Avec notre stagiaire Qi Gao – La Chine est tombée sous le charme du Voguing  lors d’un évènement culturel consacré au LGBTQ, à Beijing, le 27 mars dernier.

L’objectif est d’ouvrir les personnes lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et queers (LGBTQ) à l’opinion publique chinoise. Alors que les législateurs ont récemment décidé d’inclure des cours de virilité à l’école pour éviter la féminisation des jeunes garçons, le voguing contredit le courant traditionaliste chinois.

Des gestes nets, poses fabuleuses, perruques et talons hauts, des centaines de jeunes chinois LGBTQ ont réalisé un spectacle de voguing, qui est une danse sur scène inspirée des défilés de mode, revus et corrigés par des drag queens.

Né dans les années 1970 à New York dans le milieu LGBT,  le Voguing est une danse symboliquement forte, ayant désormais sa place dans  la communauté LGBTQ en Chine.

Face à la pression familiale, sociale et politique, la communauté LGBTQ est encore un sujet interdit dans la société chinoise, même si la Chine a retiré l’homosexualité du classement des maladies mentales en 2001.

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Grâce au plus grand bal de voguing jamais organisé à Beijing, la population de la capitale ont pu apprécié une ambiance chaleureuse conduite par des danseur(es)s démabulant sur la piste au rythme de la musique house. Les vogueurs outrageusement maquillés, se rivalisent sur le dancefloor.

Ce moment d’affrontement était le plus attendu. L’effet était immédiat. Avec leurs poses lascives et leurs vastes mouvements des bras, le public s’emparait en hurlant leur enthousiasme, pendant que les juges choisissent les meilleurs danseurs.

Le voguing appartient à la culture des bals dans laquelle les compétitions entre des groupes différents incluent de la danse, ou des catégories dragqueen imitant d’autres genres et classes sociales.

« C’est la récré des marginalisés » a considéré Li Yifan, sous le surnom de « Bazi », l’organisateur de ce bal, qui est aussi coach de voguing. Cette danse « à la forte vitalité » reflète « l’esprit de résistance des minorités sexuelles », a expliqué ce dernier à l’Agence France Presse.

Une culture importée

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Le voguing prend racine dans la culture des bals américains de travestis, à Harlem dans les années 20’s, et connaît une histoire plutôt continue jusque dans les années 1960. Trente ans plus tard, Madonna redonne ses lettres de noblesse avec son tube Vogue.

Bien que la scène se soit étendue à l’étranger et ait pénétré des poches d’Asie, la culture du voguing et de house ball (groupe de danse du voguing) n’a gagné que lentement en popularité en Chine, au cours de ces cinq années.

Après un passage par le Japon et la Corée du Sud, le phénomène est arrivé plus récemment dans le monde chinois via Taïwan, Hong Kong puis Shanghai.

Dans le contexte en Chine, le voguing est encore « une sous-culture à l’intérieur d’une sous-culture » mais qui « s’apprête à devenir dominante, a affirmé Bazi, pagé de 27 ans, à l’AFP.

Ces dernières années, le voguing s’est épanoui en Chine, car « les amateurs sont très jeunes mais aussi très enthousiastes et passionnés. Comme des boutures qui prennent racine un peu partout », a expliqué Huahua, qui se définit comme «queer non-binaire» (personne qui ne se ressent ni homme ni femme).

Ce dernier a participé au bal, qui s’est terminé par un concours, muni de ses longues nattes et une cape noire. Huahua s’est mis au voguing en 2016, devenant immédiatement fan de cette danse stylée qui évoquent les vieux films d’Hollywood et les défilés de haute couture.

Connaître l’histoire du voguing pour véhiculer ses idées

Le voguing est une dance complexe, traduisant une culture codifiée. Les vogueurs s’organisent en groupes rivaux. Chacun d’eux est composé d’une hiérarchie sociale stricte: une mère au rôle essentiel et un père qui s’occupe des enfants, dont le titre dépend des compétitions gagnées et de leur ancienneté. Chaque groupe se prépare à affronter les autres lors des bals.

Dans le même temps, les bals de voguing sont un espace de liberté et d’expression pour une partie des jeunes LGBTQ qui est fortement stigmatisée. D’ailleurs, le travestissement est subversif en Chine, car il remet en cause les cades traditionnels confucéens.

Or désormais, les jeunes peuvent être qui ils veulent, rejouant pendant leurs performances de nombreux stéréotypes de genre.  Pour Bazi, leur but est « d’offrir un espace sécurisé pour que les minorités s’expriment ».

Pour Huahua, le voguing est comme « une libération, une façon de ressentir le bonheur pour la première fois de ma vie », surtout après une adolescence rendue pénible par sa différence sexuelle. La danse fait désormais partie de sa vie.

Le voguing a également trouvé sa place auprès des jeunes femmes hétérosexuelles, qui voient dans le voguing un moyen de s’évader et sortir des clichés. D’autant que ces dernières, tout comme les LGBTQ, « sont opprimées par le patriarcat », a indiqué Bazi.

Mais, à mesure que le voguing devient une mode, certains craignent que le voguing se commercialise perdant le lien avec ses sulfureuses racines. D’autant que le voguing est « né dans la souffrance de toute une génération confrontée au racisme, à l’intolérance et à la dépression » a rappelé Huahua à l’AFP.

Le « voguing a une histoire tragique », car les pionniers de cette danse sont morts du sida. « Si on veut le populariser, il faut que les gens comprennent l’histoire qui se trouve derrière tout ça », a indiqué ce dernier.