De notre stagiaire Florian Roddier – L’épidémie de la COVID-19 a parfois eu pour conséquence de détourner le regard de nombreuses pathologies déjà présentes dans la vie quotidienne, comme le cancer, notamment en République populaire de Chine.

La recrudescence de cancer en Chine depuis plus d’une décennie, est indissociable de l’essor économique du pays, les maladies chroniques sont désormais en tête des risques sanitaires, devant les maladies infectieuses.

En 2014, un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) montrait que sur une population totale de 1,39 milliard d’individus, les différents types de cancer avaient fait 9 millions 846 000 morts, hommes et femmes confondus en Chine.

Ce bilan dramatique se voulait être la conséquence de la prolifération à travers le pays de cancer comme celui du poumon, du foie, du sein, ou encore celui de l’estomac. Le cancer du poumon (787 000 nouveaux cas et 631 000 décès en 2015) est le cancer le plus fréquent en Chine, les décès liés à cette maladie ayant presque quintuplé depuis les années 1970.

Le cancer du sein a atteint lui des proportions semblables chez les femmes. D’ailleurs, le taux de survie à cinq ans pour les patientes souffrant du cancer du sein en Chine a atteint 83,2%, en hausse de 7,3 points au cours de la dernière décennie, selon les données fournies lors de la réunion annuelle sur le cancer du sein organisée par la Société chinoise d’oncologie clinique (SCOC), en avril 2019.

Une analyse plus récente du nombre de cas de cancer décelés en Chine, en 2015, laisse entrevoir que plus de 10 000 individus par jour seraient diagnostiqués porteurs de cette maladie chronique.

Ce bilan alarmant est en grande partie le résultat d’habitudes de vie contemporaines, notamment en terme de tabagisme actif ou passif (46,9% des hommes contre 2,1% des femmes fumaient en 2011), de la consommation d’alcool pur par habitant chaque année (6,7 litres en moyenne en 2010), d’une activité physique insuffisante (23,8% de la population chinoise était concernée en 2010) ou d’habitudes alimentaires (7,3% de la population chinoise était en surpoids en 2014), comme le soulignait le rapport de l’OMS de 2014.

Le vieillissement de la population est aussi un facteur à prendre en compte dans l’analyse de cette situation. En 2019, la courbe ne s’est pas inversée, bien au contraire, avec un taux d’incidence annuel du cancer en Chine qui augmentait de 3,9% depuis plus de dix ans.

Pour contrecarrer cette tendance, l’accent devait être davantage mis sur la prévention. Déjà l’OMS en 2014 dépeignait les politiques de prévention et de dépistage précoce du cancer en Chine, notamment en matière de cancer du col de l’utérus, de cancer du sein ou de cancer colorectal.

Néanmoins, la phase de traitement et de soins palliatifs vis à vis de cette maladie n’était pas aussi développée à l’échelle nationale, la radiothérapie et la chimiothérapie n’étant généralement pas accessibles dans le système de santé public chinois, malgré la présence de 1 105 centres de radiothérapie sur le territoire. Sur ce point, la Chine essaye de fournir des efforts, notamment par l’ouverture en 2019 de 20 nouveaux centres de cancérologie.

De plus, en termes de traitement, les scientifiques chinois ont cherché à expérimenter la thérapie cellulaire, ainsi que de nouveaux médicaments. L’annonce faite en août 2019, par le Département des grands projets scientifiques et technologiques du Ministère des Sciences et des Technologies chinois le prouve, avec la mise sur le marché chinois, de 2017 à 2019, de six nouveaux médicaments pour le traitement des tumeurs malignes du cancer du poumon ou du sein par exemple.

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Au total, ce sont 44 médicaments de ce type qui ont été mis sur le marché depuis 2008. La collaboration internationale se fait par le biais d’échanges réguliers entre médecins chinois et médecins coréens ou américains, celle-ci s’est renforcé au cours des années.

De son côté, la Commission nationale de la santé et de la planification familiale chinoise a appelé les praticiens de la médecine traditionnelle chinoise à intensifier leurs efforts en matière de prévention et de lutte contre le cancer. L’objectif est de combiner Médecine Traditionnelle Chinoise et médecine occidentale afin d’assurer des soins de qualité.

