui a rendu la pareille quelques jours plus tard.

Qin Gang, vice-ministre des Affaires étrangères, a expliqué que « nous nous moquons de savoir qui est à la Maison Blanche. Ce que nous voulons, c’est une relation calme et meilleure avec les Etats-Unis ».

Ce dernier a rappelé que « les relations sino-américaines étaient problématiques aussi avec les démocrates sur beaucoup de sujets ». D’ailleurs, Donald Trump a fait de la Chine l’une des cibles de sa campagne et suscité la colère de ses dirigeants en parlant de « virus chinois » à propos du nouveau coronavirus.

Donald Trump isole les Etats-Unis et ouvre les portes de la Chine

Diplomatiquement, Donald Trump est « incontrôlable et insaisissable » pour la Chine, a indiqué le sinologue Philippe Le Corre, de la Harvard Kennedy School aux Etats-Unis, à l’Agence France Presse.

Mais « l’intérêt d’une réélection de Trump est dans la poursuite quasi-automatique de sa politique ‘America First’ (« l’Amérique d’abord »), qui coupe en partie Washington de ses alliés traditionnels », a expliqué ce dernier.

Selon lui, « il est évidemment cohérent d’imaginer que les élites chinoises se réjouissent de l’affaiblissement des Etats-Unis, qui sont le grand rival. » Pour le sinologue, ces dernières se frottent les mains face aux divisions occidentales.

« L’un des objectifs stratégiques de Pékin est d’affaiblir l’Alliance atlantique, qui est partie à la dérive sous l’administration Trump », a indiqué Theresa Fallon, qui dirige à Bruxelles le Centre d’études Russie-Europe-Asie (Creas).

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Donald « Trump isole les Etats-Unis du reste du monde, ce qui est une opportunité pour la Chine. Par ailleurs, c’est un homme d’affaires pragmatique, il n’a pas vraiment de positionnement idéologique et ne se soucie par vraiment de la question des droits de l’homme », a indiqué Wang Yiwei, directeur de l’Institut des affaires internationales à l’université chinoise Renmin.

Xi Jinping, la figure opposée de Donald Trump

Dès l’arrivée au pouvoir de Donald Trump en janvier 2017, Xi Jinping a vanté l’image d’un dirigeant responsable, plaidant à Davos pour le libre-échange et le multilibéralisme, recevant les salutations des milieux d’affaires craignant du protectionnisme du président américain.

Plus récemment, le président chinois a reçu les compliments de plusieurs pays occidentaux pour avoir annoncé que son pays, premier pollueur de la planète, commencerait à réduire ses émissions de CO2 avant 2030.

Une annonce qui contraste avec la dénonciation de l’accord de Paris par Washington. De plus, Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). De son côté, Xi Jinping a promis de faire d’un éventuel vaccin chinois contre le Covid-19 « un bien public mondial ».

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Cependant, « la relation pourrait s’améliorer si la pandémie est rapidement maîtrisée aux Etats-Unis et que la Chine achète davantage de produits » américains, comme elle s’y est engagée en début d’année, a prédit le politologue Zhu Zhiqun, de l’Université Bucknell aux Etats-Unis.

La Chine et les Etats-Unis pourraient redevenir amis

Rencontre en avril 2017 entre les présidents Xi Jinping et Donald Trump

Il n’est ainsi pas « inconcevable que Trump et Xi raniment leur amitié ». D’autant que la Chine sait qu’elle n’a pas grand chose à attendre de Joe Biden, si il entre à la Maison Blanche. Joe « Biden héritera des droits de douane et je doute qu’il les lève unilatéralement », a indiqué Bonnie Glaser, du Centre pour les études stratégiques et internationales à Washington.

La Chine « devra probablement céder à d’autres exigences américaines s’il veut la levée de ces surtaxes » imposées par Donald Trump sur des produits chinois importés, a souligné cette dernière.

D’ailleurs dans le conflit technologique, « quel que soit le vainqueur, les Etats-Unis ne reviendront pas sur leur décision d’exclure les équipements Huawei de leurs réseaux » d’internet mobile, a expliqué Bonnie Glaser à l’Agence France Presse.

En outre, les démocrates sont habituellement plus fermes que les républicains en matière de droits de l’Homme. L’ancien vice-président pourrait maintenir la pression face à la situation à Hong Kong, s’il remporte les élections américaines.

Joe « Biden serait une mauvaise nouvelle pour Pékin parce qu’il favoriserait très rapidement une coalition de pays qui sont sur la même longueur d’onde face à la Chine », a prédit Philippe Le Corre.

« Il y a un consensus stratégique entre les Républicains et les Démocrates sur le fait que la Chine est un rival qu’il convient de contenir », a expliqué en juin 2020, Xin Qiang, directeur adjoint du Centre d’études américain à l’université de Fudan, à Shanghai.