La Chine vient d’inaugurer un nouveau brise-glace, pour construire une «Route de la soie nordique», remettant en question les intérêts du Canada en Arctique. 

«Le principal objectif à long terme de Pékin est de s’assurer d’être une grande puissance influente dans l’Arctique», a prévenu le rapport Arctic Yearbook 2018, publiée par l’Université de l’Arctique.

Ce collectif d’académies et d’organismes de recherche spécialisés dans les questions nordiques croit savoir que la Chine «poursuit des intérêts économiques dans les secteurs du pétrole et du gaz et l’exploration des ressources de l’Arctique».

Absence de transparence des investissements chinois

L’Arctic Yearbook 2018 se penche cette année sur les ambitions de la Chine en Arctique. Point d’orgue de cette situation, la publication par la Chine du livre blanc sur ses intentions maritimes, géopolitiques et économiques dans l’Arctique.

Le livre blanc ne donne pas de détails sur ses investissements et ses objectifs dans la région. Cependant, l’Arctic Yearbook relève que «les investissements chinois dans les Etats de l’Arctique sont souvent critiqués à cause de leur manque de transparence et que ces investissements sont généralement financés par des prête-noms».

Selon ce rapport, les chinois prennent position stratégiquement dans les pays arctiques, en construisant un chemin de fer dans le nord de la Norvège et de la Finlande, en prenant des positions dans des projets miniers au Groenland ou de gaz en Sibérie et en prenant des participations dans de nombreux projets pétroliers et miniers canadiens, …

La Chine a aussi octroyé des prêts à l’Islande, après la crise financière de 2008. En échange, Reykjavik a soutenu Beijing pour obtenir un poste d’observateur en 2013 au Conseil de l’Arctique (Canada, Etats-Unis, Suède, Norvège, Danemark, Russie, Finlande, Islande). De plus, les chinois détient un hub maritime dans le pays et ils ont signé un traité de libre-échange avec Reykjavik.

La Chine brise les glaces

Les scientifiques chinois ont mené neuf expéditions polaires, franchi le passage du Nord-Ouest avec un brise-glace long de 167 mètres, le Xue Long 1 (Dragon des neiges 1), racheté à l’Ukraine au milieu des années 1990.
Beijing a inauguré en septembre son second brise-glace, le Xue Long 2, le premier made in China. Et un appel d’offres a été lancé en juin dernier pour un modèle de brise-glace nucléaire.

Xuelong, brise glace polaire

Face à la montée en puissance de la Chine, le Canada peine à marquer ses positions. Depuis une quinzaine d’année, le gouvernement canadien a assuré la défense de sa souveraineté du Canada en Arctique, sans jamais investir dans des forces armées pour la défendre.

Ottawa s’intéresse aux ressources naturelles de la région, notamment les mines de diamants dans les Territoires du Nord-Ouest, mais aussi de fer et d’or au Nunavut. Le Premier ministre, Justin Trudeau, a envoyé début octobre les ministres des Affaires nordiques, Dominique LeBlanc, et des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, dans le Grand Nord pour étudier les pistes d’exploitation du pétrole et du gaz de la mer de Beaufort.

«Les Territoires du Nord-Ouest veulent être impliqués dans la gestion des ressources offshore gazières et pétrolières de l’Arctique», a alors assuré Dominique LeBlanc. Dans leur ouvrage China’s Arctic Ambitions, un collectif de professeurs citent, dont le colonel Le Li de l’Armée Populaire de Libération : «Il est impossible d’être aveugle sur les ressources naturelles dans la région du pôle Nord». Les experts ont conlut que «c’est le Moyen-Orient du futur ou un deuxième Moyen-Orient.»