Par Thierry Rayer et Bernard Sok – Devenu un instrument d’investissement, l’art a connu une baisse des prix durant la crise qui a débuté en 2012, mais il s’est rapidement redressé et les experts sont convaincus que la tendance à la croissance est destinée à durer plusieurs années.

La Chine est le premier marché de l’art au monde avec une part de 41 %, suivie par les États-Unis (27 %). Selon un rapport rédigé par Artprice.com, en 2017, la vente d’œuvres d’art en Chine avait une valeur de 5 milliards de dollars, l’équivalent de 10 ans de ventes aux enchères en France, 1,7 milliard de plus que les États-Unis et 2,9 milliards de plus que le Royaume-Uni (18 % du chiffre d’affaires des ventes et troisième marché au monde).

Différences majeures entre le marché de l’art en Occident et en Chine

Les experts de Artprice expliquent comment la construction de ces deux pôles du marché de l’art que sont l’Occident et la Chine n’a pas eu lieu dans le même laps de temps. Le premier, aujourd’hui séculaire, est animé par les deux grandes multinationales Christie’s et Sotheby’s, toutes deux nées au XVIIIe siècle. Elles réalisent un chiffre d’affaires annuel total de 5,233 milliards avec les ventes d’œuvres d’art, en plus de celles réalisées à Hong Kong, et représentent à elles seules 42,65% du marché mondial (hors Hong Kong) contre 41,3% de parts de marché en Chine, ventes à Hong Kong incluses. Le marché chinois, a rapidement ébranlé la domination occidentale grâce à la croissance économique insolente du pays. C’est un nouveau marché, porté par Poly International Auction, qui a soufflé ses sept bougies en 2012.

Bernard Sok à l’UNESCO © cesr

La deuxième maison de ventes aux enchères chinoise est China Guardian Auctions, fondée en 1993. Ces deux leaders réalisent un chiffre d’affaires d’un milliard de dollars en ventes d’œuvres d’art et détiennent 20,76 % du marché chinois. À Pékin, l’achat d’œuvres d’art à des fins d’investissement est plus fort qu’ailleurs et cette dynamique a permis de mettre en valeur un grand nombre d’œuvres qui ne sont pas encore mûres pour l’histoire de l’art et pour la critique. Cependant, dès cette année, des changements importants pourraient être enregistrés sur le marché chinois.

En 2012, en effet, le gouvernement et les maisons de ventes aux enchères ont pris une série de mesures drastiques pour réguler le marché de l’art en profondeur, afin d’assurer un développement à long terme. Même l’Occident a succombé aux tentations spéculatives du marché de l’art. Pas moins de 80 % des œuvres vendues en Occident se situent sous la barre des 5 000 dollars, ce qui témoigne d’un goût prononcé pour la collection en tant que telle, ancré dans les habitudes et non dans l’assimilation des œuvres d’art à une activité financière.

Musées et galeries

Il existe peu de musées publics en Chine. Le Shanghai Power Station of Art est le seul consacré exclusivement à l’art contemporain. Tous les autres n’exposent qu’occasionnellement des œuvres modernes, de style plus académique. En outre, les musées publics doivent lutter contre la censure plus que les musées privés, de sorte qu’ils ne peuvent pas collectionner et montrer de l’art à consonnance politique et critique. Il existe toutefois des musées privés, qui se sont beaucoup développés ces dernières années et se concentrent davantage sur le contemporain.

Lorsque les galeries sont nées, de nombreux artistes de la vieille école ne comprenaient pas pourquoi ils devaient passer par les galeries et continuaient à vendre en direct. Cela a mis les galeries dans une position difficile car cela les a obligées à rivaliser avec leurs propres artistes, sans contrôle de la production et des prix, sans contrat, travaillant uniquement sur la base d’expositions occasionnelles. Pour certains artistes, cela a été préjudiciable car les galeries n’ont pas investi dans leur carrière : ils en ont donc souffert, surtout au niveau international.

Quelles sortes d’œuvres attirent les Chinois ?

