La Chine avait recommandé à Didi de retarder son entrée en Bourse. Mais le géant de la réservation de voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) a fait la semaine dernière ses débuts à New York et a récolté 4,4 milliards dollars (3,7 milliards d’euros) lors de cette levée de fonds.

Didi, le «Uber chinois», objet d’une enquête de la part de l’administration chinoise, après son entrée en Bourse aux États-Unis, s’était vu suggérer par les autorités chinoises de retarder l’opération mais a ignoré la recommandation, a affirmé le Wall Street Journal.

Didi Chuxing, dont les actions ont été souscrites 10 fois, a terminé sa première journée de cotation, le 1er juillet, à la Bourse de New York en hausse de 1% tout en réalisant la plus grande offre publique initiale parmi les entreprises chinoises cotées aux États-Unis après Alibaba Group Holding en 2014.

Le cours de l’action de Didi Chuxing [NYSE : DIDI] a bondi de 28,6% en cours de journée du 1er juillet, mais elle a clôturé à 14,14 USD hier. Sa capitalisation boursière était de 67,8 milliards de dollars (661 milliards d’euros), soit moins des trois quarts de celle de son rival américain Uber Technologies.

Didi Chuxing a élargi son échelle d’émission à 317 millions d’actions de dépositaire américain contre 288 millions d’unités précédemment prévues en raison de la forte demande, ont rapporté les médias étrangers. La société basée à Pékin a levé au moins 4,4 milliards de dollars lors de son introduction en bourse.

«Pour les investisseurs américains, participer à l’introduction en bourse de Didi Chuxing était une opportunité à ne pas manquer», a expliqué Brendan Ahern, directeur des investissements chez Krane Funds Advisors, dans un entretien au partenaire de Chine-Magazine.Com, Yicai Global.

«Bien que les investisseurs américains comparent Didi Chuxing à Uber, les deux sont assez différents. Posséder une voiture dans les villes chinoises est relativement plus cher qu’aux États-Unis, tandis que le réseau ferroviaire à grande vitesse de la Chine est très développé, de sorte que la société de covoiturage a de bonnes perspectives» a expliqué Brendan Ahern.

De plus, il existe encore un gros écart entre Didi Chuxing et Alibaba. En septembre 2014, le géant du e-commerce, Alibaba, a levé 25 milliards de dollars (22,5 milliards d’euros) lors de la plus grande introduction en bourse de l’histoire.

Or désormais, la firme est visée par une enquête du régulateur chinois pour de potentiels «risques» en matière de collecte de données personnelles d’utilisateurs. Ainsi, le 4 juillet, l’autorité chinoise chargée de la cybersécurité a ordonné le retrait de l’application Didi des boutiques en ligne de Chine.

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L’application reste utilisable par les usagers l’ayant déjà téléchargée sur leur téléphone. Selon l’édition du journal américain The Wall Street Journal, le régulateur, sur fond de rivalité technologique Chine/Etats-Unis, avait averti Didi de risques potentiels en matière de fuite de données et avait suggéré de retarder son entrée en Bourse.

Mais Didi a ignoré ces recommandations, d’après le quotidien des affaires qui ne cite pas ses sources.

L’application Didi domine le marché chinois depuis qu’elle a surpassé son rival américain Uber en 2016 au terme d’une guerre des prix impitoyable. Les entreprises liées à l’internet sont particulièrement dynamiques en Chine. Auparavant, la législation était jusque-là relativement laxiste, notamment concernant les données, et l’absence de concurrents étrangers ont permis à des géants locaux d’émerger.

Cependant, la Chine fait preuve de davantage de fermeté à l’égard du secteur et a lancé des procédures à l’encontre de plusieurs entreprises, priées de «rectifier» des pratiques jusque-là tolérées.

Depuis le 5 juillet, deux sociétés chinoises du numérique, également cotées aux États-Unis, sont désormais visées en Chine par une enquête concernant leurs pratiques en matière de données.

Il s’agit de Full Truck Alliance (qui possède deux applications de transport de fret et de réservation de camions, Yunmanman et Huochebang) et Kanzhun (propriétaire du champion de la recherche d’emploi BOSS Zhipin).

La Chine «est mécontente de voir ses champions (du numérique) s’acoquiner avec des actionnaires étrangers», a indiqué l’analyste du cabinet Eurasia Group, Lu Xiaomeng, interrogé par l’agence Bloomberg. Les autorités chinoises «veulent que les entreprises technologiques conservent leurs principaux actifs, données et algorithmes, en Chine», a assuré Lu Xiaomeng.