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Le visage d’un empereur de la dynastie Zhou reconstruit grâce à son ADN

L’empereur Wu (543-578 après notre ère) de la dynastie des Zhou du Nord (557-581) a régné sur une partie de la Chine du nord-ouest. 1500 ans plus tard, l’analyse de ses restes squelettiques, et notamment des informations génétiques renfermées dans son ADN, ont permis aux scientifiques de présager à quoi ressemblait son visage.

Dans leur étude, les chercheurs indiquent que Wu était un empereur influent, qui construisit une armée forte en réformant « le système des troupes régionales », il « pacifia les Turcs » et « unifia la partie nord du pays » après vaincu la dynastie rivale des Qi du Nord, selon eux.

Ils ont également pu découvrir la cause probable de sa mort à l’âge de 36 ans. Un sujet encore en débat au sein de la communauté académique. L’analyse génétique et notamment ses résultats ont été publiés dans le journal Current Biology le 28 mars 2024.

Un empereur mourant d’un probable AVC

Les causes de son décès à un si jeune âge sont longtemps restées mystérieuses. Certains historiens ont évoqué un empoisonnement par des ennemis, d’autres ont affirmé qu’il était peut-être mort d’une maladie inconnue.

Tant de question qui ont trouvé des réponses, lors de la découverte de sa tombe en 1996 dans le nord-ouest de la Chine. Celle-ci contenait toujours son squelette, et son crâne était presque complet. C’est à partir de ces ossements que les chercheurs, dirigés par Panxin Du, de l’Institut des sciences archéologiques de l’université Fudan (Chine), ont pu extraire de l’ADN.

Ils ont ainsi pu récupérer plus d’un million de polymorphismes mononucléotidiques (SNP), ce qui correspond à des variations génétiques courantes pouvant avoir eu un impact sur la fonction de gènes, ses protéines ou d’autres régions de son génome.

De cette façon, ils ont créé des altérations dans ses voies biologiques, contribuant à certaines conditions médicales. Ainsi, ils ont découvert que l’empereur courait un risque accru d’accident vasculaire cérébral (AVC). Cette donnée concorde avec les documents historiques le décrivant souffrant d’aphasie (trouble du langage), de paupières tombantes et d’une démarche anormale, symptômes potentiels de l’AVC.

Un physique reconstitué

Grâce SNP de son ADN, les chercheurs ont trouvé de nouvelles informations, telles que la couleur de ses yeux, ses cheveux et de sa peau. En combinaison avec son crâne, l’équipe de recherche a pu reconstruire profil en 3D de l’empereur Wu.

Il s’agit d’un homme aux yeux bruns, aux cheveux noirs et la peau « foncée à intermédiaire », aux traits du visage similaires aux Asiatiques vivant aujourd’hui dans Nord et de l’Est du continent.

L’étude confirme que l’empereur Wu appartenait au groupe ethnique des Xianbei, nomades qui vivaient dans l’actuelle Mongolie et les parties nord de la Chine. Elle montre aussi que quand ces derniers ont migré vers le sud, pour se mélanger à des Chinois Han.

« Il s’agit d’une information importante pour comprendre comment les peuples anciens se sont répandus en Eurasie et comment ils se sont intégrés à la population locale », a expliqué Shaoqing Wen, doctorant en sciences archéologiques à l’université Fudan et coauteur de l’article.

« Il s’agit d’une information importante pour comprendre comment les peuples anciens se sont répandus en Eurasie et comment ils se sont intégrés à la population locale », a expliqué dans un communiqué Shaoqing Wen.

« Nous estimons que Wu tirait 61% de son ascendance des anciens Asiatiques du Nord-Est (ANA) et près d’un tiers des groupes apparentés aux fermiers de la rivière Jaune (YR). Cela peut probablement être attribué à des mariages continus entre les familles royales xianbei et les aristocrates han locaux », a indiqué ce dernier.

« Certains chercheurs ont dit que les Xianbei avaient une apparence ‘exotique’, comme une barbe épaisse, un pont de nez haut et des cheveux jaunes », a expliqué Shaoqing Wen. Or ce n’était vraisemblablement pas le cas de l’empereur Wu. « Notre analyse montre que l’empereur Wu avait des caractéristiques faciales typiques de l’Asie de l’Est ou du Nord-Est ».

Un début dans les recherches génétiques des anciens chinois

« Notre travail a donné vie à des personnages historiques », explique Pianpian Wei, co-auteur du journal à l’Université de Fudan. « Auparavant, les gens devaient s’appuyer sur des documents historiques ou des peintures murales pour imaginer à quoi ressemblaient les peuples anciens. Nous sommes en mesure de révéler directement l’apparence du peuple Xianbei. »

Les scientifiques prévoient désormais de poursuivre leurs recherches en étudiant les ossements des anciens habitants de Chang’an, ancienne ville du nord-ouest de la Chine (actuelle Xi’an, province du Shaanxi). Ils espèrent que l’analyse de l’ADN pourra révéler plus d’informations sur la façon dont les gens ont migré et échangé des cultures dans la Chine ancienne.

Terminus oriental de la Route de la Soie, important réseau commercial eurasien du IIème siècle avant notre ère jusqu’au XVème siècle, Chang’an a été conservé comme telle à la fin de la période des dynasties du Nord et du Sud, puis après le règne de Wu, l’unification du pays par l’empereur Wen (Yang Jian, 541-604) de la dynastie des Sui.

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