Le grand public s’intéresse davantage à l’art traditionnel, notamment parce qu’il n’est pas éduqué à apprécier l’art contemporain, celui-ci étant plus difficile à comprendre. C’est l’élite qui s’intéresse à l’art contemporain. Mais ces dix dernières années, plusieurs magazines « lifestyle » ont commencé à donner de l’espace à des artistes qui étaient jusqu’à présent des figures underground et qui sont maintenant devenus des figures publiques capables de marquer des records de ventes aux enchères de 24 millions de dollars. Ils deviennent donc des figures publiques, sont acceptés parmi l’élite et montrés par les musées. Il s’agit d’un phénomène nouveau.

Art décoratif

L’art à consonnance politique n’est pas le plus apprécié en raison de la censure. Beaucoup préfèrent l’art abstrait, audacieux et de grande taille, également en raison des maisons de plus en plus grandes. En fait, jusque dans les années 1990, les maisons chinoises étaient très petites, il n’y avait pas de murs pour les grandes peintures. Aujourd’hui, cela a changé et il y a une plus grande prise de conscience de ce que les Américains appellent le « wall power » : des œuvres de grande taille, audacieuses, colorées, scintillantes, chatoyantes

Les goûts artistiques chinois changent

Les collectionneurs chinois dépassent les frontières géographiques et culturelles de la Chine et de l’art chinois. Dans leur recherche de peintures et d’œuvres classiques chinoises à l’étranger, les collectionneurs ont développé un fort intérêt pour l’art occidental. En novembre 2014, le magnat du cinéma chinois Wang Zhongjun a acheté le tableau « Nature morte, coquelicots et marguerites » de Van Gogh aux enchères de Sotheby’s, pour un montant record de 59 millions d’euros. Le pourcentage d’œuvres d’art occidentales vendues aux Chinois est en forte croissance et le tourisme en provenance de Chine est l’un des facteurs clés de l’évolution des goûts.

Dans un pays comme la Chine, avec plus de 5 000 ans d’histoire, le patrimoine culturel a profondément influencé la façon dont on apprécie et valorise l’art. Cependant, de plus en plus de Chinois voyagent à l’étranger, visitant des musées et des galeries d’art occidental ancien et moderne, dont les œuvres élargissent leurs goûts et leurs intérêts culturels. Le secteur de l’art contemporain occidental est toujours une niche en Chine, mais cette niche a déjà apporté des avantages significatifs au marché mondial de l’art.

Qu’en est-il de l’avenir du marché de l’art en Chine ?

Le marché de l’art chinois s’est développé rapidement ces dernières années, et la plupart des gens le considèrent encore comme un investissement. Avec une part de marché plus importante en Chine, l’art chinois en général – et en particulier l’art de haute qualité et traditionnel – est connu pour avoir un retour sur investissement rentable.

L’année 2018 a vu un ralentissement du marché de l’art chinois, et les prévisions des experts sur l’avenir sont variées. Certains d’entre eux s’attendent à une croissance du marché, l’art chinois gagnant en popularité dans les salles de vente aux enchères sur tous les continents. On s’attend également à une croissance des ventes en Chine continentale, grâce à un retour à la culture chinoise par le rapatriement d’antiquités et l’investissement dans l’art de style traditionnel chinois.

Toutefois, une nouvelle génération de collectionneurs chinois multimillionnaires, ayant un véritable amour pour l’art, s’intéresse de plus en plus à l’art contemporain international. Les experts en art prédisent alors la fin du boom du marché de l’art chinois, alors que les dépenses en art en Chine ne cessent d’augmenter.

Bernard Sok : Président de l’Association pour favoriser les échanges Culturels entre la France et la Chine (logo ci-contre) et Membre de l’Association du département économique et des affaires sociales de l’ONU

Thierry Rayer: Président d’honneur de l’association pour favoriser les échanges Culturels entre la France et la Chine. Membre de l’Association du département économique et des affaires sociales de l’ONU et
Président du Cercle d’études Scientifiques Rayer