Les autorités sont actuellement en train d’expérimenter le « crédit social » qui récompense ou pénalise les citoyens, avant une généralisation du système d’ici 2020.

Plusieurs provinces ou municipalités du pays ont d’ores et déjà mis en place des systèmes de notation du comportement des citoyens, dont certains ne sont pas forcément au courant de leur existence.

Pour l’instant, il s’agit d’initiatives locales sans coordination dont les récompenses comme pénalités diffèrent d’un endroit à l’autre, de même que les critères d’évaluation de la « fiabilité » des personnes.

Ainsi à Beijing, manger dans le métro fait perdre des points, de même que promener son chien sans laisse à Shanghai. Les conséquences varient également, car les habitants de Beijing ayant un crédit élevé seront avantagés pour décrocher un emploi de fonctionnaire ou une place à la maternelle pour leur enfant. Mais à Qinghuangdao, la récompense peut se faire sous la forme d’un « certificat de citoyen modèle », ou bien d’un examen médical annuel gratuit.

Au plan national, le pouvoir central a pour objectif de créer d’ici 2020 un système de crédit social couvrant tout le pays. Mais « il n’y aura pas de système à points unique pour tous les citoyens, c’est un mythe », a indiqué Jeremy Daum, spécialiste du droit chinois à l’Université Yale, aux Etats-Uni, à l’Agence France Presse.

Beijing pourrait en revanche recourir à une panoplie d’instruments tels qu’un système de placement sur liste noire, de dénonciation publique ou encore de notation collective, comme pour les restaurants. L’objectif est de lutter contre les mauvais payeurs, les charlatans ou encore le plagiat des oeuvres universitaires.

D’après Shazeda Ahmed, doctorante à l’Université de Berkeley, aux Etats-Unis, « le gouvernement n’a pas de certitude sur la question et cherche à définir ce qu’un tel système pourrait accomplir et quelles seraient ses limites ».

En 2018, les tribunaux chinois ont émis pas moins de 17,46 millions d’interdictions de prendre l’avion et 5,47 millions d’interdictions de prendre le TGV, d’après le Centre d’information national du crédit social.

Pour l’heure, les règles restent floues, notamment en ce qui concerne les sanctions infligées aux mauvais élèves du crédit social et un individu ne peut pas connaître sa note. « L’un des problèmes majeurs avec les expérimentations actuelles de crédit social en Chine, c’est que la plupart des gens ne sont pas informés qu’ils ont été placés sur une liste noire », a expliqué Zhu Lijia, enseignante à l’Académie chinoise de gestion publique.

« On ne sait pas non plus en fonction de quels critères on peut se retrouver sur une liste noire, ça n’est pas clair du tout », a indiqué cette dernière. Des projets pilotes ont été mit en place à Suzhou, afin de permettre aux gens de vérifier leur score via une application téléchargeable.

Dans la province du Shandong, des villageois ont découvert des « classements de fiabilité » accorchéés à la porte de leur maison, avant que ces derniers soient retirés face à la contestation des habitants.

« Le système ne servira pas à sanctionner des personnes », a assuré en juin Lian Weiliang, vice-président du commissariat au Plan. Mais les gens redoutent les sanctions, notamment l’accès aux services publics tels qu’écoles et hôpitaux.

Même si le système actuel manque de cohérence, les opposants craignent une surveillance accrue de leur vie quotidienne. Pour l’écrivain contestataire Ye Du, le crédit social est « un nouveau genre de contrôle totalitaire de la société », qui donne aux gouvernants « un pouvoir de surveillance sans égal sur chaque minute de la vie de chacun ».