Par Alhassane Diop – Il faut bien plus que de l’audace pour installer au cœur de la West Nanjing road, avenue phare de la métropole shanghaïenne, une enseigne qui renferme tout un symbole.

Jilles Djon, Directeur des opérations à l’AfCham Shanghai

L’AfCham Shanghai traduit une ambition : celle d’une Afrique en mouvement, répondant au désir d’exotisme du peuple chinois en quête de nouveauté après avoir élargi sa classe moyenne jusqu’à près de 500 millions de consommateurs.

Il faut ensuite plus que du courage pour se constituer en passerelle entre deux continents éloignés par les caprices de la géologie. Il faut enfin plus que de la patience pour arranger la bonne musique en noyant les fausses notes d’un continent au son polyphonique.

Et dire que cette titanesque tâche est l’œuvre d’un trentenaire ! Autant dire une vie déjà bien remplie. Évoquer la saga Jilles Djon pourrait paraphraser un livre d’Obama au titre retentissant : L’audace d’espérer. L’enfant de Douala a su en si peu de temps revêtir le costume de la diplomatie économique pour s’imposer dans le giron de la Chine-Afrique.

A peine qu’elle sort d’une enfance globalement réussie quoique douloureuse par moments, cette « présence africaine » dans l’empire du milieu doit relever le défi de la résilience face au COVID-19. Jilles Djon livre pour Chine-Magazine.Com les astuces. Convoitons que la période des semailles soit suivie par celle des moissons.

Présentez-nous l’AFCHAM s’il vous plaît ?

L’AfCham est une association qui se veut panafricaniste et dont l’objectif premier était de donner aux entrepreneurs et hommes d’affaires africains une visibilité en Chine. Autant dire que nous sommes la plus jeune chambre de commerce étrangère de la ville.

Nous avons par la suite étendu nos tentacules à travers la Chine. Sur cette base, nous nous sommes dans un premier temps engagés dans un projet qui était basé sur des investissements légers à savoir l’accompagnement des traders et des commerçants. Et avec le temps nous sommes montés en puissance en nous intéressant à des projets manufacturiers et d’infrastructures et c’est à ce niveau que nous nous situons aujourd’hui.

A présent, nous entamons une troisième phase qui constituerait beaucoup plus maintenant à nous intéresser à la mise en place de polices pour pouvoir aider les importations des produits africains en Chine qui, aujourd’hui, représente potentiellement le plus grand marché du monde.

Consultez le site internet : https://afcham-china.org/

Combien de membres avez-vous et quelles ont été vos réalisations jusque-là ?

En fait, nous sommes passés aujourd’hui à 450 membres qui nous renouvellent leur confiance chaque année. Depuis 2018, nous sommes rentrés dans des projets d’une plus grande envergure comme le partenariat avec le consulat d’Éthiopie à Shanghai pour la promotion et le développement de parcs industriels en Éthiopie.

Ce fût une très belle expérience pour nous car cela nous donnait accès à ce qui est le cœur du développement de l’Éthiopie à savoir la mise en place d’outils permettant la relocalisation d’entreprises internationales qui permettent l’accélération de la transformation industrielle de ce pays.

Ainsi, l’industrie Éthiopienne, jadis axée sur l’élevage, est dorénavant orientée vers la transformation. Forts de ce vécu, nous nous déplaçons vers d’autres marchés en Afrique afin de pouvoir partager l’expérience.

Nous nous sommes par ailleurs engagés dans un projet de parc industriel au Cameroun où nous avons accompagné la mise en place d’usines dont une de transformation de cacao et une autre de fabrication de matériels électroménagers. En Afrique du Sud, nous avons travaillé avec des fermiers sud-africains pour mettre en place ce qu’on appelle des IQF c’est-à-dire des processus de transformation et de congélation de produits agricoles afin qu’ils puissent survivre à l’exportation vers la Chine.

Quelles analyses faites-vous des relations sino-africaines aujourd’hui ?

Je pense qu’elles ont changé. Au début des années 2000 jusqu’au début des années 2010, il y a eu un très gros transfert d’investissement et de financement de la Chine vers l’Afrique. On a vu l’essor de l’acquisition des actifs (terrains, ressources naturelles…).

C’est ce transfert qui aura permis à des pays comme l’Éthiopie d’entrer dans ce train d’accélération. Depuis 2015, on assiste en fait à une baisse au niveau des intentions d’investissements, de la réalisation des investissements sur le territoire africain comparée aux années précédentes.

Pour tout savoir des relations entre la Chine et l’Afrique

Même si en contrepartie on a observé une très grosse communication de la part des autorités de la Chine qui mettaient en avant leurs intérêts avec des promesses d’investissements de plusieurs milliards de dollars, sur le terrain concrètement, on n’a pas vraiment vu matérialisées ces promesses. Donc nous entrons aujourd’hui, dans les années 2020 avec une espèce de période dans laquelle les relations se sont un peu refroidies.

Ceci est peut-être dû à la réorientation des intérêts du gouvernement de la Chine qui se dit qu’il serait plus intéressant de miser d’abord sur la population du pays qui aujourd’hui devient le cœur de la croissance mondiale. Ce changement de stratégie ne se fait pas qu’aux dépens de l’Afrique mais également des pays du sud-est asiatique qui eux aussi ont constaté une baisse des investissements de la Chine dans ces territoires-là.

Donc c’est vraiment une volonté d’investir beaucoup plus sur le marché domestique et se contenter uniquement de gérer les atouts qui étaient déjà disponibles dans les marchés des pays africains et sud asiatiques.

Voilà où on se situe au niveau des relations sino-africaines mais nous espérons qu’avec le FOCAC de l’année prochaine au Sénégal, on pourra mettre en place un cahier de route beaucoup plus précis et impactant car nous permettant de sortir de la rhétorique des mots et des promesses en allant vraiment vers des choses un peu plus pragmatiques.

Pour l’Afrique, l’investissement idéal est celui qui permet le développement de l’économie locale avec la venue de monnaies étrangères plutôt que l’investissement qui se limite à l’acquisition de terres pour l’extraction.

Nous avons plus besoin de la mise en place d’une économie inclusive que d’une économie extractive comme on a pu l’observer à l’époque des européens en Afrique qui était simplement basée sur l’extraction des ressources naturelles et l’enrichissement de quelques personnes au pouvoir.

La pandémie de COVID-19 a-t-elle un impact sur vos activités ?

Bien entendu. Au niveau de l’AfCham, nos activités sont à 90% sur le terrain. Nous sommes encore jeunes et cela nous confère un certain dynamisme. Nous sommes sur 54 pays africains sur des projets dont nous espérons qu’ils vont changer la donne.

Par conséquent, il nous est nécessaire de pouvoir nous déplacer avec les équipes que nous envoyons sur place. Lorsque nous mettons en place des joint-ventures c’est-à-dire des partenariats entre les entreprises chinoises et des entreprises locales, nous nous assurons personnellement d’être présents pour pouvoir participer à la mise en place de ce partenariat afin que tous les acteurs puissent trouver ce qu’ils recherchent.

Cela demande que les gens puissent se déplacer et qu’ils puissent faire confiance en la personne qu’ils vont rencontrer sans avoir la peur d’attraper le coronavirus. Les ingénieurs devant être déployés sur le terrain pour un transfert de technologie ne peuvent y aller.