Le gouvernement tient à consolider son système de prise en charge en amont et en aval de la maladie. Pour cela, plusieurs mesures ont été prises pour permettre aux chinois d’accéder aux services de soin.

Cela ce ressent dans les chiffres : le taux de survie relatif sur cinq années en matière de cancer en Chine était de 40,5%, en 2015, cela représente une augmentation d’environ 10% en dix ans, selon les données institutionnelles. En effet, ce taux de survie était bien en dessous des pays les plus avancés en matière de lutte contre le cancer, comme le Japon ou les États-Unis.

De plus, un rapport de l’équipe de recherche de l’Académie des sciences médicales chinoises et de la faculté de médecine de Pékin, publié en avril 2021, a souligné que cette lutte contre un ennemi invisible devrait encore se poursuivre sur les vingt prochaines années à venir.

Mais ces différentes politiques se heurtent à des facteurs environnementaux et industriels encore non résolus. Selon une analyse du géographe Lee Liu, publiée dans la revue Environnement en 2010, dont l’analyse sera confirmée par la suite par le gouvernement chinois, quelques 450 villages ont été le foyer d’une recrudescence de cas de cancer ces dernières décennies.

Tristement célèbres en raison de leur taux de mortalité extrêmement élevé lié aux cancers, ces villages ont subi de plein fouet le développement industriel exponentiel de la Chine, mais aussi la délocalisation massive d’industries dans l’arrière-pays. Cette industrialisation massive a entrainé la pollution de près de 60% des nappes phréatiques, de 30% des rivières et de 19% des terres arables, or un chinois sur sept continue de boire cette eau, ce qui peut être un facteur de l’apparition de nouvelles formes de cancer.

Ces villages ont aussi été l’image d’une fracture à l’échelle nationale entre espace urbain et espace rural, dans la première décennie du XXème siècle. Cette fracture tend aujourd’hui à se résorber grâce à de nombreuses politiques sanitaires, économiques et sociales.

Sur ce point, l’agence de presse Xinhua, soulignait en septembre 2019, que plus de 85 millions de femmes vivant en zone rurale avaient pu bénéficier de dépistages gratuits du cancer du col de l’utérus, et 20 millions de femmes, de dépistages du cancer du sein, à la fin 2018.

Plus encore, selon le livre blanc concernant le développement de la santé publique en Chine publié en 2017, entre 2009 et 2016, le gouvernement chinois a réalisé des dépistages gratuits du cancer du col de l’utérus sur plus de 60 millions de femmes vivant en zone rurale âgées de 35 à 64 ans.

La Commission nationale chinoise de la santé a elle aussi joué un rôle important en juin 2020, en préconisant une uniformisation des protocoles de diagnostics et de traitements à l’échelle nationale dans la lutte contre le cancer.

Cette annonce s’inscrivait dans la lignée d’un ambitieux plan d’action et de prévention du cancer, mis en place de 2015 à 2017 en Chine, au sein duquel la mobilisation de toutes les forces du pays devait être le maître mot à l’échelle nationale et provinciale.

La commission appelait par exemple le secteur éducatif à sensibiliser les enfants dès leur plus jeune âge aux risques de cette maladie, appelait l’industrie du tabac à lutter plus efficacement contre sa consommation excessive, appelait le secteur environnemental à lutter plus efficacement contre la pollution, ou appelait le secteur médiatique à sensibiliser la population aux bienfaits des activités sportives dans la lutte contre le cancer.

Finalement, en 2021, le chemin est encore long, mais le maillage du territoire chinois dans sa lutte contre le cancer se met petit à petit en place. Il faudra néanmoins redoubler d’efforts car, en février 2020, l’Organisation Mondiale de la Santé a prévenu que si ces efforts n’étaient pas poursuivis, les pays à revenu faible ou intermédiaire connaitraient une augmentation de 81% du nombre de nouveaux cas dans les vingt prochaines années.

Dans ce cadre, la lutte contre le cancer en Chine est devenue une affaire d’État, devant laquelle aucune autorité publique et aucun individu de la société civile ne pourra se dérober.