Abritant certaines des économies les plus dynamiques du monde (Mitchell, 2019), l’Afrique a retenu l’attention des dirigeants et des stratèges économiques du monde entier, notamment de la Chine.

Ces deux dernières décennies, les relations politiques et économiques entre la Chine et l’Afrique ont connu une croissance rapide, le volume des échanges commerciaux passant d’environ 11 milliards de dollars en 2000 à 192 milliards de dollars en 2019 (Amoah, Hodzi et Castillo, 2020 ; China Africa Research Initiative, 2018 ; Thomas, 2021).

La Chine est le plus grand bailleur de fonds au titre du développement infrastructurel en Afrique, même si les États-Unis demeurent le premier bailleur de fonds du continent (Muchira, 2018 ; Shepherd & Blanchard, 2018).

Toutefois, les investissements et les actions de la Chine en Afrique font l’objet d’un examen minutieux et d’un débat généralisé. Puisque le soutien financier de la Chine à l’Afrique prend souvent la forme de prêts à long terme plutôt que de dons, ce soutien lui a valu d’être taxée de créer un «piège à dette» qu’elle pourrait brandir pour s’octroyer des avantages stratégiques sur le continent (Green, 2019).

Certains soutiennent que les pays africains qui contractent des emprunts auprès de la Chine pourraient perdre des intérêts stratégiques au cas où ils ne seraient pas en mesure de rembourser leurs emprunts (Brautigam, 2019 ; Brautigam & Kidane, 2020 ; Sun, 2014). D’autres s’inquiètent du fait que la Chine utilise son influence pour promouvoir son idéologie politique sur le continent (Scott, 2021).

Comment les Africains perçoivent-ils l’engagement de la Chine dans leurs pays et leurs économies ?

Les enquêtes nationales d’Afrobarometer dans 34 pays africains en 2019/2021 révèlent que les Africains ont une opinion positive de l’aide de la Chine et de son influence sur le continent, même si son niveau d’influence perçue sur les économies africaines a décliné au cours des cinq dernières années.

Les opinions positives sur l’influence de la Chine ne semblent pas affecter les attitudes des Africains vis-à-vis de la démocratie. La Chine demeure le deuxième modèle de développement préféré des Africains, derrière les Etats- Unis. Et la majorité des répondants informés des prêts et de l’aide au développement de la Chine à leur pays s’inquiètent de se surendetter vis-à-vis d’elle.

Cette enquête s’est appuyée sur les données de 48.084 entretiens réalisés dans 34 pays. Selon les auteurs de cette étude, les données sont pondérées afin d’obtenir des échantillons représentatifs à l’échelle nationale. Dans le cas de résultats multinationaux comme les moyennes régionales ou continentales, tous les pays sont pondérés équitablement.

Résultats clés

  • En moyenne, sur 34 pays, la Chine talonne les États-Unis dans le classement des modèles de développement préférés des Africains (33% contre 22%), suivie de l’Afrique du Sud (12%) et des anciennes puissances coloniales (11%). o Les États-Unis viennent en tête dans 23 des 34 pays sondés, tandis que la Chine est en première place dans cinq pays : le Bénin, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Botswana.
  • Si les moyennes générales ont peu évolué au cours des cinq dernières années, certains pays enregistrent d’importantes évolutions, notamment le Bénin (hausse de 21 points de pourcentage de la préférence pour la Chine) et le Libéria (hausse de 18 points de la préférence pour les États-Unis).
  • Presque deux-tiers (63%) des Africains déclarent que l’influence économique et politique de la Chine dans leur pays est «quelque peu positive» ou «très positive», alors que seulement un sur sept environ (14%) la considèrent négative. Les perceptions relatives à l’influence des États-Unis sont presque pareilles (60% contre 13%). o En moyenne, dans 30 pays enquêtés aussi bien en 2014/2015 qu’en 2019/2021, les perceptions positives de l’influence politique et économique de la Chine n’ont pas significativement changé.
  • Si la majorité (59%) des Africains affirment que les activités économiques de la Chine dans leur pays ont «quelque peu» ou «beaucoup» d’influence sur leur économie, cette proportion a nettement régressé, depuis 71%, au cours des cinq dernières années. o La perception de l’influence de la Chine a régressé dans 24 pays, y compris des chutes importantes en Sierra Leone (-37 points de pourcentage), au Zimbabwe (-29 points), au Botswana (-24 points), au Malawi (-21 points), au Niger (-21 points) et au Mali (-20 points).
  • Parmi les 47% des citoyens africains qui ont connaissance des prêts ou de l’aide au développement octroyés par la Chine à leur pays, la majorité (57%) déclarent que leur gouvernement a emprunté trop d’argent à la Chine.
  • Les opinions quant à savoir quel est le meilleur modèle de développement, entre la Chine et les États-Unis, ne semblent pas affecter l’attachement des Africains à la démocratie ou aux normes démocratiques.
  • Sept sur 10 Africains (69%) affirment que l’anglais est la langue internationale la plus importante qu’il faille que les jeunes apprennent. Seulement 3% préfèrent le chinois.