« Le leadership du Parti communiste chinois passe des mains de fonctionnaires éduqués dans les écoles d’ingénieurs à une nouvelle génération diplômée en sciences moins dures, telles que le droit« , a expliqué la journaliste Melinda Liu, dans Newsweek, en septembre 2009.

InstitutionsDepuis quelques années, la gouvernance du Parti Communiste est passé de fonctionnaire formé dans des écoles d’ingénieurs à une génération diplômée dans des disciplines moins techniques. Ils connaissent les rouages de la politique chinoise et notamment les moyens d’intégrer le parti et d’y monter les échelons.

Des ingénieurs et paysans à la tête du pays

Les générations de Mao Zedong et de Deng Xiaoping étaient composées de révolutionnaires ardents. Par la suite, dans la Chine post-Mao et Deng, le leadership est dominé par des ingénieurs de diverses spécialités.

L’ancien chef du PCC et président de la RPC, Hu Jintao vient de l’ingénierie hydraulique, tandis que le Premier ministre Wen Jiabao a étudié la géologie. Ces deux personnalités sont des exemples parmi des milliers d’autres, qui composent toutes les arcades du parti. Considérés comme des « apparatchiks » par Melinda Liu, ils occupent huit des neuf places du puissant Comité Permanent du Politburo du Parti Communiste.

Selon une étude menée sur les cadres montants du PCC, la quasi-totalité ont été formés aux « sciences molles« , comme le droit. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à venir de cette branche. Cela s’explique par la volonté de la direction du parti d’avoir à sa tête et comme cadre, des personnes pouvant gouverner dans un éventail de compétence plus vaste.

Ainsi, sur les huit des étoiles montantes du Politburo les plus en vue, aucune n’a suivi de parcours universitaire en ingénierie. Leur formation principale est l’économie, l’histoire, l’administration, le journalisme, la gestion et le droit.

« C’est une véritable mutation« , explique Cheng Li, universitaire à Brookings et expert sur la direction du PCC. Ce dernier a constaté dans son étude que cette tendance est très présente parmi les leaders plus jeunes, qui se tournent vers les « sciences molles ».  

Au cours des décennies de croissance économique fulgurante, les dirigeants du pays se sont surtout préoccupé de construire, produire et développer le pays. Leur vision était alors « pour se sortir des problèmes, on construit. » Pour cela, ils n’hésitent pas à bâtir des projets pharaoniques, comme les Trois Gorges, qui est le projet hydroélectrique le plus vaste au monde. Mais également, déplacer des millions de personnes suite à une inondation, reconstruire des villes entières, …

politburo 2012-2017

Comité politique du PCC, avec à sa tête Xi Jinping

Une nouvelle génération plus soucieuse de l’humain

A contrario, « certains cadres de la jeune génération se concentrent aujourd’hui sur les solutions humaines aux problèmes d’approvisionnement en eau de Chine du nord« , explique la journaliste de Newsweek. En effet, ces derniers mettent en place des campagnes sur les économies d’eau, ou sur l’augmentation du prix de l’eau, afin de combattre le gaspillage.

Dès lors « les sciences sociales prédominent dans les organisations bureaucratiques plus récentes ou non traditionnelles ».

Melinda Liu souligne par exemple que la direction du Ministère de la Protection de l’Environnement est entre les mains de  l’économiste Zhou Shengxian. Ou encore, le négociateur en chef de la Chine pour les questions de changement climatique, qui est l’ancien diplomate Su Wei, dont la spécialité est le droit international.

Connaissant le système, les jeunes cadres, issus des sciences sociales, investissent les centres traditionnels du pouvoir au sein du Politburo. Ainsi, Li Kequiang a étudié l’économie et le droit, l’ancien maire de Beijing, Wang Qishan, historien, est l’homme clé du dialogue stratégique et économique sino-américain, et l’ancien ministre très controversé Bo Xilai possédait un diplôme de journalisme.

Meliinda Liu indique que « les statistiques soient rares » mais « une telle représentation des arts libéraux aurait été impensable voici vingt ans ». Pour cette dernière, l’influence grandissante des sciences sociales dans le processus de prise de décision détourne progressivement la Chine de l’ancienne pratique de la croissance économique à tout prix.

Le nombre de diplômés en droit chez les nouveaux dirigeants laisse penser que des progrès dans le domaine de l’état de droit – ou du moins dans la procédure seront initiés. D’ailleurs, le président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale (APN) de Chine, Zhang Dejiang, a appelé le 1er septembre 2015 aux Nations Unies, à « défendre l’égalité et à promouvoir l’État de droit ».

 Une des galeries de l'Usine 798 à Beijing

Une des galeries de l’Usine 798 à Beijing

Dans la nouvelle génération de dirigeants, « certains ont déjà fait leur le mantra selon lequel argent et croissance ne sont pas tout ». Chen Gang, maire du district de Chaoyang à Beijing, a apporté son soutien à des artistes luttant pour sauver leurs ateliers de la démolition, installés dans une usine des années cinquante.

Pour Chen Chang « ‘l’Usine 798 » devait devenir une sorte de SoHo new-yorkais.  Aujourd’hui, le quartier est florissant, et regorge de galeries, de bureaux de musées et de restaurants. Une telle réussite que d’autre quartier de ce type ont été construit, afin de devenir des enclaves culturelles sur le même modèle.

« Nous avons besoin du développement économique, mais les artistes ont besoin de développement artistique également », a expliqué Chen Chang, qui a étudié la chimie au lycée et l’administration publique à Harvard.