Entrée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le 11 décembre 2001, la République populaire de Chine s’est engagée à libéraliser ses médias, notamment ses publications gouvernementales.

D’autant plus que celles-ci reposent principalement sur les abonnements et la publicité venant des entreprises d’État, la plupart du temps. Cette soudaine libéralisation des médias a entraîné une autonomie financière très attendue pour certains et crainte par d’autre.

Répondre désormais aux besoins des lecteurs

Quotidien du peupleL’édition chinoise de Le Quotidien du peuple n’est quasiment plus disponible en kiosque car le journal est distribué dans toutes les administrations et rédactions de Chine, et notamment chez les particuliers, à travers les abonnements.

La libéralisation du marché des médias a obligé les dirigeants à modifier en profondeur le mécanisme de fonctionnement des médias. Les patrons ont du faire face à un marché concurrentiel auquel ils n’étaient pas préparés, mais surtout aux exigences des consommateurs et du gouvernement.

Dans le passé, l’intérêt des lecteurs passaient au second plan, en raison d’un financement assuré et d’une ligne directrice dictée par les autorités. Mais, en intégrant l’OMC, les autorités chinoises se sont désengagées financièrement d’un secteur jugé coûteux et peu productif.

Malgré tout, Beijing conserve son influence politique et idéologique sur l’ensemble des articles diffusés. A travers d’une part, une propagande ficelée et  d’autre part, une censure perfectionnée.

L’État garde la main sur les publications

L’intérêt pour le pouvoir central est de véhiculer une image positive du gouvernement et de ses dirigeants. Prenons l’exemple, du séisme de 2008 au Sichuan.

Premier ministre Wen Jiabao au Beichuan County au Sichuan après le violent séisme de 2008

Premier ministre Wen Jiabao au Beichuan County au Sichuan après le violent séisme de 2008

Après être intervenu rapidement sur les lieux pour secourir la population, le gouvernement est parvenu à montrer à ses concitoyens et au monde sa capacité à faire face à des catastrophes naturelles.

Mais les suites de cette catastrophe n’ont pu être diffusées dans les médias. En effet, certains quotidiens sont parvenus, grâce à internet, à révéler des histoires de corruption entre les constructeurs des écoles, qui se sont effondrées, et des cadres du parti au sein du pouvoir provincial.

De plus, plusieurs centaines de familles n’ont pas été indemnisés comme l’avait assuré les autorités. Les dénonciations de corruption et de malversation ont été tus par les médias sur ordre du pouvoir central.

Une réforme des médias qui divise

Lors de la réforme des médias lancée par l’Administration générale de la presse et de l’édition (AGPE) en 2001, les avis étaient partagés sur la direction que devaient prendre le secteur.

Yu Guoming, directeur de l’Institut de sondage d’opinion de l’Université du Peuple de Chine, explique à Li Zi que « la réforme va tuer ou du moins ébranler dans leurs fondations plusieurs publications. La moitié des journaux et périodiques pourraient être éliminés sans merci ».

Selon lui, il existe trois issues possibles : « introduire des capitaux étrangers et se lancer dans la compétition du marché, devenir une publication professionnelle ou attendre la mort« .

Pour un certain nombre d’acteurs du secteur, comme les journalistes, les rédacteurs en chef et les directeurs de publication, l’arrivée de la réforme est néfaste pour les médias, non seulement sur le plan financier, mais aussi politique.

Pour certains, libéraliser l’information, et donc les médias, se serait conduire à ce qu’une image négative de la Chine se propage au sein même du pays, et à l’extérieure.

Une ouverture interne et externe

Ce désengagement de l’état dans le financement des médias peut également s’expliquer par le grand nombre de publication que connaît le pays, et la faiblesse économique de certaines régions de Chine.

En dépit des contestations, tous s’accordent à dire qu’une réforme des médias est nécessaire. L’intérêt est d’ouvrir la Chine au monde et notamment d’informer des évolutions réalisées, d’évoluer avec le monde, mais surtout avec la société chinoise.

A l’inverse, Shi Zongyuan, directeur de l’Administration générale de la presse et de l’édition (AGPE) assure que « l’industrie (des médias) doit abandonner ses concepts décadents, apprendre et emprunter les modes de fonctionnement de l’industrie étrangères des  médias et intensifier son ouverture sur le monde extérieure ».

Tandis que Liu Binjie, directeur adjoint de l’AGPE, indique que le but de cette réforme est de couper fondamentalement le lien entre l’exploitation des médias et le pouvoir gouvernemental. Il s’agit de laisser les médias s’intégrer aux lois du marché, à l’instar des médias étrangers, afin que se développe des groupes de presse puissants.

Les médias, basés sur le modèle anglo-saxon

Vogue ChinaCe mode de fonctionnement prend exemple sur le système anglo-saxon, basé en grande partie sur le divertissement et la publicité. En effet, de nombreuses télévisions et magasines adoptent des techniques d’investigation, des faits divers, une peopolisation de l’information, dans une dynamique de profit, au-delà de l’idéologie du parti.

Bien que le modèle médiatique chinois prenne exemple sur celui de l’Occident, les libertés de la presse et d’expression, a proprement parlé selon la Déclaration Internationale des Droits de l’Homme, ne sont pas des enjeux majeurs dans l’élaboration de la réforme.

Pour Yu Guoling, « les médias les plus importants de l’état doivent être autorisés à procéder à une réforme approfondie. Si les médias actuels conservent leur mode et logique de développement, ils ne pourront pas se développer correctement ».

Ce dernier explique que le retard des médias du point de vue financier et administratif (mode de fonctionnement, ressource humaine) doit être dépassé pour pouvoir faire face à la concurrence internationale, qui peut désormais intégrer le marché chinois des médias. Beijing compte de nombreuses publications occidentales en chinois, comme Vogue, Cosmopolitan, Marie Claire …

Une ouverture imposée par la mondialisation

La réforme intervenue quelques temps après l’adhésion de la Chine à l’OMC, a ouvert les médias sur divers plans économiques, politiques, idéologique et journalistique. Les  presses écrite, audio et visuelle ont profité de la croissance économique à deux chiffres pour se développer, via la publicité, devenue le principal vecteur de financement.

Certains médias sont parvenus à faire entrer des entreprises chinoises privées dans leur capital ou ont créée des « divisions fonctionnelles ». Ces derniers ont développé des filiales spécifiques destinées à maximiser les bénéfices, l’un des cas probant de cette filiation est le Quotidien du Peuple.

Le quotidien édite plus de 23 publications, telles que « Remin Ribao – Édition d’outre-mer« , « Le Jiangnan Shibao »  (Nouvelles du Yangtse-Rive Sud, siégeant à Nanjing), « Le Shichang Bao » (Nouvelles du Marché, 2 fois par semaine), le « Xinwen Zhanxian » (Le Front de la Presse, une fois par mois) ou encore le « Global Times« .

Cette profusion de titres permet non seulement au gouvernement de diffuser des informations « contrôlées » et « vérifiées » dans divers formats et des cibles plus élargies, mais également avec une étiquette autre que celle du Quotidien du Peuple, mettant partiellement fin au statut de média officiel du quotidien et de propagandiste à titré.